‹ Alfred de VignyChapitre 7 sur 17 · Journal intime, inédit · texte numérisé non relu

Journal intime, inédit

2. Inédit, 1834. Et encore : « Vous m'avez donné mon Imagination pour maîtresse ».

impuissants ! Un seul de ses baisers, à elle, remplit le cœur d'une ivresse divine. Et puis, « la volupté de l'âme est plus longue, l'extase morale est supérieure à l'extase physique î »

Enfin le souvenir même qu'il emportait de ses visions idéales avait la douceur ou la mélancolie des souvenirs d'amour : a Mon âme tourmentée se repose sur des Idées revêtues de formes mystiques.... Ame jetée aux vents comme Françoise de Rimini ! Ton âme, 6 Franeesca, montait tenant entre tes bras l'âme bien-aimée de Paolo : mon âme est pareille à tgi M »

Au point de vue de l'art, le culte passionné qu'il avait voué aux Idées entraînait cette conséquence, singulière chez un poète, la méfiance et presque l'aversion de toute forme littéraire. Nul voile, nul style ne lui semblait en effet assex diaphane, assez téuu, assez immatériel pour vêtir les créatures de son rêve sans les froisser et pour laisser transparaître leur beauté s^ns l'altérer. La poésie elle-même, malgré ses merveilleuses ressources, n'était qu'une langue barbare, dont les phrases les mieux écrites ne pourront jamais traduire le discours intérieur, le chant silencieyx de la pensée. Autrefois encore, au temps dee rapsodes d'Hellénie et des trouvères d'Occident, c'était l'organe d'une voix émue qui

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transmettait réraotion poétique ; or la parole humaine est chose spirituelle, ^^ e'est l'time qui vibre dans la matière. Mais a depuis qu'elle est imprimée, la poésie a perdu la moitié de son charme »,

Aussi professait-il le mépris du métier de poète. « Lorsqu'on fait des verg en regardant une pendule, écrit-il, on a honte du temps que l'on perd à chercher une rime qui ait la bonté de ne pas trop nuire à l'idée ^ » On voit par là combien il se séparait des prestigieux virtuoses de son temps qui, moins sen^ sibles à la poésie pure qu'aux manifestations du talent poétique, tentaient de réduire leur ^rtà ses éléments matériels, à nn jeu puéril d'assonances et de mètres.

Mais par instants, l'expression de la parole même lui gemblfiit insuffisante ^ et voyant trop clairement

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