LE VIEUX PONT D ORTHEZ
sieurs fois millionnaire, qui avait fait sa fortune dans les colonies, ne vit pas cette demande d'un bon œil. Il fit même tout son possible pour s'oppo-
des raisons dans lesquelles nous n'avons pas à entrer, sa demande ne fut pas agréée.
(i) Aujourd'hui propriété de M. Emile Lèbre.
ser à l'union de sa fille avec notre poète, ne pouvant admettre dans sa pensée de la voir unie à un officier français et, circonstance aggravante, à un officier français s'occupant de littérature. Il crut cependant, suivant l'habitude de sa nation, ne pas avoir le droit de s'opposer absolument au mariage de sa fille et, quand il vit que toutes ses observations et objurgations étaient inutiles, il donna son consentement à une union qu'il considérait comme une mésalliance.
Entre temps, le régiment retourna à Orthez, le ministère ayant trouvé avec raison que la garnison de Pau n'était plus tenable pour lui. Alfred de Vigny demanda alors un congé pour venir à Pau faire sa cour à sa fiancée, dès qu'il fut définitivement agréé par le terrible M. Bunbury — congé qu'il obtint (i).
Le mariage suivit de près et eut lieu au commencement de l'année suivante, le 3 février 1825 ; il eût même été célébré ,un peu plus tôt, si la mort de Louis XVIII ne l'eût retardé.
C'est le vicomte Ch. de Perpigna, alors maire de Pau, qui présida à la cérémonie civile. Voici d'ailleurs la teneur de l'acte officiel relevé aux archives de l'Etat-civil :
L'an 1825, le troisième jour de février, à 8 heures du soir, par devant nous, Charles-Marie de Perpi-
(i) Alfred de Vigny eut toujours un faible pour les Anglaises. Vers i8;4 ou 33, il arriva un jour mystérieusement dans l'atelier de Jean Gigoux, le prévenir qu'il reviendrait entre quatre et cinq heures. «: Je vous amènerai, mon cher, une anglaise 2. dit-il au peintre. « Vous me ferez d'elle un croquis, n'est-ce pas ; elle va partir et je voudrais conserver quelque chose d'elle. » Bien entendu le croquis fut fait. Quelle était cette Anglaise ? Nous n'aurons pas l'indiscrétion de chercher à le savoir.
— signa, (i), chevalier roval de Tordre de la Légion d'honneur, Maire et officier de l'Etat Civil de la ville de Pau, département des Basses-Pyrénées, se sont présentés à l'hùtel de la Mairie :
D'une part :
M. Alfred-Victor comte de Vigny, capitaine au 55' régiment d'infanterie de ligne en congé à Pau, né à Loches, département d'Indre-et-Loire, le 27 mars 1797, fils légitime et majeur de feu M. Léon- Pierre Comte de \'igny, ancien officier d'infanterie et chevalier de St-Louis, décédé à Paris le 23 juillet 1816, et de M""^ Marie-Jeanne-Amélie de Baraudin, son épouse, domiciliée à Paris.
Et d' autre part :
Mademoiselle Lydia-Jane de Bunbur)', actuellement avec Monsieur son père à Pau, née à Demerary, dans la Guyanne, le 6 avril i79q, fille légitime et majeure de M. Hughues-Mill Bunbury, propriétaire et rentier, et de feue M'"" Lydia-Prisca Cox, son épouse, décédée à Demerary le 4 novembre 1802, le dit AL Hughues-Mill Bunbur}-, domicilié à Pau.
Lesquelles partie* nous ont demandé de procéder à la célébration de leur mariage annoncé par les publications faites devant la principale porte de notre Hôtel de la Mairie, les dimanches 9 et 16 du mois de janvier dernier, à l'heure de midi, et dont l'extrait fut et resta affiché à la susdite porte pendant les 8 jours d'intervalle de l'une à l'autre publication, sans qu'aucune opposition audit mariage nous ait été signifiée. Déférant à leur demande.
(i) Charles vicomte de Perpigna, né à Pau en 1777, mort le i^' novembre 1840 dans son domaine de Guiraudet, sur les coteaux de Jurançon. Maire de Pau une première fois du II avril 1814 au 19 mai 1815, et, une seconde, du 14 juillet 1816 au 2; août i8;o, c'est-à-dire pendant toute la durée de la Restauration.
nous nous sommes fait remettre les actes de naissance des futurs époux, ainsi que ceux de décès du père du futur époux et de la mère de la future épouse ; l'acte authentique du consentement de Madame Jeanne-Amélie de Baraudin, comtesse de Vigny et enfin, la permission de mariage, délivrée le 2/ janvier dernier par S. E. le Ministre secrétaire dEtat de la guerre. Nous avons pris et reçu le consentement de M. Hughues-Mill Bunbury, père de la future épouse, et, après avoir fait aux parties contractantes et aux témoins lecture des pièces ci-dessus mentionnées qui ont été paraphées par nous, Maire et officier de l'Etat Civil et par les parties qui les ont produites, ainsi que du chapitre VI du Code Civil, titre du mariage,
Nous avons pris et reçu la déclaration de M. Alfred- Victor comte de Vigny, futur époux, et de M"^ Lydia-Jane Bunbury, future épouse, qu'ils veulent se prendre pour mari et femme, et nous avons prononcé au nom de la loi que M. Alfred- Victor comte de Vigny et Lydia-Jane Bunbury sont unis par le mariage. Nous avons sur le champ dressé cet acte en présence de :
M. Hughues-Mill Bunbury, père de l'épouse, âgé de 62 ans ;
De M. Jean-Armand-Henri-Alexandre marquis de Gontaut-Biron, lieutenant général des armées du roi, président de l'Association paternelle de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis et du Mérite militaire, âgé de 65 ans ;
De M. Jean- Alexandre de Duplaà, sous-intendant militaire, chevalier de Tordre ro3-al et militaire de Saint-Louis et de l'ordre royal de la Légion d'honneur, ainsi que de celui de Charles HI d'Espagne, âgé de 40 ans ;
De M. Hipolyte-Martin Dargainaratz, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis et de l'ordre royal de la Légion d'honneur, secrétaire honoraire du roi, à la conduite des ambassadeurs, âgé de 58 ans ;
De M. "William-Howe Mulcaster, capitaine de haut bord, au service de Sa Majesté Britannique, chevalier de l'ordre honorable et militaire de
Bath (i), chevalier-commandeur de l'ordre de la Tour et de V pée du Portugal et membre de l'ordre Ottoman du Croissant, âgé de 41 ans ;
De M. John Robertson, capitaine de haut bord au service de Sa Majesté Britannique, âgé de 42 ans ;
Et de M. Thomas Rynd, major au service de Sa Majesté Britannique, âgé de 46 ans ;
Tous demeurant à Pau, lesquels ont signé avec nous, Maire et officier de l'État-Civil, les époux et le père de l'épouse, le tout après lecture faite publiquement aux parties contractantes et aux témoins tant du présent acte que de ceux y énoncés.
Signé au Registre :
Le comte Alfred de Vigny — Lydia-Jane Bunbury — Le marquis de Gontaut-Biron — J. Robertson — Duplaà — Dargainaratz — W"'-Howe Mulcaster — J. Knigth — Séjonné — Le baron de Boyrie — Marie Gardner — Marion Campbell — Alicia Bunbury — Sophia Mulcaster.
Perpigna.
Extrait du registre des mariages célébrés à Pau en 1825, folio 7, verso, etfoHo 8, recto et verso.
Quoique cet acte soit long et fastidieux à lire dans son stj-le administratif, nous n'avons pas cru devoir l'écourter, vu les nombreux détails curieux et intéressants qu'il renferme sur Alfred de Vigny et sa femme et les renseignements qu'il donne sur leurs relations.
Nous voyons d'abord que pas un officier de son régiment ne servit de témoin à notre poète dans cette cérémonie, comme c'est assez l'usage. Pour quelle cause ? Nous n'en savons rien. Il est juste,
(i) Ordre du Bain.
cependant, de remarquer qu'à la signature du contrat dressé par M'' Sorbe, notaire à Pau (i), qui avait précédé le mariage à la mairie de quelques heures, en plus des témoins que nous trouvons cidessus, figure au premier rang le comte de Fontanges, colonel du 55""*, venu d'Orthez à cet effet.
Par ce contrat, le régime de la communauté était adopté par les deux époux, ainsi que le gain de survie de la totalité de leurs biens, en quelques lieux qu'ils soient situés, sauf bien entendu, la réduction légale en cas d'existence d'enfants, ce qui fut inutile puisqu'ils n'en eurent point. Il n'y est fait mention d'aucun apport de part ni d'autre (2).
Une remarque à faire, c'est que cet acte fut dressé en double minute. Alfred de Vigny espérait obtenir la faveur de le faire signer par le roi. Il était alors dans toute la ferveur de ses sentiments royalistes. Arriva-t-il au résultat souhaité? Nous l'ignorons.
Mais revenons au mariage à la mairie et constatons que les témoins qui ont apposé leur signature au bas de cet acte sont loin d'être les premiers venus et peuvent être comptés parmi les personnages les plus marquants à Pau.
C'est d'abord comme nous l'avons vu, le marquis Armand de Gontaut-Biron, auparavant aide-major avec rang de colonel au régiment des Gardes Françaises, alors lieutenant- général, qui avait épousé M'"^ de Palerme et hérité en 1793 des biens et titres de la branche aînée des Gontaut-Biron.
Il mourut l'année suivante, laissant deux fils.
(i) Enregistré le 4 février 1823 ; les droits furent : 5 fr. pour le mariage et 5 fr. pour le gain de survie.
(2) L'étude de M*^ Sorbe, transmise successivement après lui à M"^ Laborde et à M*^ Laforgue, a pour titulaire aujourd'hui M^ Maisonnier.
C'est ensuite M. de Diiplaà, issu d'une ancienne famille parlementaire de Béarn, propriétaire de la terre et du château d'Escout, près Oloron, sousintendant militaire en 1825. Il fit, deux ans après, en 1827, partie de l'expédition que le s^ouvernement envoya en Morée, fut plus tard nommé intendant, puis revint enfin à Pau, où il mourut fort âgé, sans s'être jamais marié, dans son bel hôtel situé au coin de la rue du Lycée et de la rue Saint-Louis, aujourd'hui propriété de son neveu le vicomte de Nays-Candau.
Le troisième témoin d'Alfred de Vigny, M. Dargainaratz, né à Saint-Jean-de-Luz, appartenait à une vieille famille du Pays basque : après avoir rempli la charge d'introducteur des ambassadeurs à la Cour, il vint se retirer à Pau, où il mourut à un âge très avancé, avec une nièce, fille d'un frère aîné, qui ne se maria jamais. Elle vécut jusqu'à 80 ans et jusqu'à ses derniers jours reçut l'élite de la Société Béarnaise dans le petit appartement qu'elle habitait dans la haute maison qui fait l'angle des rues Préfecture et des Cordeliers. Beaucoup d'entre nous se souviennent de cette charmante octogénaire, aussi spirituelle que bonne, dont la conversation était si intéressante eL si instructive.
Mais arrivons aux témoins de Miss LydiaBunbury. C'étaient trois officiers supérieurs de l'armée britannique. Un major de l'armée de terre Thomas Rynd et deux capitaines de haut bord, grade équivalant à peu prèsàceluide capitaine de vaisseau chez nous: John Robertson et William-Howe Mulcaster tous deux brillant sofficiers, arrivés à ce grade élevé fort jeunes encore, puisquejohn Robertson, le plus âgé des deux, n'avait que 42 ans. Pour William Howe-Mulcaster, d'un an plus jeune, comme nous l'avons vu, il était chevalier du Bain, cet ordre militaire si apprécié
ajuste titre, et, de plus, haut dignitaire de divers ordres étrangers. Nous trouvons aussi diverses autres signatures de parents et d'amis au-dessous de l'acte de mariage d'Alfred de Vigny ; d'abord celle du baron de Bo3'rie, dernier représentant d'une ancienne famille béarnaise aujourd'hui éteinte. Le baron de Boyrie, qui avait été un bretteur enragé dans sajeunesse, est resté jusqu'à sa mort, arrivée il y a une trentaine d'années, le type du parfait gentilhomme de l'ancien régime, fidèle à l'inscription gravée sur la porte de son hôtel et qu'y avaient fait sculpter ses ancêtres : <? Deiim timile, regem honori/icale. » Incarcéré sous la Terreur, il ne dut qu'au 9 Thermidor d'échapper à l'échafaud.
Bon nombre de Palois se souviennent encore de ce grand vieillard, portant la tète toujours un peu inclinée sur l'épaule, les cheveux relevés en aile de pigeon, vêtu hiver comme été d'un habit bleu tant soit peu usé et les mains constamment croisées derrière le dos, agitantun jonc à pomme d'or guillochée.
Viennent ensuite les signatures de la sœur de la mariée, Alicia Bunburj^ de deux de ses amies, Marion Campbell et Marj- Gardner, de la femme ou de la sœur du capitaine Mulcaster, Sophia Mulcaster, etc.
Malgré nos recherches, nous n'avons point trouvé trace dans les registres de baptêmes et de mariages des deux paroisses de Pau, Saint-Martin et Saint- Jacques, du mariage d'Alfred de Vigny.
Nous n'avons connaissance que d'une cérémonie protestante célébrée, trois jours après le mariage civil, le 8 février, par le pasteur réformé d'Orthez, Gabriac, venu à cet effet à Pau, qui n'avait point encore de temple protestant.
En voici d'ailleurs la preuve, fournie par cet acte extrait des registres de l'égHse réformée d'Orthez,.
que nous transcrivons malgré le peu de renseignements nouveaux qu'il puisse nous fournir :
Le huitième février 1825, nous, pasteur président de l'Eglise consistoriale des Basses-Pyrénées, à la résidence d'Orthez, avons béni dans la ville de Pau le mariage dûment enregistré d'après la loi, entre M. Alfred-Victor de Vigny comte de A^igny, capitaine au 55'"'^régiment d'infanterie de ligne, en congé à Pau, né à Loches, département d'Indre-et-Loire, le 27 mars 1797, fils légitime de feu M. Léon-Pierre comte de Vigny, ancien officier d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, et de M""^ Marie-Jeanne-Amélie de Baraudin, son épouse, domiciliée à Paris; et d'autre part. M'"" Lydia-Jane de Bunburv, actuellement avec Monsieur son père à Pau, née à Demerary dans la Guvanne, le 6 avril 1799, fille légitime de M. Hughues-Mill Bunburv, propriétaire et rentier, et de feue M'"'= Lvdia-Prisca Cox, son épouse. Présents : nombre de personnes, parents et amis des parties. En foi de quo)'.,. etc..
Signé : Gabriac, pasteur.
Extrait du 4" registre des baptêmes et des mariages de l'égHse réformée d'Orthez.
M'"" Bunbury, entre autres valeurs moins aléatoires ou d'un rapport plus sûr, avait apporté en dot à son mari une île de la Polynésie peuplée de sauvages anthropophages. Alfred de Vigny n'essaya pas défaire valoir ses droits, très sérieux cependant, et appuyés d'actes émanant du Foreign Office, sur cette terre Océanienne. Peut-être trouva-t-il le voyage nécessaire pour les affirmer, trop long et trop fatigant. Il est probable qu'il fit sage-
ment en y renonçant et en agissant comme il le fit, car nul doute que les habitants de son domaine n'eussent été disposés, le jour où il lui eût pris fantaisie de faire acte de propriétaire, à le recevoir à coups de flèches plus ou moins empoisonnées et même, s'ils eussent pu se saisir de sa personne, à le mettre à la broche et à le manger, sans autre cérémonie. Est-ce à ce titre de propriété, est-ce plutôt à une paternité mystérieuse que fait allusion Théodore de Banville dans ses Souvenirs, quand, parlant de M"'^ de Vigny, il dit que, belle, majestueuse, elle avait tout d'une fille de roi ? Nous sommes dans l'impossibilité d'élucider la question ; la seule chose que nous puissions assurer, c'est qu'un frère de son père, le Colonel Bunbury, fut gouverneur de la Jamaïque. Ce personnage, très répandu dans la haute société Londonienne, présenta plus tard, le 6 novembre 1826, Alfred de Vigny à Walter Scott, alors à Paris à l'hôtel Windsor (i).
Le dire et les souvenirs de ceux qui ont plus ou moins approché Madame de Vigny sont loin d'être unanimes à son égard et, si les uns la disent belle et riche, les autres sont d'un avis tout opposé. Si nous nous en rapportons aux Souvenirs litléraires d'Edouard Grenier (2), elle était non-seulement loin d'être belle et distinguée, mais elle n'était même pas riche, et ce n'aurait été qu'une fois le mariage
(i) Journal d'nn Poète. — Dans une lettie à sa petite cousine, la Vicomtesse du Plessis, datée du 10 Novembre i8so et, écrite de son domaine de Maine Giraud, Alfred de Vigny parle de son oncle anglais le général Bunbury, gouverneur de la Jamaïque — Lettres inédites d'Alfred de Vigny — Revue des Deux Mondes — Janvier 1897.
(2) Edouard Grenier — Souvenirs littéraires — Revue Bleue — i^"" juillet 1893. — Autour de V Académie.
accompli, que le poète aurait appris que les espérances de fortune que Ton avait fait miroiter à ses yeux étaient vaines et chimériques. On racontait à ce propos, parait-il, aux soirées de Charles Nodier, que pour expliquer à son mari l'erreur dans laquelle elle l'avait laissée sur sa véritable situation elle lui aurait dit, dans un langage de petit nègre, en lui sautant au cou : <? Oh, je avé trompé vô, parce que je aimé vô. * Malgré tout ce que ce mot a de douloureusement comique, et peut-être même pour cela, nous ne serions nullement étonné qu'il ait été fait dans ce milieu si malin et si spirituel de l'Arsenal. Sans doute, Madame de Vigny n'apporta point à son mari toute la fortune sur laquelle il avait pensé pouvoir compter ; sans doute, comme nous le verrons plus loin, son beau-père en mourant déshérita le jeune ménage ; mais, de là à rien, il y a loin. Ce qui a donné naissance à ces bruits de situation précaire de Madame de Vigny, c'est qu'elle avait enfoui au fond de sa corbeille un procès qui dura près de 30 ans, et que lorsque l'on finit ^ par où l'on aurait dû commencer, par une transaction, il était trop tard ; escomptée d'avance par des provisions nécessaires, » par les dépenses du ménage, cette fortune se trouva considérablement diminuée et assez modeste, loin, il faut bien le reconnaître, de ce qu'elle aurait dû être. Maintenant, pour en revenir à la peu galante accusation formulée par Edouard Grenier contre la femme de notre poète, d'avoir été laide, nous nous insurgeons contre elle, d'autres autorités que la sienne nous ont fixé à cet égard. Ce qui est vrai, c'est qu'avec l'âge, sa beauté disparut, et, dans les dernières années de sa vie, M. L. Ratisbonne qui l'a connue alors assure qu'elle était « massive, homraasse, comme nouée et demi aveugle, et, avait autant de peine à se mouvoir qu'à
parler (i ). Qu'elle ne sût point à merveille la langue française, c'est fort possible, nous n"}' contredirons pas. Camille Doucet a dit avec beaucoup d'esprit: <r. Sachant très mal le français, elle le parlait très peu, tandis que M. de Vigny, qui savait assez bien Tanglaispour le traduire, le parlaittrès mal(2) » ; ce qui pourtant ne les empêcha pas de s'entendre. Alfred de Vigny traita d'ailleurs toujours sa femme avec des égards que l'on considérerait peut-être aujourd'hui comme un peu surannés : " Chaque fois qu'elle devait quitter pour un instant le salon // dit Théodore de Banville, " pour veiller à quelque détail domestique, avec ces façons de bonne ménagère qui se sont conservées chez les seules grandes dames, le poète lui offrait la main et la conduisait jusqu'à la porte, comme à la cour, ou comme dans les comédies. De même, quand elle rentrait, il marchait vers elle, et, après l'avoir saluée, la ramenait cérémonieusement à son fauteuil. (31 »
Mais ce fait se rapporte plutôt aux dernières années du ménage qu'à celles dont nous nous occupons ; revenons donc au père de Madame de Vigny (4).
(i) Lettres inédites d'Alfred de Vigny, Revue des Deux Mondes — i Janvier 181)7.
(2) C. Doucet — Discours de réception à l'Académie Française — 22 février 1866.
(3) Th. de Banville : Souvenirs.
(4) Alfred de 'Vigny pensa sans doute à son beau-père quand il décrivit cette figure de Beckford qui tient un rôle important dans l'épisode de Chatterton de Stello.
Le passage que voici nous le prouve surabondamment : f J'entends la voix creuse et douce de Chatterton, qui
fit cette singulière réponse en saccadant ses paroles et
s'arrêtant à chaque phrase :
il L'Angleterre est un vaisseau, notre ile en a la forme
la proue tournée au Nord, elle est comme à l'ancre au mi-
Ce brave Ano-lais était d'une excentricité rare, même pour un sujet de Sa Majesté Britannique,
lieu des mers, surveillant le continent. Sans cesse, elle tire de ses flancs d'autres vaisseaux faits à son image et qui vont la représenter sur toutes les côtes du monde. — Mais c'est à bord du grand navire qu'est notre ouvrage à tous. — Le roi, les lords, les communes sont au pavillon, au gouvernail et à la boussole; nous autres, nous devons tous avoir la main aux cordages, monter aux mâts, tendre les voiles et charger les canons : nous sommes tous de l'équipage et nul n'est inutile dans la manœuvre de notre
glorieux navire Wel], very w^//, cria le gros Beckford,
c'est bien, mon enfant ! c'est noblement représenter notre bienheureuse patrie I
» Rule ffritannia ! chanta-t-il, en fredonnant l'air national. Mais mon garçon, je vous prends par vos paroles. Que diable peut faire le poète dans la manœuvre? — Chatterton resta dans sa première immobilité...
» Il leva seulement les yeux au plafond et dit : » Le poète cherche aux étoiles quelle route nous montre le doigt du Seigneur.
* Le Beckford eut de Thumeur.
» Imagination, dit-il toujours l'imagination au lieu
du bon sens et du jugement ! Pour être poète à la façon lyrique et somnambule dont vous l'êtes, il faudrait vivre sous le ciel de Grèce, marcher avec des sandales, une chlamyde et les jambes nues et faire danser les pierres avec le psaltérion.
* Mais avec des bottes crottées, un chapeau à trois cornes, un habit et une veste, il ne faut guère espérer se faire suivre, dans les rues, par le moindre caillou et exercer le plus petit pontificat ou la plus légère direction morale sur ses concitoj-ens.
» La poésie est à nos yeux une étude de style assez intéressante à observer, et faite quelquefois par des gens d'esprit : mais qui la prend au sérieu.x ? Quelque sot ! Outre cela, j'ai retenu ceci de Ben Johnson, et je vous le donne comme certain, savoir : que la plus belle muse du monde ne peut suffire à nourrir son homme, et qu'il faut avoir ces demoiselles pour maîtresses, mais jamais pour femmes. Vous avez essayé de tout ce que pouvait donner la vôtre ; quittez-la, mon garçon, croyez-moi, mon petit ami. »
Slello.
parmi lesquels pourtant, l'excentricité est assez commune. Comme depuis son retour des Colonies, il passait son existence à parcourir le continent ; que les malles-poste et les berlines ne lui semblaient pas toujours suffisamment suspendues ; qu'elles ne passaient pas souvent par les chemins qu'il aurait désiré parcourir ; qu'elles allaient vite, quand il aurait désiré aller lentement ; lentement, quand il aurait désiré aller vite ; que les auberges ou cabarets qu'il rencontrait sur sa route ne lui donnaient pas, la plupart du temps, le confort sur lequel il pensait devoir compter, il s'était décidé à faire construire une sorte de roulotte de. saltimbanque avec laquelle il parcourait l'Europe. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que cet étrange véhicule, d'une dimension respectable, était superbement installé, contenant : salon, salle à manger, chambres à coucher, cuisine et le reste. Aussi, dans ses pérégrinations, un site lui semblait-il intéressant, un point de vue curieux, avait-il le désir de s'arrêter pour diner ou pour passer la nuit, on dételait, sans s'inquiéter autrement de l'endroit où on se trouvait, quitte à repartir une heure, un jour, un mois plus tard. Est-ce ainsi que cet étonnant voyageur vint à Pau ? Nous manquons de renseignements à cet égard. Est-ce par ce procédé qu'il arriva plus tard, un autre jour, à Florence ? Nous l'ignorons encore. Toujours est-il que là-bas, comme étranger de marque, il fut invité à diner chez Lamartine, alors secrétaire d'ambassade et faisant l'intérim pendant un congé de M. delà Maisonfort, ministre de France auprès du Grand Duc de Toscane. A la table d'un poète, même quand il s'avise d'être un homme politique, rien d'étonnant à ce que l'on parle poésie. C'est ce qui eut lieu. Au milieu de la conversation, M. Bunbury se laissa aller à
dire qu'il avait unr fille mariée à un poète français. Vite Lamartine de lui demander le nom de son gendre. Il l'avait oublié et il fallut que l'on nommât tous les poètes de ce temps les uns après les autres, pour que, lorsque le nom d'Alfred de Vigny fut prononcé, il finisse par murmurer c^u'il pensait bien que c'était lui(i). S'il ne se souvint pas du nom du mari de sa fille, ce jour-là, il s'en souvint quand il écrivit son testament, mais cette fois pour le déshériter. Ce bonbomme, à la rancune tenace, mourut en novembre 1838.
C'est peu de temps après son mariage qu'Alfred de Vigny écrivit dans sa forme définitive cette merveilleuse ballade en l'honneur du paladin Roland « Le Cov » dont les vers, purs et hmpides comme l'eau jaillissante des gaves de la montagne, resteront à jamais, avec leur douceur infinie, dans la mémoire de ceux qui goûtent la poésie.
Dieu ! que le son du cor est triste au fond des bois (2)
Dans le Journal d'un Poêle, nous trouvons deux pièces de vers d'une très belle inspiration, datées du 13 décembre 1822 'f Le Berceau et le Rêve (3) » dédiées toutes deux à M"" Marie de Clerambault,
(i) Petite Revue, iSGyé^.
(2) Poèmes Antiques et Modernes. — Ce poème avait longtemps hanté l'esprit d'Alfred de Vigny. La première pensée lui en était venue dès son arrivée dans les Pyrénées, comme le prouve une lettre écrite par lui en 1825 deux ans plus tôt, à son ami A. de St-Valry, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler.
f^^) Journal d'un Poète.
alors âgée de 20 jours, dont la famille était liée avec celle de la mère d'Alfred de Vign}'. Un Clerambault avait été amiral en même temps que le orand-père de notre poète. Ces vers ont été écrits avant l'arrivée d'Alfred de Vigny en Béarn ; mais, chose curieuse, une branche de cette famille de Clerambault vint se fixer à Pau 30 ans plus tard, vers 1852.
Nous voici arrivés au terme de la tâche que nous nous . sommes imposée. Peu après son mariage, Alfred de Vigny rejoint â Orthez son régiment qui reçoit l'ordre de retourner dans le Nord. Deux ans après, «r ennuyé du plat service de la paix (i) > le 22 avril 1827. notre capitaine se fait réformer pour raison de santé. Les notes militaires c^ui le présentaient comme un officier de la plus grande distinction, ne l'ont pas empêché, après 14 ans de service, de se retirer simple capitaine, avec g ans de grade. « Les événements Cjue j'attendais (2) .-/ dit-il, " ne me vinrent pas aussi grands qu'il me l'aurait fallu; qu'y faire ? /^ «■ J'étais indépendant d'esprit et de parole, -> dit-il encore, *- j'étais sans fortune et poète. Triple titre â la défaveur (3). » Quelque vraies et justes que puissent être ces réflexions du militaire désenchanté, elles n'empêchèrent pas notre poète de regretter plus tard, malgré les déboires qu'elles lui avaient causés, ces belles années de sa jeunesse, où il resta l'épée dans le fourreau au pied des Pyrénées, où il écrivit ces poèmes du Déluge, de Dolorida, du Cor (4), où il composa L'/zu/ Mam et eut la pre-
[1) Journal d'un Poète.
(2) Journal d'un Poète.
{■^) Journal d'un Poète.
(4) Poèmes Antiques et Modernes.
mière pensée de Serriludc cl (intiKlrtir Mililairc car pour lui alors :
La terre était riante et dans sa tleur prci^nère.
/.<• D.'/ko-c I
a-t-il dit.
Est-ce bien vrai? 11 est permis d'en douter. Sun pessimisme sans réserve de plus tard, semble déjà le posséder, en partie du moins. Son poème du Déluge, où Dieu châtie indifféremment le juste et le méchant ; son livre de Slello, complètement composé dans ses grandes li t!;nes, sinon écrit, puisqu'il ne le fut définitivement qu'en 1832, sans parler de C//u/ Mars, sont là pour témoigner que sa doctrine de résignation et de stoïcisme, n'espérant rien de la vertu, était déjà ancrée en lui. Voici encore une lettre écrite à la même époque au poète Brizeux, le tendre chantre de Marie et des Bretons, par Alfred de Vigny, qui explique plus longuement la raison de sa détermination de cjuitter l'armée. Il est bon d'ajouter que l'aisance, pour ne pas dire plus, que lui avait apportée son mariage avec Miss Lydia Bunbury lui facilita les moyens d'exécuter ce projet : <r Vous avez raison ,,, dit-il donc à Brizeux, « de vous représenter ma vie militaire comme vous le faites. L'indignation que me causa toujours la suffisance dans les hommes si nuls qui sont revêtus d'une dignité ou d'une autorité, me donna, dès le premier jour, une sorte de froideur révoltée avec les grades supérieurs et une extrême affabilité avec
(i) Poèmes Antiques et Modernes.
les inférieurs et les égaux. Cette froideur parut à tous les ministères possibles une opposition permanente, et ma distraction naturelle et l'état de somnambulisme où me jette en tout temps la poésie, passèrent quelquefois pour du dédain de ce qui m'entourait. Cette distraction était pourtant, comme elle l'est encore, ma plus chère ressource contre l'ennui, contre les fatigues
POST DE SaISTE-MaEIE A OlORON
mortelles dont on accablait mon pauvre corps si délicatement conformé et qui aurait succombé à de plus longs . services ; car après treize ans, le commandement me causait des crachements de sang assez douloureux. La distraction me soutenait, me berçait, dans les rangs, sur les
grandes routes, au camp, à cheval, à pied, en commandant même, et nie parlait à l'oreille de poésie et d'émotions divines nées de l'amour, de la philosophie et de l'art. Avec une indifférence cruelle, le gouvernement à la tête duquel se succédaient mes amis et jusqu'à mes parents, ne me donna qu'un grade pendant treize ans, et je le dus à l'ancienneté, qui me fit passer capitaine à mon tour. Il est vrai que dès qu'un homme de ma connaissance arrive au pouvoir, j'attends qu'il me cherche, et je ne le cherche plus. J'étais donc bien déplacé dans l'armée. Je portais la petite Bible que vous avez vue, dans le sac d'un soldat de ma compagnie. J'avais Eloa, j'avais tous mes poèmes dans ma tète, ils marchaient avec moi, par la pluie, de Strasbourg à Bordeaux, de Dieppe à Nemours et à Pau ; et quand on m'arrêtait, j'écrivais... »
Cette lettre ne fait, en bien des points, que confirmer et appu3'er ce que nous avons déjà dit : cette froideur pour les officiers supérieurs de son régiment et cette extrême affabilité qu'elle exprime, pour les inférieurs explique une fois de plus sa liaison avec Pauthier, ce simple soldat devenu son ami. Elle nous donne encore de précieux renseignements sur sa santé toujours frêle et délicate.
Nous n'avons pas à suivre Alfred de "Vigny à Paris, pas plus que dans son manoir gothique de Maine Giraud, qu'il tenait de sa mère et où il aimait à aller évoquer le souvenir de ses ancêtres. Disons seulement que dès l'année de son retour à Paris en 1826, parurent les Poèmes Anliqiiea el Modernes, dans lesquels se trouvent le Cor, Dolorida, le Déhuje. Déjà, en 1822, il avait fait imprimer un court volume de vers. En 1826 encore, la même année que les Poèmes Anlùjiies el Modernes,
il livra au public CiiKj Mors, dont quatre éditions en deux ans, n'épuisèrent pas le succès, et qui fut immédiatement traduit en Italien, en Anglais, et même en Russe, quoiqu'il ne fût pas encore question de l'alliance Moscovite. Le triste sort de l'amant de Marie de Gonzague et de son ami de Thou « fit verser bien des larmes à tous les beaux yeux de l'Europe (i) ». Slello parut en 1834 ; Servitude et Grandeur milifaire Tannée suivante, en 1835. Six ans auparavant, Alfred de Vigny avait abordé le théâtre en faisant représenter au Théâtre-Français une adaptation de Shakespeare, Othello, le premier drame romantique qui parut sur la scène; en 1833, il donna une petite comédie « Quitte pour tapeur*, qui, sous une forme légère, traitait une question des plus sérieuses et des plus épineuses ; en 1835, Chatterton qui fut un événement littéraire et dont la préface écrite en une nuit, a soulevé de graves polémiques ; en 1838, la Maréchate d'Ancre. Il écrivit encore Shyloclî, nouvelle adaptation de Shakespeare, qui ne fut pas représenté. Puis, il se tut pendant 20 ans, peu soucieux du bruit, se renfermant en pleine gloire dans une hautaine solitude dont il ne sortit qu'une fois, en 1845, pour entrer à l'Académie Française. C'est alors que M. Mole, répondant â son discours de réception, lui dit durement combien peu il comprenait un grand esprit et un noble cœur, qui, comme lui, n'avait d'autre ambition que celle d'être un homme de lettres et un gentilhomme.
En 1855, il se décida â publier les Consuttations du Docteur Noir ; puis ce fut tout. Désenchanté, triste, désillusionné, ne croyant plus guère à l'idéal et à la gloire, tout en continuant de les adorer, ne
(i) Anatole France : Alfred de Vigny.
croyant pas davantage au bonheur, à peine à IJieu, il laissa la vieillesse venir, demeurant dans une hautaine solitude, loin de toute intimité. Comme l'a dit J. Sandeau dans sa spirituelle réponse à C. Doucet, lors de la réception de cet homme aimable et accueillant qui succéda à Alfred de Mgny à TAcadémie Française (i): *: Vous regrettiez tout à rheure de ne pas avoir vécu dans la familiarité de M. de Vigny : consolez-vous ; M. dr \'ignv n'a vécu dans la familiarité de personne, pas même de lui. »
La mort trouva Alfred de Vigny, mais ne le surprit pas, dans le triste et sévère appartement qu'il occupait rue des Ecuries d'Artois, dans ce quartier où il avait passé sa jeunesse, le- 17 décembre 1863, à rage de 6; ans 12'.
Il mourut calme et digne, «-nveluppé dans son vieux manteau de soldat que l'un s"imagine doublé d'hermine. Si Alfred de Vigny, dans sa désespérante conception de la vie, considéra dans son œuvre et dans ses conversations l'auteur du monde comme une sorte de criminel, il ne persévéra pasjusqu'àlafin dans cette idée qu'on lui a généralement prêtée. Dans sa dernière maladie, il se refusa d'abord, il est vrai, à recevoir un prêtre, mais sa nièce, M"'* du Pré de Saint-Maur, obtint cependant qu'il acceptât la visite d'un ecclésiastique, se confessât et reçût les der-
(i) Jules Sandeau: Réponse au discours de Camille Doucet, lors de la réception de ce dernier à l'Académie Française.
(2) Voici ce que dit E. de Goncourt d'un jugement prononcé par Sainte-Beuve sur Alfred de Vigny, lors de sa mort: -r Quant j'entends Sainte-Beuve, avec ses petites phrases, toucher à un mort, il me semble voir des fourmis envahir un cadavre ; il vous nettoie une gloire en dix minutes et laisse du monsieur illustre un squelette bien net. * — Journal des Goncourt.
niers sacrements. Il fut enterré au cimetière Montmartre, et, conformément à sa volonté, aucun discours ne fut prononcé sur sa tombe. Six mois auparavant, sa femme, la fidèle compagne de sa vie, avait terminé sa longue existence de souffrance. Malade, presque dès le lendemain de son mariage, les soins affectueux de son mari ne lui avaient jamais fait défaut. Elle avait eu sa part de ses succès et de ses déboires.
Alors seulement parut le volume des Deslinées, véritable testament de poète qui a voulu finir par ce chant du cygne, fidèle à cette devise qu'on lui a entendu répéter souvent et qui le peint tout entier :
<' Il ne faut désirer la popularité que dans la postérité et non pas dans le temps présent. />
Nous venons de parler de chant du C3-gne à propos des Deslinéea, le mot est juste; comme l'a si bien dit Théophile Gautier, « on se représente involontairement Vign}' comme un cygne nageant le col un peu replié en arrière, les ailes à demi gonflées par la bise, sur un de ces lacs aux eaux transparentes et diamantées des parcs anglais (i) ».
Paul Lafond.
(i) Th. Gautier : Moniteur Universel, 28septembre 1863.
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