‹ Alfred de Vigny (volume 2)Chapitre 22 sur 31 · LAMENNAIS. LE P. GRATKY. L'ABBE VIDAL · texte numérisé non relu

LAMENNAIS. LE P. GRATKY. L'ABBE VIDAL

§ I. — M. Silvy et l'ancienne abbaye de Port-Royal des Champs.

— La Petite Eglise. — Le Jansénisme sous le Consulat et sous l'Empire. — Royer-Collard et les Doctrinaires. — Les sœurs Sainte-Marthe. — Ce que Portalis pensait des couvents. — Port-Royal et Lamennais. — Comment il jugeait Nicole et les Messieurs. — Alfred de Vigny collaborateur de Lamennais à l'Avenir. — Point de contact entre ces deux hommes. — Le socialisme chrétien. — Conséquence du naufrage de Lamennais. — Vigny le comparait à Libanius.

§ IL — Le jansénisme de Vigny. — Comme quoi le poète des Destinées était de la famille spirituelle de Pascal et de Racine. — La religion de l'honneur de Vigny. — Principaux caractères du jansénisme finissant. — Les derniers adeptes de Port-Royal. — Les premières lectures de Vigny.

— Éloa, poème de la Grâce miséricordieuse et impuissante.

— De l'éternité des peines. — L'échec de Vigny aux élections de la Constituante, et ses suites. — Il aborde dans son Journal toutes les questions qui s'agitent à Port-Royal. — Les idées de Vigny sur la destinée. — Le livre de chevet de son grand-oncle l'abbé de Baraudin. — Ce que Vigny pensait de la grâce. — Son pessimisme et ce qui le différencie de celui de Chateaubriand, de Gœthe et de Schopenhauer. — Comment l'analyse M. Brunelière. — Caractère du pessimisme de Vigny.

| III. — Comme quoi Vigny était janséniste de naissance. —

Les livres jansénistes de son grand-oncle maternel. — J'en retrouve quelques-uns au Maine-Giraud. — Les notes marginales de l'abbé de Baraudin. — Son ex-libris. — Une prophétie concernant les Jésuites. — Pour Sophie et pour Amélie. — La mère de Vigny laisse deviner ses sentiments jansénistes dans le livre de conseils qu'elle rédige pour lui à son départ pour le régiment. — Ceux qui depuis 1902 se sont rangés à mon opinion. — MM. Alfred Rebelliau, l'abbé Lecigne, Remy de Gourmont. — Une thèse de doctorat en préparation sur le jansénisme de Vigny.

§ IV. — Ce qui décida Vigny à faire du théâtre. — Racine et la Champmeslé. — Vigny et Mme Dorval. — L'orthodoxie de la pièce de Phèdre. — Vigny se défend d'avoir soutenu la théorie du suicide dans Chatterton. — Son chagrin à la mort de sa mère. — Sa correspondance avec Mme Lachaud.

— Sur quel autel doit être placée la Vierge à l'église. — Les Sources du P. Gratry. — Pascal et Vigny, précepteurs des princes. — Un mariage blanc. — Idées de Port-Royî»l sur le mariage. — Lettres de Vigny sur la première communion de M'ie de Saint-Chamans.

§ V. — Différentes tentatives de conversion d'Alfred de Vigny.

— Sa correspondance avec le P. Gratry. — Le P. Gratry convertisseur de profession. — Comment il échoua auprès d'Augustin Thierry. — Il ne réussit pas davantage auprès de Vigny. — L'abbé Vidal, curé de Bercy, reçoit la confession du poète. — Témoignage d'Auguste Barbier à ce sujet. — Protestation de Louis Batisbonne. — La vérité sur les sentiments religieux d'Alfred de Vigny. — Conclusion.

Lorsque M. Silvy se rendit acquéreur en 1824, du domaine de Port-Royal (1), ce fut avec la pensée

(1) Après la suppression des couvents, en 1790, le Directoire du district de Versailles vendit, le 2 mars 1791, le domaine de Port-

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de relever l'antique Abbaye de ses ruines. Malheureusement, comme à deux ou trois reprises différentes, sous prétexte de commémorer de douloureux anniversaires, il avait à grand bruit rassemblé au « désert » le ban etl'arrière-ban du parti janséniste, l'autorité administrative, qui était déjà aux prises, dans un certain nombre de diocèses, avec les sectateurs de la Petite Eglise, craignit que l'Abbaye de Port-Royal, une fois restaurée, ne devînt un nouveau foyer d'agitation et de révolte, et M. Silvy, pour ne pas lui créer de difficultés, renonça à son dessein.

Que de fois je l'ai regretté depuis que j'étudie l'histoire de Port-Royal ! Que de fois j'ai déploré que les derniers jansénistes n'aient pas su profiter de leurs relations, de leur influence sous le règne de Louis XVIII, pour réédifier la maison de retraite incomparable qu'un vent de colère avait emportée en 1710, pour notre malheur à tous.

Jamais, en effet, l'occasion ne fut plus favorable ni le besoin plusurgent. Lejansénismequ'oncroyait mort avait repris une nouvelle vie à partir du

Royal à M. Rendu, ancien notaire à Paris. Depuis, ce domaine a appartenu à RI. Després (i5 novembre 1791); à M. Tamalcou (26 février 1810); à MM. Silvy, Gaurin, Bourgeois et Lacoupclle (17 octobre 1824 : à M. Silvy seul (3 octobre 1828). Il est aujourd'hui la propriété de la société janséniste de Paris.

Consulat. La direction de l'enseignement supérieur avait été confiée aux mains fermes et prudentes de Royer-Collard ,Guéneau de Mussy, Ambroise Rendu. Les sœurs Sainte-Marthe, autorisées par un décret impérial de 1810, desservaient les principaux hôpitaux de Paris, l'Ecole polytechnique el deux ou trois lycées. Le clergé des paroisses de la rive gauche, telles que Saint-Séverin, Saint-Jaeques-du-Haut- Pas. Saint-Etienne-du-Mont et Saint-Médard, était en grande partie port-royaliste; les doctrinaires qui dirigeaient la politique gouvernementale se recrutaient parmi les esprits d'élite de la « secte »; leur chef était un philosophe illustre dont le nom était synonyme d'éloquence, de droiture et de désintéressement ; et, comme l'écrivait un jour Porta lis au Premier Consul, « c'est surtout au lendemain des cataclysmes comme celui de la Révolution qu'il est sage de favoriser des établissements qui puissent servir d'asile à toutes les tètes exaltées, à toutes les âmes sensibles ou dévorées du besoin d'agir et d'enseigner. Car, dans un vaste Etat comme la France, il faut des issues à tous les genres de caractères et d'esprits que les cloîtres absorbaient autrefois et qui fatiguent aujourd'hui la société civile. Il ne suffit pas d'avoir des institutions pour classer des citoyens; il faut en avoir encore, si je

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puis m'exprimer ainsi, pour classer les âmes et donner à lous les moyens réguliers de suivre leurs mouvements dans un ordre fixe et convenu (i). »

Ce langage était si vrai que Mme de Beaumont mandait vers le même temps à Joubert que, si Port-Royal avaitencore existé, elle y aurait cherché un refuge. Et elle n'était pas la seule dans cette disposition d'esprit. Toutes les âmes un peu romanesques, que la philosophie du xvnie siècle n'avait pas entamées, soupirèrent après cette solitude quand vint la fin des mauvais jours. Que si vous m'en demandez la raison, je vous répondrai qu'elle est bien simple. D'abord la Révolution avait impitoyablement fermé toutes les maisons religieuses ; ensuite, l'abbaye de Port-Royal -des-Champs était une maison de retraite comme on n'en verra jamais plus. Non seulement elle était ouverte à la fois sur le siècle et sur l'autre vie, mais c'était une école en même temps qu'un monastère, une maison semilaïque et semi-ecclésiastique : les quatre vents de l'esprit y soufflaient en liberté, et le libre examen s'y exerçait sur tout, excepté sur le dogme.

Le besoin d'une maison comme Port-Royal se faisait si vivement sentir au commencement de ce siècle que, lorsqu'il entreprit de renouveler l'Eglise

(i) Archives nationales, AF IV, io44-

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de France, Lamennais s'empressa d'établir au fond de la Bretagne, dans la solitude de la Chesnaie, une école sur le plan de celle des Granges et d'après la méthode inaugurée par nos Messieurs. Et je me suis dit souvent que, s'il avait pu se retirer à Port- Royal, à son retour de Rome, le grand Féli, tout en tenant tête à l'orage qu'il avait déchaîné, n'aurait jamais rompu avec l'Eglise.

Car il avait beau être ultramontain, le fond de son âme était janséniste. Au xvne siècle, il eût été du côté de Pascal, de Nicole et d'Arnauld. Il s'était pénétré de leur esprit en se nourrissant de la moelle de leurs œuvres, et, s'il a fait le procès du jansénisme dans son Essai sur V indifférence en matière de religion, c'est qu'il était convenu alors que celte doctrine conduisait tout droit à l'indifférence, les jésuites disaient au libertinage. Encore distinguaitil entre le jansénisme et Port-Royal. Il savait le fort et le faible de cette grande maison, et que, malgré ses écarts dans le domaine embroussaillé de la théologie, elle n'en avait pas moins été une admirable école de morale, de science et de vertu. J'en trouve la preuve dans la lettre qu'il écrivait un peu plus tard à Sainte-Beuve à propos justement de son livre sur Port-Royal.

« Vous vengerez, lui disait-il, det> hommes de

grande vertu et. de grand talent des injustices de M. de Maistre, qui les a sacrifiés aux jésuites, si audessous d'eux à tous égards. Ceux-ci n'ont, que je sache, qu'un seul écrivain, et encore de second ordre, à citer, Bourdaloue. Le caractère de leurs auteurs, je dis des plus loués, c'est le vide et le bel esprit de collège. Sans parler de Pascal, qu'est-ce que ces g'ens-là près d'Arnauld, de Nicole et tant d'autres moins connus et que vous ferez connaître? Dans les traités de morale de Nicole, je vous recommande particulièrement celui De la connaissance de soi-même, et celui Des moyens de consacrer la paix entre les hommes .Ce sont là, à mon sens, deux petits chefs-d'œuvre. Et leurs grammaires donc : quia mieux fait depuis (i)? »

Voilà ce que pensait de Port-Royal l'illustre auteur des Paroles d'un Croyant. Au fur à mesure qu'il se dégagea de l'influence ultramontaine de MM. de Bonald et de Maistre, Lamennais devint plus juste envers les solitaires; ses propres affaires avec Romel'aidèrent à mieux comprendre les leurs. Déjà, quand il était rentré dans la lice, il n'aurait pas fallu le gratter bien profondément pour reconnaître en lui la marque, l'attitude et jusqu'à l'ac-

(i) Port-Royal, t. III, p. 257.

cent de Port-Royal (i). Il avait le masque et le tempérament batailleur du grand Arnauld. Quand il sortit de l'Eglise, il lui ressembla davantage encore. Son jansénisme latent éclata dans un coup de lumière. Il vécut et mourut comme les grands solitaires, à cette différence près cpi'ils protestèrent toute leur vie et jusque dans la mort de leur attachement au centre de l'unité.

Lamennais n'aurait donc pas été dépaysé dans le vallon de Port-Royal, s'il avait pu s'y retirer en i832. Et je le vois d'ici, recevant, confessant, consolant, fortifiant de son exemple et de son verbe si chaud et si évangélique les âmes blessées, désillusionnées, désespérées, qu'il aurait attirées au désert. Parmi celles-là j'aime à placer au premier rang l'âme hautaine et stoïque du poète-philosophe qui avait été un moment son collaborateur à VAvenir. J'ai nommé Alfred de Vigny. Car lui aussi, consciemment ou à son insu, il avait la marque, l'attitude, l'accent des port-royalistes de la dernière génération tout au moins. Et le jansénisme fut toujours une attitude autant qu'une doctrine; sur la tin même il n'était que cela. Oui disait janséniste disait un homme austère, intransigeant, irréducli-

(1) Notamment son républicanisme et ses tendances presbyte» riennes.

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ble.On se tromperait étrangement d'ailleurs si l'on croyait que tous les solitaires avaient sur toutes les questions la même manière de voir. Pascal, par exemple, qui fut à un moment le centre et comme la clef de voûte du parti, n'était pas toujours d'accord avec Arnauld. Nicole, non plus. Mais il ne fallait pas les mettre en face des docteurs de la morale relâchée : sur ce terrain-là, il n'y avait plus entre eux de désaccord, de dispute, ils étaient unis comme les doigts de la main. Et c'est ce trait qui, à distance, leur donne à tous cet air de famille qui se perpétue jusque dans leur plus lointaine descendance.

Entre Lamennais et Vigny, il y avait également plus d'une dissemblance philosophique, et le poète a marqué lui-même l'endroit, le tournant de route où il se séparait du prêtre, quand il a dit : « Lamennais n'est pas coupable de chercher la vérité, mais il l'est de l'affirmer avant de l'avoir trouvée (i). »

C'est qu'en effet Vigny chercha la vérité toute sa vie, à la lumière voilée du doute, tandis que Lamennais, avec son critérium de certitude, la trouva dans chacune de sesévolutionssans jamais s'y fixer. Comment donc ces deux hommes avaient-ils fait

(i) Journal d'un Poète, 1889.

alliance ensemble et combattu un instant sous le même drapeau? C'est ce que Vigny va nous dire. En ce temps-là, je parle de i83o, l'auteur d'Éloa s'était lié avec Montalembert qu'il enchantait littéralement « de ses opinions sur la position religieuse du monde et sur la régénération de l'Europe par le catholicisme (i) ». Quant parut l 'Avenir, il le pria de lui ménager une entrevue avec Lamennais. « Je crois à sa tolérance comme à son génie, disait-il, et je pense bien que nulle opinion exprimée avec franchise ne peut le blesser ni l'éloigner d'un homme auquelil a témoigné quelque estime. Nous sommes dans un temps où un point doit suffire à rallier les hommes qui veulent sauver leur pays et servir l'humanité (2). »

Le point de contact entre Lamennais et Vigny, nous savons où il était. Il était beaucoup moins dans la partie religieuse et cléricale du programme de l'Avenir que dans sa partie sociale, car Bûchez, sans parvenir à enrégimenter Vigny, l'avait tout de même conquis à ses idées, et le socialisme chrétien, qui faisait le fond du corps de doctrines de Lamennais, avait achevé de le séduire. Ne disait-il pas en i832 que (d'amélioration delà classe la plus

(1) Montalembert, par le R. P . Lecanuet, t. I, p. 87.

(2) Lettre de Vigny à Montalembert, du 25 février i835.

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nombreuse et l'accord entre la capacité prolétariée et l'hérédité propriétaire sont toute la question politique actuelle (i) »?

La révolution de i83o, en renversant la monarchie de ses préférences, avait fait de lui un démocrate que « la meilleure des républiques » ne put jamais contenter. Démocrate d'autant plus ardent, d'autant plus désintéressé que ses mœurs restèrent monarchiques et aristocratiques. Il avait placé si haut son idéal social qu'aucun événement ne put l'atteindre, dans l'ordre religieux. Même après le coup de tonnerre de l'encyclique Mirari vos, même après les journées de Juin 48, il aurait contresigné des deux mains l'admirable page que Lamennais a mise en tête des Troisièmes mélanges et que voici :

« Nous pensons que les peuples, ayant aujourd'hui le sentiment d'un droit social dont ils attendent le soulagement de leurs souffrances intolérables par la substitution d'une liberté légitime à la servitude que leur impose le pouvoir oppressif des souverainetés absolues, devraient trouver dans le christianisme un appui et une règle pour atteindre le but sans désordres, puisque la loi évangélique, qui, en rappelant aux hommes leur égalité native

(i) Journal d'un Poète.

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et le lien de fraternité qui doit les unir, a tant contribué à l'abolition de l'esclavage ancien, n'est pas moins favorable à l'abolition de l'esclavage moderne ou de l'esclavage politique. Et combien ne leur fût pas devenue chère et vénérable la religion céleste qui, compatissant à leurs maux, eût ouvert, pour les adoucir, tous les trésors de sa charité inépuisable et béni au nom de Dieu, qui ne fait point d'exception entre ses enfants, les efforts tentés en faveur du faible, du pauvre, c'est-à-dire de l'incomparablement plus grande portion de la famille humaine, pour l'affranchir de la tyrannie que quelques-uns exercent sur elle à leur profit au mépris de toutes les notions de justice gravées dans la conscience universelle ? Il nous semblait que s'il était une voix pour ramener le monde au catholicisme c'était celle-là ?... »

Ah ! oui, c'était celle-là !... et s'il avait pu vivre quarante ans de plus, le prophète de laChesnaie aurait tressailli dans tout son corps en enlendantcette voix sortir de la bouche du pape Léon XIII. Patiens quia œternus ! ... Aussi bien n'est-ce point sur la question sociale que Lamennais fut si fâcheusement condamné par Grégoire XVI, mais sur la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, qu'il avait introduite d'une façon si inopportune

dans le programme de l'Avenir et qui fut la pierre d'achoppement où il vint se briser.

Quoi qu'il en soit, le naufrage de Lamennais eut des conséquences que la curie romaine n'avait point prévues. Non seulement il créa entre la société civile et la société religieuse un malentendu qui dure encore, mais, tout en laissant leur idéal social à Lamennais, à Vigny et à tant d'autres bons esprits qui étaient montés dans la barque de l'Avenir, il les jeta peu à peu on dehors du catholicisme. Je ne dis pas du christianisme, quoique Alfred de Vigïiy ait écrit un jour : « Libanius fut au paganisme mourant ce que Lamennais est au christianisme expirant (i). » Le christianisme ne saurait expirer, puisqu'il est immortel, mais « il se transforme sans cesse, ainsi qu'un caméléon (2) », comme l'a dit Vigny lui-même, plus clairvoyant ce jour-là. Et je vais essayer de prouver dans les paragraphes qui vont suivre qu'en dépit de son pessimisme ou plutôt que jusque dans son pessimisme, le poète des Destinées demeura chrétien.

(1) Journal d'an Poète. — On trouve dans Daphné de nombreuses allusions au cas particulier de Lamennais, et c'est évidemment sous son influence que Vigny écrivit ce livre. •< Cet homme, disaitil, le réformateur religieux dans un siècle froid, sera broyé entre l'enclume et le marteau, et de son sang- sortira l'idée. » (Janvier i837.)

(2) Idem.

Si le Jansénisme n'était pas une langue à peu près morte et qu'on ne parle presque plus. la nature du pessimisme d'Alfred de Vigny n'aurait jamais été mise en question parla critique. Il est même surprenant que Sainte-Beuve, qui s'entendait si bien à analyser les âmes, à les classer, et qui savait à fond les tenants et les aboutissants de Port-Royal, n'ait pas remarqué, après la publication des Destinées et du Journal d'un Poète, que Vigny était de la famille spirituelle de Pascal et de Racine. Car, ainsi que je le dis plus haut, le poète de Moïse et de la Mort du Loup avait la marque, l'accent janséniste, et son pessimisme ne fut en somme qu'un jansénisme plus ou moins dévoyé.

Qu'est-ce, en effet, que lejansénisme, sinon une sorte de pessimisme chrétien ? Eh bien, le pessimisme de Vigny, pour aboutir à la religion de l'honneur, n'en est pas moins foncièrement chrétien. Voyez plutôt comment il définit cette religion purement laïque :

« Ce n'est pas une foi neuve, un culte de nouvelle invention, une pensée confuse; c'est un sentiment né avec nous, indépendant des temps, des lieux et

et même des religions, un sentiment fier, inflexible, un instinct d'une incomparable beauté qui n'a trouvé que dans les temps modernes un nom digne de lui, mais qui déjà produisait de sublimes grandeurs dans l'antiquité et la fécondait comme ces beaux fleuves qui, dans leurs sources et leurs premiers détours, n'ont pas encore d'appellation. Je ne vois point qu'elle se soit affaiblie et que rien l'ait usée. Ce n'est point une idole, c'est, pour la plupart des hommes, un dieu et un dieu autour duquel bien des dieux supérieurs sont tombés. La chute de tous leurs temples n'a pas ébranlé sa statue.

« Telle qu'elle est, son culte, interprété de manières diverses, est toujours incontesté. C'est une religion mâle, sans symboles et sans images, sans dogmes et sans cérémonies, dont les lois ne sont écrites nulle part.

« L'homme, au nom d'honneur, sent remuer quelque chose en lui qui est comme une partie, de lui-même et cette secousse réveille toutes les forces de son orgueil et de son énergie primitive.

« L'honneur c'est la conscience exaltée.

« L'honneur c'est la pudeur virile (i). »

Et il ajoute :

(1) Stello.

« Le code de l'honneur c'est le catéchisme de la religion mâle qui est en nous, religion secondaire qui s'accorde en tous points avec la religion chrétienne et avec ce que les autres ont de beau, car c'est la justice, la charité, la dignité humaine (i). »

« L'honneur défend l'homme moderne de tous les crimes et de toutes les bassesses... A sa mort, il regarde la croix avec respect, accomplit tous ses devoirs de chrétien comme une formule et meurt en silence (2). »

Eh bien, cette religion de l'honneur, je trouve qu'elle a les principaux caractères du jansénisme finissant : la sévérité, le stoïcisme, l'absence de culte extérieur. Car, si les adeptes des premières générations de Port-Royal avaient une tendance marquée à se passer des pratiques religieuses, les derniers jansénistes — et j'en juge par ce que j'ai vu de mes yeux dans le Forez et dans l'Isère, où ils sont encore nombreux — n'ont aucuns rapports avec le clergé catholique et se contentent de communier en esprit à travers la lettre imprimée des livres saints de Port-Royal-des-Champs. Et l'opinion du pays sur eux, c'est que ce sont des gens d'honneur qui n'ont qu'une parole, à qui la

(1) Stello.

(2) Journal d'un Poêle.

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parole des antres suffit, et dont la vie austère et renfermée est sans peur et sans reproche. Et lorsque, au lendemain de la Vie de Jésus par Strauss, on demandait à Vigny s'il était chrétien et qu'il répondait : « Je suis stoïcien », il dépeignait exactement leur état d'àme, et le sien en même temps. Oui c'était un stoïcien, mais un stoïcien, fils de l'évangile, un stoïcien dont la religion de l'honneur était avant tout une religion d'amour, de piété, de solidarité humaine, et qui, sur le point de mourir, regarda la croix avec respect, accomplit tous ses devoirs de chrétien comme une formule, et mourut en silence.

Mais comment le poète des Destinées, qui avait cru un moment à la régénération de l'Europe par le catholisme, en était-il arrivé là? D'où lui venait, en un mot, son pessimisme ?

Ceux qui croient — comme lui — à la prédestination, car il y croyait aveuglément, et c'est à mes yeux le signe initial de son jansénisme, ceux-là diront sans doute qu'il lui vint tout naturellement des temps néfastes où il fut conçu et mis au monde, de la délicatesse de sa constitution, de son enfance maladive, des leçons de sou père et de sa mort prématurée, des tristesses de la vie de collèg'e, de ses premières lectures, de son mariag'e, de ses désillu-

sions au triple point de vue militaire, politique et religieux, de ses chagrins d'amour, en un mot de tous les événements douloureux et fâcheux qui traversèrent sa vie, du commencement à la fin. Et je leur concéderai volontiers que les milieux divers où il vécut, que les événements dontil eutbeaucoup à souffrir ne furent pas, en effet, sans influence sur le caractère et l'esprit du poète, s'ils veulent bien m'accorder — et ici je suis complètement de l'avis de Ferdinand Brunetière (i) — qu'on naît pessimiste et qu'on ne le devient pas.

Alfred de Vigny était donc né pessimiste (2), cela ne peut faire l'ombre d'un doute, et c'est parce qu'il était pessimiste de naissance que les événements ont eu tant de prise sur lui, et que son pessimisme est toujours allé en augmentant.

Il a dit qu'il avait une grande mémoire et surtout celle des }reux (3). La mémoire de l'esprit ne lui manquait pas davantage, et il nous sera facile de prouver que ses premières lectures lui laissèrent un souvenir ineffaçable. Je serais même tenté de dire que toute sa vie il a tourné dans le cercle étroit, fati-

(1) L'Evolution de la poésie lyrique en France, t. II, p. i5. (a) « Je suis né sérieux jusqu'à la tristesse. » — Lettre à une Puritaine. — Revue de Paris, i5 août 1897. (3) Journal d'un Poète.

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dique, de ses premiers livres. Et quels furent ses premiers livres? — Les Mémoires du Cardinal de Retz (1) qui lui suggérèrent l'idée d'écrire une histoire de la Fronde, et la Bible. Or, l'histoire de la Fronde et les Mémoires du Cardinal de Retz, c'est un peu l'histoire de Port-Royal, puisque l'Abbaye supporta les contre-coups de la Fronde et que le cardinal était du parti, s'il n'était pas de la doctrine. Quant à la Bible, c'est le livre par excellence du jansénisme. C'était le livre de chevet des premiers solitaires. La Mère Angélique y cherchait dos sorts, des symboles, dans les mauvais jours, et les Messieurs, en la traduisant, en la vulgarisant, travaillèrent, inconsciemment peut-être, à l'émancipation de l'esprit humain, car la Bible n'est pas seulement le livre des mystiques, elle fut de tout temps le livre des novateurs et des hérésiarques.

Dès lors, quoi d'étonnant que le pessimisme de Vigny ait eu dans les commencements une couleur mystique et qu'il ait écrit, sous la double influence de « l'adoration mystique et de la pitié » , ces deux chefs-d'œuvre de symbolisme que Port-Boyal eût admirés, non sans quelques réserves, Moïse et Eloa ? Qu'est-ce, en effet, que le poème de Moïse? Vig-ny l'a dit : « Ce grand nom ne sert que de masque à

(1) Journal d'an Poète.

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un homme de tous les siècles et plus moderne qu'antique :l'homme de génie, las de son éternel veuvage et désespéré de voir sa solitude plus vaste et plus aride à mesure qu'il grandit. Fatigué de sa grandeur, il demande le néant (i). »

Et qu'est-ce que le poème d'Eloa, sinon le poème de la Pitié, de la Grâce miséricordieuse et impuissante? Si jamais le jansénisme mérita l'accusation de tout ôter au Père pour donner au Fils, c'est bien dans ce poème mystique, puisqu'Eloa est née d'une larme du Christ et que par sa grâce intérieure elle entreprend de relever l'archange déchu, de tirer Satan de l'enfer.

D'ores et déjà, donc, Vigny a « l'enthousiame de la pitié, la passion de la bonté >>, partant l'esprit chrétien; et si plus tard il élargit outre mesure les bras du Christ janséniste, quand il rêve de Satan sauvé (2) par la grâce efficace d'Eloa, c'est que « les criminalistes de tous les temps ont déclaré que la vengeance n'était pas le but de la loi pénale, qui, dans sa rigueur, ne se propose que de prévenir le retour du mal. Tel est l'esprit chrétien, dit-il, et si tel est l'esprit chrétien sur la terre, pourquoi a-t-il un autre esprit pour le ciel en fondant les

(1) Lettres aune Puritaine. — Revue de Paris, i5 août 1897.

(2) Journal d'un Poète.

peines éternelles qui ne sont qu'une éternelle vengeance (i)? ... J'ai trop d'estime pour Dieu pour craindre le diable (2) ».

Ici, le penseur met le pied sur un terrain tout particulièrement glissant et qui est du domaine de la théologie pure. Cependant, nous ne saurions le blâmer, nous autres profanes, de sa franchise et de sa hardiesse, non plus que de chercher à pénétrer l'impénétrable. Ainsi faisait le grand Biaise, etquand ses amis de Port-Royal se prirent à déchiffrer le manuscrit des Pensées, ils se sentirent emportés si haut, par instants, qu'ils en eurent le vertige.

Le Journal d'Alfred de Vigny est beaucoup plus facile à lire, mais quand il touche aux choses delà religion, il s'élève, lui aussi, à des hauteurs où on a peine à le suivre. 11 a sur le Christ, sur la foi, sur l'action de la Providence, sur la destinée, des mots, des aphorismes que Pascal n'eût pas désavoués, malgré leur orthodoxie plus que suspecte. Que si, de loin en loin, il s'y rencontre des contradictions choquantes, cela tient sans doute à ce que le Journal d'un Poète, qui a été si malencontreusement fragmenté par son éditeur, est fait dépensées qui n'ont aucun lien entre elles, — ce qui lui

(1) Journal d'un Poète.

(2) Idem.

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donne l'air d'un dialogue à plusieurs voix dont le fil aurait été rompu.

Mais il n'y avait pas que les questions métaphysiques qui occupassent l'esprit d'Alfred de Vigny, Depuis i83o, il se sentait attiré vers la politique non par ambition ou avec l'arrière-pensée d'y faire fortune, mais toujours — fidèle en cela à son programme — pour améliorer le sort du peuple. Les lauriers de Lamartine troublaient-ils son sommeil? peut-être ; en tout cas, il s'imagina un jour qu'il avait un rôle à jouer sur le théâtre parlementaire et il crut très sincèrement « à la vocation qui lui avait été donnée ». — « J'y crois, disait-il, à cause de la pitié sans bornes que m'inspirent les hommes, mes compagnons de misère, et à cause du désir que je me sens de leur tendre la main, de les élever sans cesse par des paroles de commisération et d'amour (i). » Il se porta donc à la Constituante en i848. Mais comme il était trop fier pour s'abaisser à défendre ses opinions dans des réunions publiques, il fit savoir à ses électeurs, dans une profession de foi toute lamartinienne, qu'il ne se mettrait en rapports avec eux que s'il était élu, et, comme il n'obtint qu'un nombre de voix ridicule,

( 1 ) Journal d'un Poète.

LA VIE POLITIQUE, LITTÉRAIKK ET HELIGIKUSE l\1l

il n'en eut pas la peine. Il s'en consola facilement d'ailleurs :

« Je rentre dans la méditation qui m'est chère, écrivait-il à MIIe Camilla Maunoir, le \!\ mai i843. Je vous enverrai comme un journal sous bande, en même temps que cette lettre, un exemplaire de ma circulaire, lettre aux électeurs, par laquelle j'acceptais la candidature qui m'était offerte, mais sans vouloir me rendre dans la Charente, pour y subir cette sorte d'interrogatoire où préside, dans les provinces, un singulier esprit dont je vous donnerai plus lard des exemples. Vous verrez quels sont les sentiments politiques que j'ai exprimés et vous n'en serez point étonnée, vous à qui j'ai tant de fois parlé de mes sympathies pour cette belle et jeune république américaine, qui a su être de son temps et ne jamais jouer les comédies romaines et contrefaire les Brulus, et dont le gouvernement est modeste, probe, laborieux, économe. Ce sont là les vertus que je demande au nôtre et que nous devons lui imposer. Le meilleur gouvernement est celui que l'on ne sent pas et que l'on voit peu, — celui de tous par chacun et de chacun par tous (i). »

(i) Lettres à une Puritaine. — Revue de Paris, i5 août 1897. 1 24

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Mais il y a loin de la coupe aux lèvres ; il s'aperçut bien vite que son rêve était chimérique ! Au mois de février 1849, il écrivait à sa chère Puritaine :

« Savez-vous ce que j'ai fait? J'ai tenu parole, voilà tout. On a fait un tel abus de la parole imprimée qu'elle ne compte plus, sous cette forme, que comme phrase et non comme vérité. Je suis venu dans la Charente ainsi que je l'avais annoncé à la Charente au mois de mars 1848. Vous vous en souvenez, chère et véritable amie, j'écrivais aux électeurs de ce pays que je ne m'y rendrais qu'après les élections, m'y voici. J'ajoutais qu'on devait assez respecter le peuple pour ne tenter ni de l'entraîner ni de le séduire. J'aurais voulu leur enseigner ainsi quelque chose de ce que devrait avoir la dignité des hommes qui sauraient et voudraient sincèrement se gouverner, je suis venu, j'ai voulu voir, j'ai vu, — comme Athalie, et j'ai compris mieux que jamais l'état denotre malheureux pays, au milieu des paysans: tantôt on les trompe, tantôt ils se trompent. Ils ne comprennent pas un mot du rôle de citoyens qu'il leur faut jouer tout à coup. Tout effarés, ils cherchent vite un maître qui leur épargne la peine de penser, de choisir, de vouloir

LA VIE POLITIQUE. LITTERAIRE ET RELIflrF.USE 42^

quelque chose en matière de gouvernement. Dans la loterie du suffrage universel, ils ont cru tirer un empereur, et les voilà tout étonnés de voir qu'il n'en est rien. La forme républicaine tombe des nues au milieu des mœurs contraires. Delà ce que vous voyez, ce que vous lisez dans les journaux, ce que je ne vous redirais qu'avec douleur...

« J'écris ici dans la paix de mes bois et de mes rochers... Ici j'apprends et j'enseigne à la fois. J'apprends ce que j'ignorais encore de la vie des hommes des champs, de leurs intérêts et de leurs travaux. Je leur enseigne, en échange, qu'il serait bon de savoir lire et écrire quand on veut régner et gouverner dans son pays. C'est ce que depuis bien des années je n'ai pu leur persuader encore. Ils ont des écoles gratuites et refusent d'y envoyer leurs enfants, surtout les filles, dont le plus saint devoir à leurs yeux est l'ignorance (i). »

Que vous semble du ton de ces lettres, de leur douce et sereine gravité? Elles étaient adressées à une Puritaine de Genève ; ne dirait-on pas qu'elles ont été écrites par un Puritain des Champs ?

L'échec de Vigny le dégoûta de la politique. Il renonça au rôle de pasteur du peuple qu'il ambi-

(i) Lettres à une Puritaine. — Revue de Paris, 1897.

lionnait dans sa foi démocratique et il retourna à la philosophie et à la poésie, qui avaient été ses premières amours.

Nous avons vu que les Mémoires du Cardinal de Retz lui avaient montré le chemin de Port-Royal. Son Journal nous le montre abordant toutes les questions qui s'agitaient dans ce monastère, depuis la prédestination jusqu'à lagrâce. Quand parut dans la Revue des Deux Mondes le discours d'ouverture du cours de Sainte-Beuve sur Port-Royal à Lausanne, car il ne peut être question du tome Ier de son grand ouvrage qui parut en i84o, Vigny écrivait à Brizeux, son confident le plus intime : « ... Sainte-Beuve m'a envoyé son livre. C'est un des plus beaux sujets d'histoire que je connaisse, ou plutôt c'est toute l'histoire de l'âme humaine. J'ai commencé par le lire à ma mère; elle y goûta autant de charme que moi, quoique le sujet n'eût point pour moi l'attrait de la nouveauté (i). 11 faut que je vous dise, en effet, que la question du Jansénisme est de celles que j'ai été amené à étudier à

(i) Ce détail est confirmé par ce passage du Journal d'un Poète (i837) :

« J'ai lu toute la soirée à ma mère l'histoire de Port-Royal, de Sainte-Beuve. Elle l'a écoutée avec un plaisir extrême et un esprit plus remis et plus net que jamais depuis quatre ans. »

C'était la dernière lueur de la lampe qui s'éteint, puisque la mère de Vigny mourut le lendemain même de cette lecture.

La vie politique, littéraire ei religieuse (yj..)

ma sortie du collège ; Nicole m'est aussi familier que Pascal, dont les petites Lettres m'avaient introduit dans le cœur de la place du Jansénisme bien avant que Sainte-Beuve ait songé à s'en faire l'historien... Je vous conseille de vous procurer ce livre qui me prouve une fois de plus que nous avons tous notre destinée : celle de Sainte-Beuve est vraiment curieuse (r)... >>

La destinée ! ce fut le côté étroit et sombre du Jansénisme. Ce fut aussi la grande préoccupation de la vie de Vigny; chaque page de son Journal en porte la marque. Dès l'année 1829, il y consigne cette pensée : « Dieu a jeté — c'est ma croyance — la terre au milieu de l'air et de même l'homme au milieu de la destinée. La destinée l'enveloppe et l'emporte vers lebut toujours voilé. » En i832: « Je sens surma tête le poids d'une condamnation que je subis toujours, ô Seigneur, mais ignorant la faute et le procès, je subis ma prison. » En i835, il dit à Mme Dorval en lui envoyant le manuscrit de la Maréchale d'Ancre: a C'est une pauvre défunte qui

(1) Lettre inédite. — Il aurait pu ajouter dans cette lettre que, parmi les livres qu'il avait hérités de son oncle, l'abbé de Baraudin, il avait trouvé un certain nombre d'ouvrages jansénistes, dont les Lettres sur divers sujets de morale et de piété, de l'abbé Du Guet, que Sainte-Beuve comprenait fort judicieusement dans la petite bibliothèque choisie que devrait posséder un amateur de Port-Royal non théologien et homme de goût.

aurait dû revivre quelque temps sous votre figure, mais ce n'était pas écrit dans son jeu de cartes magiques. » En i84o, sur soi-même : « La partie d'échecs que j'ai jouée contre la destinée toute ma vie, je l'ai toujours gagnée jusqu'ici (i)... »

En 1848, après son échec devant le collège électoral de la Charente, il écrit à Mlle Camilla Maunoir : « J'ai jeté ce dé sur le tapis de la Fortune pour voir ce qu'elle déciderait de ma destinée et si je serais condamné à ce que je méprise le plus, savoir : l' improvisation dans les affaires sérieuses et dans les plus graves intérêts du monde entier. Car tel est le sort malheureux de l'humanité que ses intérêts sont sans cesse ainsi compromis par la légèreté inévitable et violente des assemblées (2). » Vers le même temps, il mandait à Mme Lachaud : « Vous aimez Laurette parce que vous auriez parlé comme elle à votre mari déporté à Cayenne. Ces ordres cachetés se donnent encore aux marins. Leur mystère n'est-il pas sombre et terrible comme l'épée

(1) Journal d'un Poète. — La première fois que le mot destinée se rencontre sous sa plume, c'est dans la préface de son premier recueil de vers (1822) : « ... A présent, dit-il en parlant de la poésie, sérieuse comme notre religion et notre destinée. » — On le retrouve en tête de Cinq-Mars et à la première page de Stcllo (i83a) •' «... Aussi ne s'inquiète-t-il jamais lorsque le fd de ses aventures se mêle, se tord et se noue sous les doigts de la Destinée. . . »

(3) Lettres à une Puritaine. — Revue de Paris, i5 août 1897.

de Damoclès? la discipline pèse comme la fatalité (i). »

Après la Destinée, la Grâce. J'ouvre son Journal à la date de i838 et je lis : « Saint Augustin défendit la grâce contre Pélag-e, mais il avoua qu'il sentait en lui un libre arbitre. C'est que les deux sont en nous. Nous garnissons du poids de la deslinée qui nous opprime, mais savons-nous si Dieu ne gémit pas de notre continuelle action et n'en souffre pas. » Et encore : « La grâce nécessitante est tout simplement l'enchaînement inévitable des choses, des décrets éternels et des événements ou Fatalité. On ne peut jamais s'y soustraire. — La grâce efficace on ne lui résiste jamais. — La grâce particulière suffisante : elle est très suffisante puisque l'âme y résiste, elle ne peut être considérée comme une faveur, un privilège (2). » Sur Pascal : « Plus l'esprit est vigoureux, plus il se perd dans les catacombes de l'incertitude humaine. Pascal s'y est perdu pour avoir marché plus avant que les autres. »

C'est pour cela que, dans ses Destinées, il s'en tint au doute, mais au doute religieux. Car ainsi que le remarque judicieusement M. Dorison, « le mot même de Destinée se trouve joint chez notre

(1) Histoire d'une Ame, par Georges Lachaud,

(2) Journal d'un Poêle, partie inédite.

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auteur à celui de religion. Un certain sentiment de fatalité antérieur de beaucoup à la persuasion si commune aujourd'hui du déterminisme de la nature s'offre seulement à la pensée. 11 revêt même l'apparence d'un signe providentiel (1). »

Et voilà pourquoi aussi les Destinées sont plutôt un livre sain, et pourquoi le pessimisme de Vignj n'a rien de commun avec le pessimisme de Chateaubriand, de Gœthe ou de Schopenhauer. Il n'aboutit pas, en effet, comme le pessimisme de René, à la mélancolie vague qu'on a définie le mai du siècle,' il ne pousse pas, comme le pessimisme de Werther, au suicide, ni comme celui de Schopenhauer à l'extinction du monde par la suppression du désir sensuel. C'est le pessimisme d'un homme fort, stoïque, qui regarde le mal en face, et qui, ne pouvant dominer le sort, la fatalité, ni dompter la nature, cette marâtre, ni trouver une consolation dans l'amour qui n'est qu'un leurre, se croise fièrement les bras, souffre sans crier, cache sa vie et meurt en silence.

Je ne m'étonne donc pas que Ferdinand Brunetière, analysant un jour le pessimisme de Vigny et l'opposant à l'optimisme de ses adversaires, se soit écrié dans un très beau mouvement d'élo-

(1) Alfred de Vigny, poète philosophe, p. i5.

quence : «... Si nous considérons, si nous pesons la viecomme bonne en soi., alors, étant son objet ou sa fin à elle-même, comme elle l'est pour la brute, toutes les parties hautes en sont immédiatement retranchées, l'idéal rabaissé pour ainsi dire au ras de terre, et les fonctions réduites à la propagation de l'espèce et à la conservation de l'individu. Manger, boire, dormir et se reproduire, tel est pour l'optimiste le véritable objet de la vie... Mais, au contraire, supposons que la vie soit mauvaise. Alors, Messieurs, non contents de chercher à l'améliorer par la science, nous essayons encore de la tromper, si je puis ainsi dire, et, de là, voyez-vous ce qui sort? C'est l'art, c'est la philosophie, ce sont les religions. C'est tout ce qui, dans le cours de la longue histoire, a distingué l'homme de l'animal; c'est enfin, dans le présent, dans l'avenir comme dans le passé, tout ce qui communique à la vie une valeur et un prix qu'elle n'a pas d'elle-même.

« Voilà, Messieurs, ce que je vous ferais voir si nous en avions le temps; — et pour preuve que je ne me tromperais pas, il me suffirait encore, sans invoquer d'autre témoignage, de montrer que c'est ce que Vigny a vu dans le pessimisme.

« Convaincu que la vie est mauvaise, croyez-vous, en effet, qu'il ait désespéré d'elle, ou de l'homme,

et qu'il se soit enfermé dans cette espèce d'indifférence ou de lâche inertie qu'on nous oppose toujours comme une conséquence delà doctrine? Non; car ce découragement n'est pas d'un pessimiste. Mais à la cruauté de la nature ou de Dieu, il a répondu d'abord par le calme hautain de la résignation stoïque :

A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,

Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.

— Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,

Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur!

Il disait : Si tu peux, fais que ton âme arrive,

A force de rester studieuse et pensive,

Jusqu'à ce haut degré de force et de fierté,

Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.

Gémir, pleurer, prier, est également lâche !

Fais énergiqunment ta longue et lourde tâche,

Dans la voie où le sort a voulu l'appeler,

Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler (1).

« Mais il ne s'en est pas tenu là ! Aucun pessimiste, Messieurs, ne s'en est tenu là, depuis Çakia- Mouni jusqu'à Schopenhauer, et — parce que vous aurez beau le chercher, vous n'en trouverez pas un qui ne se soit imposé comme son premier devoir de développer en lui toutes les forces ou, pour ainsi parler, de bander tous les ressorts de la volonté, — c'est pour cela que Vigny, comme eux

(i) La Mort du Loup.

tous, du point de vue de la résignation égoïste, s'est élevé promptement jusqu'à celui de la solidarité qui lie tous les hommes entre eux du fait ou du titre de leur misère même ; et selon sa belle expression, car c'est lui qui s'en est servi le premier, — jusqu'au sentiment de « la majesté des souffrances humaines (i) ».

Et moi j'ajouterai : c'est pour cela que, malgré tout et en dépit des apparences, Vigny est demeuré chrétien.

IIP

En cela comme en tout, du reste, il fut véritablement le fds de sa mère. C'est elle et elle seule qui lui donna dès l'enfance, avec le saint lait de son âme, l'enseignement, le goût, l'accent, l'empreinte ineffaçable de cette religion de l'honneur qu'est en soi le Jansénisme finissant.

Je m'en doutais depuis longtemps déjà, mais en l'absence de documents précis, je ne pouvais sur ce point me faire une certitude, et c'est clans l'espoir de mettre la main sur ce que je cherchais que

(i) L'Évolution de la poésie lyrique en France, t. Il, pp. 22 et suiv.

(2) Tout ce paragraphe a été ajouté à la première édition de mon livre, qui était imprimé et sur le point de paraître, quand j'allai au Maine-Giraud. C'est même ce qui explique que je n'aie pas utilisé alors les documents que je mets en œuvre aujourd'hui.

4i»2 ALFRKD DE VlfîNY

j'entrepris, au mois de septembre 1901, le voyage du Maine-Giraud.

Je dois dire que, quelque temps auparavant, j'avais eu dans son cabinet une discussion assez vive avec Ferdinand Brunetière sur la nature du pessimisme d'Alfred de Vigny. Car son opinion à cet égard différait peu de l'opinion généralement reçue, et, tout ferré qu'il était sur les matières religieuses, il ne savait guère du Jansénisme que ce que lui en avait appris le Port -Royal de Sainte-Beuve. Ce n'était pas assez. L'histoire du Jansénisme ne tient pas, en effet, dans le cadre de celle de Port-Royal. Il ne fut pas enseveli sous les ruines de celte grande maison. Il lui survécut près d'un siècle, que dis-je? il lui survit encore, mais ses derniers adeptes sont aussi éloignés de Saint-Cyran que certaines confessions protestantes d'aujourd'hui le sont de Luther ou de Calvin. Quand le temps ne tue pas l'esprit des églises schismatiques, il le déforme au point de le rendre souvent méconnaissable.

Après avoir déclaré à Brunetière qu'à mes yeux le pessimisme de Vigny n'était, en somme, que du jansénisme outré, et lui en avoir donné mes raisons, il devint tout à coup songeur, et, posant sa cigarette allumée au bord de son écritoire, il me dit en me regardant fixement dans les yeux :

— C'est assurément un point de vue nouveau et qui, pour paraître de prime abord paradoxal, vaudrait la peine d'être examiné sérieusement. Tachez donc de l'établir.

Oui, mais comment? La bibliothèque de Vigny, qui aurait pu me révéler quelques-unes de ses sources religieuses ou philosophiques en me révélant ses lectures habituelles, avait été dispersée et vendue, après sa mort, sous le manteau et par petits paquets. On avait bien encore sa Bible 0), son Imitation (2), son Corneille annoté (3), son Rabelais (4), mais les livres qui avaient servi à son éducation et à celle de sa mère, les livres du chanoine de Baraudin, qu'étaient-ils devenus? Peutêtre en était-il resté quelques-uns dans le manoir du Maine-Giraud où sa nièce, l'ancienne chanoinesse de Saint-Antoine de Malte, avait résidé longtemps et était morte, et où Vigny, après sa rupture avec Marie Dorval, était allé chercher la solitude et l'oubli.

(1) La petite Bible qu'il faisait porter dans le sac d'un sous-officier de sa compagnie, quand son régiment était en marche.

(2) Cette Imitation portait cette touchante dédicace de sa mère; « A Alfred, son unique amie. »

(3) Cf. la brochure de M. Jacques Langlais : Alfred de Vigny, critique de Corneille, igo5.

(4) Ce Rabelais (édition à la sphère, en 2 vol. in-12, 1G91 ) appartient aujourd'hui à M. Pierre Gauthiez.

Je partis donc pour l'Angoumois par une belle journée d'automne, j'arrivai au Maine en pleines vendantes et, après avoir visité le vieux manoir de la cave au grenier, je dénichai dans un coin, sous les combles, tout un lot de vieux livres reliés en veau plein, que leur peu de valeur marchande avait fait négliger lors de la vente mobilière qui suivit le décès du grand poète.

Le propriétaire actuel me les fit aimablement descendre dans la salle à manger, et je les avais à peine ouverts que je poussai un cri de surprise et de joie. Tous ces livres, sauf le dernier, étaient jansénistes et portaient sur la feuille du titre, en guise d'ex-libris, la signature autographe de l'abbé de Baraudin. C'étaient :

i° Quelques lettres sur divers sujets de morale et de piété par l'auteur du Traité de la Prière publique (l'abbé du Guet) ;

2° Instruction familière sur la prédestination et la grâce:

3° Poésies sur la Constitution Unigenitus (il y en a de remarquables, notamment une sur la destruction dePort-Rojal);

If Recueil de pièces à l'occasion des divisions cjui agitent l'Eglise cl l'Etat (Epîlres en vers sur le formulaire ou le Ouicholtisme nouveau);

5° La Foij et V Innocence du clergé de Hollande défendue contre un libelle diffamatoire intitulé : Mémoire touchant le progrès du Jansénisme en Hollande:

6° Essais de morale de Nicole :

7° Idée précise de la doctrine de Jansénius,etc.

Et qu'on ne dise pas que cette découverte ne prouve rien, attendu que ces ouvrages de la secte (ils sont aujourd'hui en ma possession) figuraient, au dixhuitième siècle, dans la plupart des bibliothèques ecclésiastiques. Je répondrais que si cela est vrai des Lettres de l'abbé Du Guet et des Essais de morale de Nicole, cela ne l'est pas des autres, et qu'en tout cas le jansénisme de l'abbé de Baraudin se trahit suffisamment pour moi dans les notes qu'il a écrites sur les marges de quelques-uns d'entre eux.

La plus longue, sinon la plus significative, remplit toute la feuille de garde des Poésies sur la Constitution Unigenitus. C'est une prophétie tirée des Annales d'Irlande, qui regarde la Compagnie de Jésus. Paraphrasée par George Brovvez, archevêque de Dublin vers 1768, elle avait été réimprimée en cette ville par Jacques Varens,en 1706. En voici la teneur :

« Il yaune fraternité qui s'est formée depuis peu

qui s'appelle Jésuites. Ces Jésuites séduiront plusieurs et vivent la plupart selon les scribes et les pharisiens. Ils lâcheront d'abolir la vérité, et ils en viendront presque à bout ; car ces sortes de gens se tournent en plusieurs formes, avec les payens ils seront payens, avec les athées ils seront athées, avec les juifs ils seront juifs, avec les réformateurs des réformateurs, exprès pour connaître vos intentions, vos desseins, vos cœurs, et vos inclinations, et par là vous engager à devenir à la fin semblables à l'insensé qui dit dans son cœur : il n'y a point de Dieu.

« Ces gens seront répandus dans toute la terre, ils seront admis dans les conseils des princes, qui n'en seront pas plus sages, les enchanteront jusqu'au point de les obliger à leur révéler leurscœurs et leurs secrets les plus cachés, et cependant ils ne s'en apercevront pas : c'est ce qui leur arrivera pour avoir abandonné la loyde Dieu et son Evangile par leur négligence à la remplir et par leur connivence aux péchés des princes et des peuples.

« Néanmoins Dieu, à la fin, pour justifier sa loy retranchera promptement cette société, mesme par les mains de ceux qui l'ont le plus secourue, et se sont servis d'elle, en sorte qu'à la fin ils devien-

dront odieux à toutes les nations, ils seront de pire condition que les juifs, ils n'auront point de place fixe sur la terre, et pour lors un juif aura plus de faveur qu'un jésuite. »

C'est dommage que l'abbé de Baraudin n'ait pas vécu quelques mois de plus, il aurait vu cette prophétie se réaliser jusqu'au bout, puisque la Révolution, en maintenant les Jésuites en exil, affranchit les Juifs, sur la proposition d'un prêtre, ami de Port-Royal (i).

On me dira peut-être encore qu'il n'était pas nécessaire d'être janséniste pour s'approprier cette prophétre, qu'il suffisait d'être gallican. J'en conviens sans peine, mais un gallican n'aurait pas écrit ce qui va suivre, et je sais pertinemment que l'abbé de Baraudin était un janséniste militant qui eut plus d'une fois maille à partir avec l'autorité ecclésiastique de son diocèse.

Que penser, par exemple, de cette note que je relève en marge de la première page de l'Idée précise de la doctrine de Jansénius :

« Beaucoup de personnes, dit l'auteur, qui est évidemment un ami de la Constitution Unigenitus,

(i) L'abbé Grégoire.

demandent aujourd'hui ce que c'est que le Jansénisme.

c Le Jansénisme consiste à croire deux choses : la première, que celui qui se laisse aller au péché a manqué des secours nécessaires pour pouvoir vaincre la tentation et accomplir la loi de Dieu ; — la seconde, que les grâces avec lesquelles l'homme peut véritablement et entièrement faire son salut ne sont données qu'aux seuls prédestinés pour lesquels seuls Jésus-Christ les a demandées; de sorte qu'il n'a pas plus enduré pour le salut éternel d'aucun des réprouvés que pour celui du démon.

« 11 est évident que cette doctrine : i° attribue à Dieu une cruauté barbare;2° qu'elle éteint en nous tout amour pour Jésus-Christ ; 3° qu'elle conduit nécessairement au libertinage. »

En regard de ce passage, où le Jansénisme est exactement défini, l'abbé de Baraudin a écrit ces mots: «C'est pourtant la pure doctrine chrétienne selon saint Augustin, ainsi que Vont parfaitement démontré les Messieurs de Port-Royal... »

Méditez maintenant cette réflexion que je relève au bas d'une page de la Foi/ et l'Innocence du clergé de Hollande :

« Admirable clergé que celui de la petite église

d'Utrecht que toutes les excommunications n'ont pu réduire. Comme je comprends que les amis de la vérité se soient réclames de M. de Nèercassel et de M.Codde, son successeur ,èt que le docteur Arnauld et le P. Ouesnel se soient réfugiés dans le sein de cette église ! Il ne lui a manqué qù'ùh Pascal pour prendre sa défense. »

Est-ce clair? — Mais ce qui m'intéressa par-dessus tout, ce sont ces simples mots répétés de loin en loin en marge des plus belles Lettres de Du Guet : Bien ! — Très .bien ! — Pour Sophie. — Pour Amélie.

Qui était cette Sophie? C'était la chanoinesse de Saint-Antoine de Malte, dont je parle plus haut. Et qui était cette Amélie? Sa sœur cadette, dont il fut le précepteur dans sa cure de Saint-Ours, à Loches, et qui devait être la mère du poète de Moïse et des Destinées. Elle apprit donc à méditer les vérités de la religion chrétienne dans les livres de son oncle, avant de les enseigner elle-même à son fils.

Les passages destinés à Sophie se trouvent dans les Lettres de Du Guet qui ont pour titre :

i. Avis propres à rétablir et à confirmer dans une religieuse une piété sincère et fervente.

44o ALFRED DE VIGNY

•2. Sur la manière de conduire les novices.

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