SES IDEES : DIET
Donc elle est la vérité, ajouterait un chrétien logique si toutefois il admettait la première proposition : ^^ La vérité sur la vie, c'est le désespoir. >' Tout nous montre un chrétien latent en l'auteur des Destinées jusque cette pensée :
« ...L'homme est plus grand que la Divinité, en ce sens qu'il peut sacrifier sa vie pour un principe, tandis que la Divinité ne le peut pas. »> i ;
Jésus réalisant ce double état : homme et Dieu et, en tant qu'homme, se sacrifiant pour ses frères devait donc avoir toute son admiration.
Ensuite, quoique gagné quelquefois par elle, nous l'avons vu. il professsait la haine de l'espérance.
La religion du Christ « religion de désespoir » devait donc lui plaire.
11 ne lui trouvait plus, certes, la pureté primitive et il mettait dans la bouche de Jésus cette amère prédiction :
.• Nous savons qu'il naîtra, dans le lointain des âges,
Des dominateurs durs escortés de faux sages
Qui troubleront l'esprit de chaque nation
En donnant un faux sens à ma rédemption. •- i2i
Du christianisme en général tel qu'il nous reste, que pensait-il ? Il sentait qu'il s'affaiblissait chaque
(1) id, p. 16r>. Cf. p. 2:>0-251.
i2) Poésies : Le Mont des Oliviers, p. 234.
4» ALFRKD DE VIGNY
chaque jour, i Pourtant il le mettait bien au-dessus de risiamisme ; il sut le dire à Lamartine pour qui l'islamisme étrange idée apparaissait comme un christianisme purifié. 2. Certes, il ne partageaii pas les idées, trop étroites à son avis, de Saint- Augustin, Bossuet, Fénelon, qui plaçaient pour ainsi dire la terre au centre du monde et y faisaient descendre exprès un Dieu législateur.
Le système moins anthropocentrique, plus général, d'un Descartes ou d'un Spinoza attirait plutôt sa sympathie. Il lui semblait préférable de voir tout de Saturne ou de Jupiter » Le doux Renan verra tout de Sirius, point de vue meilleur parce que plus lointain. A ces hauteurs « le bien et le mal se perdent et se noient comme deux brins de paille ".
Mais au point de vue de Tamélioration humaine ila question se pose autrement, il préférait le point de vue des chrétiens. En ce sens, « le christianisnie est jusqu'ici le système dont la vérité serait plus désirable que celle de tous les autres systèmes. -• Mais aussitôt le libre-penseur reprenait le dessus : M On sent combien la recherche de cet intérêt est
(1) /^a/^/iné'(appendice)p. 199.Cf. Servitude et grandeur militaires, p. 346: à propos du « naufrage universel des croyances » : du catholicisme surtout.
(2) Journal, p. 125.