‹ Alfred de Vigny, d'après son œuvreChapitre 7 sur 27 · SES IDEES : DIEU · texte numérisé non relu

SES IDEES : DIEU

rétréci et misérable auprès de la recherche de la vérité. » ( I !

Cela ne rempèchait pas de reconnaître l'utilité de la religion de Jésus et sa vertu d'adaptation : «< Le christianisme est un caméléon éternel. — Il se transforme sans cesse. » 2;

Voulez-vous maintenant son opinion sur les deux fractions ennemies du christianisme : le catholicisme et le protestantisme ? Dans celui-là il soulignait de nombreuses choses ^( vulnérables » : la société de Jésus, tous les dogmes ou à peu près tous, « la confession, la direction des consciences, le célibat des prêtres, les légendes, la transsubstantiation et la présence réelle, la communion, les couvents, les sacrements, les frais du culte, la messe. » Ajoutons que cela est extrait d'une lettre à un pasteur protestant, Félix Bungener, qui devait bondir d'aise, jusqu'à la lecture de cette partie : u ...permettez que je vous le dise, je vois avec tristesse le soin que vous prenez de réveiller les souvenirs presque éteints de ces persécutions qui durèrent, hélas ! jusqu'à Louis XVI.

« Si l'on évoquait trop souvent les ombres des

(1) id. p. 163-165.

(2) id. p. 92.

victimes, si Montluc renvoyait à Des Adrets ses fantômes, si le protestantisme et le catholicisme recommençaient cette lutte des morts, ce serait, je le crois, le christianisme qui en souffrirait

« A présent que la Divinité même est menacée par le matérialisme et le panthéisme à la fois, n'est-il pas permis d'espérer que les ministres chrétiens emploieront Tautorité de leur parole à resserrer, s'il se peut, et rapprocher les barrières de tous les les cultes ? Ce n'est pas trop de toute Tarmée du Christ pour faire face à la barbarie intérieure qui, de tous côtés, est sortie de ses ténèbres. « i .

Alfred de Vigny parlait avec une entière franchise à son ami : il prenait parti pour une religion épurée contre le panthéisme et le matérialisme. Nous connaissions déjà sa haine de cette dernière doctrine en lisant les beaux vers de la Maison du Berger :

L'invisible est réel. Ltrs âmes ont leur monde Où sont accumulés d'invisibles trésors (21

(i) Correspondance, à Félix Bungener. 10 août 1852. p. 250-251. (2) Poésies, p. 192.

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Il aima aussi la tolérance — la lettre à Bungener nous le prouve — et. qui mieux est, il la pratiqua. Il appliqua de point en point ce passage du Jourfial d'un Poète : « Toute religion n'a jamais été crue qu'à moitié et a eu ses athées et ses sceptiques. Mais les sages ont gardé leurs doutes dans leur cœur et ont respecté la fable sociale reçue généralement et adoptée du plus grand nombre. » i

Il échangea une assez longue correspondance avec une amie genevoise, M"^ Camille Maunoir. Dans une foi exaltée, sincère et grave, la «■ Puritaine >• puisait une force et des consolations précieuses. Aussi Alfred de Vigny aurait craint comme un crime, d'ébranler cette belle sérénité i2i. Il admirait cette foi et Penviait peut-être. N'aurait-il pas accepté volontiers cette « couronne de la religion, meilleure que celle des poètes » qu'elle lui souhaitait (3 . Il repoussait la meute des pensées désespérées, effroi de '< sa chère Puritaine ^> et il lui conseillait de prier pour lui 4 .

Il respectait aussi, un peu moins pourtant, les crovancesde M"^^ Lachaud, beaucoup pluspuériles :

(2) llevue de Paris, 15 août et 15 septembre 1897. Lettres à une Puritaine 16 avril 1848 p. 689. — Février 1849, p. 300. — 22 septembre 1850 p. 309.

(3) i(L 15 août 1897. 16 avril 1848. p, 690.

(4) hl irl 15 mai 1848 p. 693.

«< Je ne voudrais pas effeuiller, lui écrivait-il, une seule de vos illusions, ni seulement Teffleurer et la faner. Les illusions qui fortifient la bonté et la patience, sont des fleurs qui ne peuvent être trop soigneusement arrosées et conservées. » Mais il lui recommandait de ne pas le pousser trop loin car, alors, il laisserait libre bride à Sa sincérité i).

Sa tolérance et son intelligence allaient jusqu'à comprendre et respecter la foi fanatique qui précipite rindien sous les roues d'un char. Cette « céleste illusion de la foi ■> il Tadmirait comme Tune des plus belles fleurs terrestres. L'humanité sera moralement diminuée lorsque la foi aura disparu 2).

Cette tolérance admirable, tout le monde ne la pratiquait pas autour d'Alfred de Vigny. D'aucuns pensent avec l'un des héros de Racine que la foi qui n'agit point n'est pas une foi sincère. Beaucoup d'àmes simples et naïves ne comprennent pas l'homme qui s'éteint sans souci des rites consacrés.

Dans l'année qui précéda sa mort il dut supporter l'assaut de personnes qui voulaient à toute force assurer son salut éternel et qui, pour arriver à leurs fins, recouraient à l'intermédiaire de la pauvre

(1) Correspondance. A Mme Louise Lachaud. i862, p. 36<>. v2) Journal, p. 2,39-24<).

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