LIVRE VI
MARIE DOaVAL
§ I. — Une erreur d'Alexandre Dsmas père. — Comme quoi Mme Dorval s'appelait bien Marie. — Acte de naissance de Marie Dorval. — Ses père et mère. — Une enfant de la balle. — Marie Dorval débute au théâtre de Lorient, sa ville natale. — Ses premiers rôles. — Sa première tournée théâtrale. — Elle épouse à seize ans Allan-Dorval. — Le mariage a lieu à Lorient. — En passant par Paris, Marie Dorval entend Talma dans Hamlet. — Elle joue le drame à Strasbourg. — Une lettre de recommandation pour Lafont. — « Vous soubrette? » — Débuts de Marie Dorval à la Porte-Saint-Martin. — Thérèse dans les Deux forçats,
— Elle joue à côté de Frederick Lemaître dans Trente ans ou la vie d'un joueur. — Son triomphe dans l'Incendiaire.
— Alfred de Vigny se lie avec elle. — Vers qu'il lui dédie sur un exemplaire du More de Venise. — Mme Dorval et la Malibran.
§ IL —Caractères de M^e Dorval et d'Alfred de Vigny. — Leurs affinités, leur dissemblance. — Deux sensuels et deux mystiques. — Chasteté des premiers rapports du poète avec la comédienne. — Ce que Pascal pensait de l'Amour. — Un billet inédit de Dorval à Dumas père. — Vigny offre à. Moie Dorval son manuscrit de la Marécliale d'Ancre avec un sonnet.
§ in. — Comment ils se donnèrent l'un à l'autre. — Portrait de Dorval par A. de Vigny. — Il écrit Quitte pour tapeur
pour elle. — Histoire du drame de Chatterton. — Souvenir de Jousslin de la Salle. — Les répétitions à la Comédie- Française. — La première représentation. — Le triomphe de Dorval. — Joie immense d'Alfred de Vigny. — Ce que George Sand pensait du poète.
§ IV. — Vigny romj)t avec Dorval. — Douleurqui suivit celte rupture. — Il se réfugie dans le silence. — La Colère de Samson. — Crise de découragement de la comédienne. — Elle veut entrer au couvent. — Ses conGdences à George Sand. — Quelques pensées de son album. — Ce qu'elle écrivait en 1847 à Laferrièrc après une représentation du Chevalier de Maison-Rouge. — Les derniers jours de Dorval. — Sa mort, ses funérailles. — Ce que Vigny écrivait d'elle à sa cousine du Plessis le 7 octobre 1849.
Post-scriplnm. — Histoire de la rupture d'Alfred de Vigny avecM^e Dorval. — Huitlettres inédites du poète à la comédienne. — Dorval et Jules Sandeau d'après les Confessions d'Arsène d'Houssaye. —La lettre d'un fou. — Mme Dorval entreprend une tournée en province — Jalousie et pressentiments de Vigny. — Les conseils qu'il lui donne. — Engagement de M'"^ Dorval à la Comédie-Française. — L'adieu de Vigny. — Cinq ans après. — Dorval et Mélingue.
Au lendemain de la mort de M"'" Dorval (20 mai 1849)^ Alexandre Dumas écrivait « de souvenir » dans le journal le Constitutionnel :
« Marie Dorval était née le jour des Rois de l'année 1798. Elle avait donc eu cinquante et un ans le 6 janvier dernier... Elle ne s'appelait pas Marie Dorval alors. Ces deux noms si doux à prononcer
qu'il semble qu'ils aient toujours dû être les siens, ces deux noms n'étaient pas encore liés ensemble par la chaîne d'or du génie. Elle s'appelait Thomase- Amélie Delaunay... Elle avait épousé — sans amour, comme épouse une pauvre enfant de quinze ans par isolement — un de ses camarades qui jouait les Martin; il se nommait Allan-Dorval.
« Ce mariage n'eut d'autre influence sur l'artiste que de lui donner le nom sous lequel elle a été connue. Son autre nom, celui de Marie, c'est nous qui le lui avons donné; Didier fut son parrain, Adèle d'Hervey sa marraine. »
Les souvenirs d'Alexandre Dumas ne devaient pas être très fidèles, ou bien M™® Dorval qui l'avait renseigné était assez mal instruite elle-même de son propre état civil, car ce récit contient plus d'une inexactitude.
D'abord M™^ Dorval s'appelait bien Marie. Née à Lorient, patrie de Brizeux, de Jules Simon et de Victor Massé, elle avait été inscrite sous les prénoms de Marie-Thomase- Amélie. Son père, qui accusait vingt-sept ans ( i ), était d'origine normande
(i) Il en avait trente-trois, étant né le 5 décembre 1765, comme il appert de son acte de baptême dont voici la teneur : « Paroisse Notre-Dame de la Ronde (Rouen). Marie-Joseph-Charles est né du légitime mariag-e de Joseph-Charles Delaunay et de dame Marie-Jeanne Deshayes, le cinq, et a été baptisé le six décembre mil sept cent
et répondait au nom de Marie-Joseph-Charles Delaunay.
Sa mère, qui en avait dix-sept, était native de Lyon et avait nom Marie Bourdais. Tous deux étaient artistes dramatiques; ils avaient nég^ligé de s'unir par les liens du mariage, mais quand la petite Marie vint au monde, Delaunay s'empressa de reconnaître qu'elle avait été « procréée par ses œuvres (i) ».
soixante-cinq, par M. le vicaire. Le parrain, monsieur François-René Dionis, avocat au Parlement, la marraine dame Marie-Barbe-Catheriae Aube, femme de Nicolas Lequesne. »
(i) Voici, du reste, son acte de naissance, d'après les registres de l'état civil de la commune de Lorient :
« Le dix-neuf nivôse an VI de la République française, nous Antoinc-Pliilippe Prouleau, administrateur municipal, en l'absence de l'officier public, certifions qu'il nous a été présenté par Louis Cayeux, officier de santé et accoucheur, une fille à laquelle il a été donné les prénoms de Marie-Thoinase-Ainélie, née hors mariage, rue de la Comi'die, le jour d'hier, à huit heures du soir, de Marie Bourdais, artiste dramatique, âgée de dix-sept ans neuf mois, née en la ci-devant paroisse de Saint-Pierre et Saint-Saturnin de la commune de Lyon, département de Khône-et-Loire, du mariage de Antoine Bourdais et de Françoise Barrière ; témoins ont été Jacques-Vincent Kerlero, juge de paix, âgé de quarante-deux ans, et Antoinette-Thomase Boucher-Desforges, âgée de trente ans, épouse d'Isaac Valz, commissaire hollandais. — En l'endroit, Joseph-Charles Delaunay, artiste dramatique âgé de vingt-sept ans, né en la ci devant paroisse Notre-Dame de la Ronde de la commune de Rouen, département de la Seine-Inférieure, du mariage de Joseph-Charles Delaunay et de Marie Deshaj'es, présent, a déclaré que l'enfant ci-dessus a été procréé par ses œuvres, de laquelle déclaration il a requis acte pour valoir à ladite Marie-Thomase-Amélie de reconnaissance de paternité. Tous les comparants et la mère de l'enfant domiciliés en cette commune. De tout quoy nous avens rapporté le présent acte sous notre seing et ceux de Cayeux, des témoins et de Delaunay. »
Voilà pour ce qui concerne la naissance de M'"^ Dorval. Quant à son mariage, je m'étonne que Dumas ait écrit qu'il « n'eut d'autre influence sur l'artiste que de lui donner le nom sous lequel elle a été connue» . Outre qu'il fut contracté dans la ville même où elle avait vu le jour — ce qui est une particularité assez rare dans la vie des comédiens — ce mariage eut pour résultat de développer chez M''"' Dorval, parles heureuxeffets delà maternité (r), le sentiment qui devait faire d'elle une Kitty-Bell incomparable.
M™'' Dorval n'était donc pas seulement Bretonne de naissance, elle l'était encore par l'acte capital de sa vie et par les souvenirs ineffaçables qui se rattachaient dans son esprit à l'acte intermédiaire de sa première communion, car elle avait suivi le catéchisme sur les bancs de l'église de Lorient.
J'insiste tout particulièrement sur ces derniers points, parce que ses biographes les ont ignorés ou négligés et qu'ils nous expliquent, surtout quand on tient compte de l'origine lyonnaise de sa mère (2),
(i) Elle avait eu trois filles de son mariage avec AIlan-Dorval. L'aînée épousa le poète romantique Fontaney.qui mourut de la mala die de poitrine qu'il avait contractée avec elle; la cadette épousa M. René Luguet, qui, jusqu'en ces derniers temps, remplit les fonctions de régisseur du théâtre du Palais-Royal.
(2) L'âme lyonnaise est, en effet, essentiellement mystique. Serappclci- l'admirable page que Michelet a écrite sur ce sujet.
le caractère mystique et chrétien tout ensemble de cette reine de théâtre.
Comme la plupart des enfants de la balle, jyjme Dorval fut excessivement précoce. Elle avait à peine quatre ans qu'elle montait sur les planches pour jouer le rôle de M. Gig-ot pâtissier-traiteur, dans la Flûte enchantée.
Un peu plus tard, elle donnait la réplique à sa mère dans Camille, de Marsollier, et tout le parterre et aussi les coulisses battaient des mains, quand M''^ Bourdais chantait d'une voix larmoyante :
Oh ! non, non, il n'est pas possible D'avoir un plus aimable enfant !
A sept ans, elle jouait les Betzy,et les Lorientais, dont elle était l'enfant gâtée, allaient au théâtre rien que pour l'entendre dire :
Je ne sais pas si ma sœur aime!
A douze ans, sa communion faite, elle quittait Lorient dans une carriole d'osier pour aller à Strasbourg avec toute la troupe. Elle commença par jouer les Dugazon , mais comme elle chantait faux e t qu'el le disait juste, on conseilla à sa mère de la pousser vers la comédie. Deux ans après « elle jouait Fanchelte dans le Mariage de Figaro,ei]G ne saisplus quelrôle
dans une autre pièce. Elle ne possédait au monde qu'une robe blanche qui servait pour les deux rôles. Seulement, pour donner à Fancliette une tournure espagnole, elle cousait une bande de calicot roug"e au bas de la jupe et la décousait vite après la pièce pour avoir l'air de mettre un autre costume, quand les deux pièces étaient jouées le même soir. Dans le jour, vêtue d'un étroit fourreau d'enfant, en tricot de laine, elle lavait et repassait sa précieuse robe blanche (i) » .
Tel fut son apprentissage du théâtre et de la vie.
A seize ans elle prit l'anneau que lui tendait son camarade Allan-Dorval (2), et le mariage, ainsi que je l'ai dit, fut célébré à Lorient. Gomment cela, par suite de quelles circonstances ? c'est ce que j'ig'nore. En ce temps-là, les long'ues étapes en carriole ou en dilig-ence n'effrayaient pas plus les comédiens que les marches forcées et le sac au dos n'effrayaient les militaires. Du Rhin à l'Océan, il y a pourtant un joli ruban de route, mais on trouvait le moyen de le raccourcir en s'arrètant pour jouer de distance en distance.
(i) George Sand, Histoire de ma vie.
(2) Il s'appelait Louis-Etienne Allan et était régisseur du théâtre de Lorient. Né à Paris, en la paroisse Saint-Etienne-du-Mont, le 25 décembre 1777, il était fils de Louis Allan et de Catherine-Françoise Landrin, ainsi qu'il appert de son acte de mariage. Il mourut vers 1819, à Saint-Pétersbourg.
Dès que le mariage fut consommé, les époux Dorval reprirent le chemin de Strasbourg avec toute la troupe Bourdais.Il n'y manquait que Delaunay. Le père de Marie avait disparu depuis plusieurs années, et c'est pour le remplacer,j'imagine,que sa mère lui avait donné un mari qui avait vingt ans de plus qu'elle. Elle jouait toujours la comédie et l'opéra-comique. Mais, en traversant Paris, elle avait eu la curiosité d'aller entendre Talma dans Hamlet, et l'illustre tragédien lui avait fait une telle irapression qu'à partir de ce jour-là elle ne rêva plus que drame. Sur ces entrefaites, l'artiste de la troupe de Strasbourg qui jouait le premier rôle dans la Mère coupable, de Beaumarchais, s'étant cassé la jambe en rentrant du spectacle, le directeur pria ]\j[me Dorval de l'interpréter à sa place. Elle le fit au pied levé et avec tant de succès qu'elle se laissa monter la tète et que, quelques jours après, elle filait sur Paris avec une lettre de recommandation pour Lafont, de la Comédie-Française. Mais elle y était à peine arrivée qu'elle regrettait son théâtre de Strasbourg.
D'abord toutes les portes des directeurs qui devaient s'ouvrir devant elle demeurèrent fermées à double tour; ensuite Lafont, qu'elle alla voir, trouva, après l'avoir entendue dans une scène ou deux
VAndromaqiie, que le sérieux n'était pas son lot, ;t qu'avec une mine chiffonnée comme la sienne îlle jouerait mieux les soubrettes! Son éducation îtait donc à refaire.
« — Vous soubrette ! lui disait un jour Gozlan,ce l'est pas moi qui aurais osé vous confier un plateau îharg-é de porcelaines. A la vue d'un jeune homme )âtard et malheureux, vous eussiez ouvert les bras m criant : Mon Antony, je faime! Et mes porcelailes eussent été brisées. Dieu nous garde de pareiles soubrettes ! »
Gozlan avait cent fois raison, mais Lafont avait ^endu son arrêt, et chacun sait que, lorsque le rival le Talma avait parlé, il n'y avait plus qu'à se taire. Oorval entra donc au Conservatoire; elle n'y resta pas longtemps. Quand elle vit à quels exercices on illait soumettre sa nature débordante et primesautière, elle eut honte d'elle-même et crut qu'elle lUait devenir folle. A ce moment, passa Potier, le ^rand comique. Elle lui raconta son cas; il se mit à rire de l'oracle de Lafont, et comme il l'avait vue jouer dans la Mère coupable, il la prit par la main Btla conduisit audirecteurde laPorte-Saint-Martin, qui de ce jour-là devint sa maison.
Et voilà comment, le mardi 12 mai 1818, Marie Dorval débuta à Paris dcinsPaméla, de Pelletier de
go ALFRED DE VIGNY
Volmerange! Deux jours après, elle jouait Pauline des Frères à l'épreuve, du même auteur; un mois plus tard, Mathilde de Malhek-Adhel; puis elle parut dans la Cabane, de Montainard, le Jeune Werther, le Banc de sable, le Lépreux de la cité d'Aoste et ving-t autres pièces plus mauvaises les unes que les autres. Enfin, les auteurs des Deux Forçats lui taillèrent un rôle à sa mesure. Tout Paris voulut voir en 1822 pleurer Thérèse, la belle meunière. Et le lendemain de la première représentation de Trente ans ou lavie d'un Joueur, \e nom de Dorval, de sympathique qu'il était déjà, remplissait les journaux et courait sur toutes les lèvres. Il est vrai que dans ce drame de Ducang'e elle 1 avait un partenaire di^-ne d'elle.
« Quelle surprise, quelle joie, s'écriait Jules Janin, quand, tout disposés aux émotions de la vin^^tième année, nous vîmes apparaître ces deux comédiens de la même famille, M™« Dorval et Frederick Lemaître! Le nouveau venu était un beau jeune homme hardiment taillé pour son art, vif, hardi, emporté, violent, superbe! La naissante M'"^ Dorval avait dans sa personne de quoi justifier les plus vives sympathies. Elle était frêle, éplorée, timide; elle pleurait à merveille, avec une désolation, avec des spasmes, un délire à tout renverser; elle excellait
à contenir les passions de son cœur et à dire comme le héros de Corneille : « Tout beau, mon cœur! » Rien qu'à les voir l'un et l'autre, ces enfants de V. Ducang-e, qu'attendait une adoption royale, unis dans la même action dramatique et parlant déjà comme on parle et comme il faut parler^ il était facile de comprendre qu'ils avaient été créés et mis au monde, celui-ci pour exprimer tous les emportements de l'âme humaine; celle-là pour en dire les douces joies intimes et bienveillantes; celui-ci tout prêta tout briser et magnifique dans ses colères; celle-là humble et résignée et toute courbée sous le poids d'une immense douleur qui se faisait jour de toutes parts (i). »
Nous approchons des grandes journées du Romantisme. Encore quelques passes d'armes entre les deux écoles, et les troupes de Victor Hugo qui avait déjà des amis dans la place prendront le théâtre d'assaut. Ce fut Alexandre Dumas qui eut l'honneur d'ouvrir la brèche, au mois de février 1829, avec Henry III et 5a cowr; Casimir Delavigne suivit, le 3o mai de la même année, avec son drame composite de Marino Faliero. Dorval y jouait le rôle d'Elena. Elle se montra si touchante, elle fit couler tant de larmes dans la scène où elle s'écriait:
(i) J. Janin, Littérature dramatique, t. IV, pp. 3o2-3o3.
« Voulez- VOUS me laisser seule entre deux tombeaux ?GrAce! j'ai tant pleuré! »,que, peu de temps après, Alfred de Vig-ny était à ses pieds (i). Mais c'est surtout dans l' Incendiaire qu'elle alluma en lui la belle flamme qui faillit le consumer.
Qu'était-ce que cette pièce? Un gros mélodrame où l'on avait eu le mauvais g-oût d'exploiter les passions antirelig"ieuses qui avaient abouti, au mois de février i83i, au sac de Saint-Germain-l'Auxerrois et de l'Archevêché. On se souvient qu'après la chute de Charles X des incendies terribles désolèrent toutes les provinces et que le clergé en fut rendu responsable par une partie de l'opinion.
Il y avait là, évidemment, matière à plus d'un drame pour un homme de théâtre à l'affût de l'actualité. Les auteurs de l' Incendiaire (2) mirent en
(i) Dans les premiers jours de l'anni'e i83o, à la suite des représentations du More de Venise, où M"» Mars avait créé le rôle de Desdémone, Alfred de Viç^ay adressait à M™» Dorval un exemplaire de sa pièce avec les vers suivants :
Quel fut jadis Shakespeare ? — On ne répondra pas. Ce livre esta mes yeux l'ombre d'un do ses pas, Rien de plus. — Je le fis en cliercliant sur sa trace Quel fantôme il suivait de ceux (|ue l'homme embrasse, Gloire, fortune, amour, pouvoir ou volupté ! Rien ne trahit son cœur, hormis une beauté Qui toujours passe en pleurs parmi d'antres figures, Comme un pâle rayon dans les forôts obscures, Triste, simple et terrible, ainsi que vous passez, Le dédain sur la bouche et vos grands yeux baissés.
(2) Ce drame en trois actes, de B. Antier et A. de Combcrousse, fut représenté à la Porte-Saint-Marlin, le 24 mars i83i.
LA VIE AMOUREUSE g3
scène un archevêque, un curé et une paysanne. L'archevêque était un royaliste fanatique. Il savait que toute la contrée subissait l'influence d'un industriel républicain qui faisait vivre des centaines d'ouvriers, et pour ruiner cette influence il avait conçu le projet de mettre le feu à la fabrique. Restait à trouver l'incendiaire. Justement, il y avait, dans un villag-e, une jeune paysanne très dévote dont les allures mystérieuses excitaient l'admiration du bon vieux curé et de ses paroissiens. L'archevêque^ ayant entendu parler de cette jeune fille, va la visiter au cours d'une tournée pastorale et lui sug'g'ère l'idée de mettre le feu à la fabrique de ce républicain. « En le faisant, lui dit-il, vous accomplirez un acte méritoire aux yeux de Dieu et de son Eglise. » Le crime consommé, la justice informe; la coupable est arrêtée et mise en prison. Elle demande à s'entretenir avec son confesseur; et voilà le curé du village instruit par la confession de la cause première du crime, — d'où une scène poignante entre lui et l'archevêque. C'était Provost qui faisait le prélat et Bocage qui faisait le curé, M"^" Dorval fut admirable dans la scène de la confession. Agenouillée aux pieds du curé ou plutôt accroupie sur les talons ainsi qu'une Madeleine repentante, elle le regardait fixement avec de grands yeux vagues, elle pleurait,
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elle se lamentait comme une folle à qui la conscience revient tout à coup, et durant les quinze minutes que durait cette scène, le public haletant, angoissé, ne respirait plus. Ce fut le triomphe de l'hallucination et du mysticismeauthéàtre...Or, comme Alfred de Vig-ny était en ce temps-là hanté par l'esprit du mystère et fasciné par le jeu deM'^e Dorval,il allait tous les soirs la contempler dans ce rôle d'incendiaire où elle était portée en quelque sorte par sa nature mystique.
Et le fait suivant que je tiens de M. René Luguet, g-endre de la grande artiste, ne fut pas étranger, j'imagine, à la passion qu'il conçut dès lors pour elle.
Un soir qu'il était allé la féliciter dans sa loge, elle lui dit que depuis deux ou trois représentations elle était fort intriguée par la présence d'une dame en noir qui, sans jamais relever son voile, ne cessait de s'essuyer les yeux.
— C'est une de mes bonnes amies, repartit le poète, et, si vous le désirez, je puis vous la présen ter à la fin du spectacle.
jyjiue Dorval accepta la proposition avec joie et comme pour mieux mériter les compliments qu'on lui réservait, elle fut encore plus belle et plus attendrissante dans la fameuse scène de la confession.
Quand le spectacle fut terminé, Alfred de Vig-ny lui présenta l'inconnue qui, toujours voilée et lui serrant les deux mains, lui dit, d'une voix encore mouillée de larmes;
— Ah! Madame, que vous êtes belle et touchante dans cette pièce !
— Je suis bien heureuse de vos éloges, répondit jyjme Dorval, mais vous me rendriez plus heureuse encore en me disant votre nom.
Alors la dame releva doucement son voile et, lui montrant ses beaux yeux rougis par les pleurs :
— Je suis la Malibran^ dit-elle.
• -Ah! chère Madame, s'écria M™'' Dorval, en l'entraînant vers sa toilette, regardez ce petit tableau : je n'ai jamais eu que cette image dans ma loge, elle m'a suivie à travers tous les théâtres de France : c'est votre portrait, c'est la Malibran chantant la Romance du saule; c'est pour moi la madone de l'art.
Et les deux actrices tombèrent dans les bras l'une de l'autre (i).
Il y a parfois des affinités, des coïncidences sin-
(i) Ce récit de M. René Luguet est confirmé dans une lettre d'Alfred de Vigny en date du 3o mars i83i. Voir sa Correspondance.
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gulières, dans la vie des âmes appelées à s'unir. On dirait qu'elles sont aimantées et qu'une force irrésistible les pousse l'une vers l'autre en dépit des distances sociales et des différences de leur tempérament réciproque. >
C'est ainsi qu'il faut expliquer les relations d'à- . mitic et d'amour qui s'établirent en i83o entre Alfred de Vigny et M"° Dorval et ne durèrent pas | moins de sept années.
Extérieurement, physiquement, ces deux êtres ! étaient les plus dissemblables qui se pussent accoupler. Autant M""*^ Dorval était animée, expansive, débraillée, désordonnée dans ses mouvements et ses allures, autant Alfred de Vigny était froid, réservé, compassé, irréprochable en sa mise et son maintien! Qu'on se figure un gentleman à côté de Dolorida ou de Carmen.
Intérieurement, moralement, au contraire, il y avait entre eux tant de points de contact qu'on aurait pu les prendre pour le frère et la sœur. Outre qu'ils étaient à peu près du même âge (il avait à peine un an de plus qu'elle), ils étaient tous deux d'une sensibilité extrême ; seulement, la sensibilité de M™'^ Dorval éclatait au grand jour sur tous les traits de son visage par l'habitude qu'elle avait contractée au théâtre de pleurer et de souffrir tout haut,
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tandis que celle de Vigny, après avoir été refoulée dès l'enfance par ses maîtres, et à l'armée par la discipline, demeura enfermée toute sa vie dans le coin le plus secret de son cœur. Cette sensibilité s'était accrue en eux, avec le temps, de leur disposition naturelle au mysticisme, car Dorval était superstitieuse comme toutes les Bretonnes, et Vigny, de son côté, croyait aveuglément à la destinée, — ce qui est un genre de superstition. Jeune, il s'était nourri de la lecture de la Bible ; femme, dans ses heures de trouble et d'angoisse, elle faisait la sienne de l'Ancien Testament, de Vlmitation et des Psaumes.
En matière de foi et d'amour, ils avaient à peu près les mêmes sentiments. « Aimer, inventer, admirer, voilà ma vie », disait-il. Ces trois mots auraient pu servir de devise à M™^ Dorval,. car elle ne vécut, elle aussi, que pour admirer, pour inventer et pour aimer. L'amour, pour elle comme pour lui, était une bonté sublime. C'est pour cela qu'il avait conçu le beau mythe d'Éloa et qu'elle excellait dans les rôles de passion, de tendresse et de sacrifice. Ils étaient nés ensemble à la poésie des larmes et de la pitié. Au moment où le poème d'Eioa mettait Vigny hors de pair, le rôle de Thérèse, des Deux Forçats, iirailDoryàl de l'obscu-
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rite. Mais l'amour qui devait les réunir pour un temps trop court, hélas ! leur était apparu sous des figures différentes. Mariée à seize ans à un homme qui frisait la quarantaine, on peut dire qu'elle ne connut l'amour que dans la maternité. Elle fut mère avant d'avoir été femme. Ses premiers amants furent les héros imaginaires des drames qu'elle interpréta, ses premières amours des amours de tête. Aussi, lorsqu'elle vit, à trente-trois ans, s'agenouiller devant elle le gentilhomme de race qu'était Alfred de Vigny, à l'aspect de son charmant visage encadré de cheveux blonds bouclés et doucement éclairé par des yeux d'un bleu tendre, elle éprouva un sentiment tout nouveau pour elle et que je ne saurais mieux comparer qu'à la sensation que procure un verre d'eau fraîche à des lèvres brûlantes. Elle qui n'avait vécu jusque-là que pour l'action et d'une vie qui rappelait celle de la salamandre, elle sentit tout à coup son âme apaisée, rafraîchie, s'entr'ouvrir au rêve.
La même révolution le même changement se fit, au contact de Dorval, dans l'état d'âme d'Alfred de Vigny.
Avant de la rencontrer sur son chemin, il vivait, suivant la remarque de Sainte-Beuve, dans une perpétuelle hallucination séraphique. Il n'avait encore
aimé qu'en imag'ination, tant son idéal d'amour était difficile à réaliser. L'idée abstraite, l'esprit pur, la Muse, Psyché avait été sa première passion; son âme tourmentée se reposait sur des idées revêtues de formes mystiques qu'il étreignait amoureusement, et dont il jouissait comme si elles avaient été de chair et d'os. La femme de son rêve, c'était la Francesca de Rimini, qui montait vers le ciel tenant entre ses bras l'âme bien aimée de Paolo. Et ce sensuel mystique trouvait que la volupté de l'àme était infiniment plus longue que celle des sens et que l'extase morale était supérieure à l'extase physique. Mais du jour où il vit pleurer les beaux yeux de Dorval dans le rôle de Louise, de Plncendiaire, du jour où il vit se briser en deux, sous le vent de la douleur et du repentir, sa taille souple « comme la plume molle de son chapeau », il lui sembla que son rêve prenait une forme humaine, une enveloppe charnelle ; pour la première fois de sa vie, il connut l'amour, et le rêveur qu'il était, sous les philtres magiques de cette femme de théâtre, se sentit peu à peu devenir un homme de théâtre, « un dramatique », un homme d'action.
Leur union fut donc en quelque sorte l'accord mystique de l'action et du rêve.
Union mystique 1 amour mystique ! avec un
tempérament de feu comme celui de Dorval et des sens affinés comme ceux de Vigny, ces mots, à première vue, ont l'air de jurer entre eux ; cependant jamais ils ne furent accolés plus judicieusement l'un à l'autre, et je ne crois pas que le mysticisme chrétien ait produit au moyen âg:e un cas plus frappant de ce phénomène psychique.
Les relations du poète et de la comédienne furent, durant de longs mois, une sorte dejlirt. Je prends ce terme anglais dans son sens le plus chaste. Alfred de Vigny pensait de l'amour ce qu'en a dit Pascal :
« Tant plus le chemin est long dans l'amour, tant plus un esprit délicat sent de plaisir.
« Le premier effet de l'amour, c'est d'inspirer un grand respect; l'on a de la vénération pour ce que 1 l'on aime.
« Le respect et l'amour doivent être si bien proportionnés, qu'ils se soutiennent sans que ce respect étouffe l'amour (i). »
Partant de là, le poète commença par éprouver pour l'actrice un respect qui était fait d'admiration profonde et de pieuse sympathie. L'admiration
(i) Discours sur les passions de l'amour.
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s'adressait à l'artiste; la sympathie était pour la femme restée veuve à ving't ans avec trois petites filles, et qui, n'ayant pas assez de son propre malheur, avait pitié de tout ce qui souffre. Il ne vit d'abocd en lui qu'une Muse. Il lui confia toutes ses pensées, il l'initia à tous les mystères de son art, sans se départir jamais, dans l'intimité qui finit par s'établir entre eux, de son attitude révérencieuse. Ses attentions pour elles étaient d'une délicatesse extrême et sa discrétion confinait au scrupule. Peu ou point de manifestations extérieures; point de protestations de dévouement ou d'amitié ; point de bouquets au théâtre ; point de promenades sentimentales (i). ni de sorties compromettantes. Les seules marques publiques d'intérêt qu'il lui ait données jusqu'en i833 furent peut-être le compte rendu qu'il fit, dans la Revue des Deux Mondes (2), des Anecdotes historiques et politiques sur Alger, o\ivrag-e de M. Merle (3), son mari, et les deux articles qu'il publia dans la même revue à la suite des représentations d'^n^on^ et àç. Jeanne Vaubernier.
(i) Quand je pense, disait Dorval à ses amis, après sa rupture avec le poète, qu'il ne m'a jamais offert une seule fois à dîner I [Causeries de Jean Gigoux.)
(2) i833, t. IlI-IV, pp. 53-65.
(3) Ancien directeur de la Porte Saint-Martin, collaborateur de M. de Jouy dans l'Hermite de la Chaussée d'Antin, ayant lui-même
ALFRED Dli VIGNY
« ... M™^ Dorval, écrivait-il, avait le secret des plus touchantes larmes, des plus puissantes émotions de la tragédie et du drame; elle vient de montrer que le ton aisé et simple du monde, que les bonnes manières de la comédie lui étaient familières... Elle semblait une actrice anglaise venue de Covent-Garden ou de Drury-Lane avec toute la profondeur de rêveries, d'émotions, de mistress Siddons,et elle vient d'ajouter à cette puissance tragique (la première du théâtre) celle que donne une observation .fine de la société; c'est un talent complet, et dont l'avenir est bien vaste (i). »
jyjme Dorval habitait alors sur le boulevard Saint- Martin. Il allait la voir chez elle à des jours convenus d'avance, ou quand il était à peu près sûr de la trouver seule. Et là, assis auprès d'elle, dans un téte-à-tète charmant qui était celui de deux fiancés chastement épris l'un de l'autre, ils s'entretenaient à bâtons rompus des choses du théâtre, des œuvres littéraires du temps et aussi, cela va sans dire, de leur vie passée et future. Peut-être le
remporté de grands succès au théâtre avec quelques vaudevilles, tels que Préville et Taconnel et le Ci-devant jeune homme, ^lerle fit long'temps à la Quotidienneïe. feuilleton dramatique, et ses opinions royalistes lui avaient valu le surnom de merle blanc C'était un homme de beaucoup d'esprit et qui savait l'histoire aussi bien que le théâtre.
(ij Revue des Deux Mondes, i83i, t. I-II, pp. 622-63o.
LA VIE AMOUREUSE Io3
soir à la sortie du spectacle, sous le coup de telle scène de passion où Dorval lui avait donné une secousse violente, sentait-il en y resono-eant monter dans tous ses membres le frisson du désir, mais il repoussait bien vite ce sentiment, et je suis sûr qu'il se murmurait à lui-même, dans le silence de la nuit, ces vers délicieux de son poème à'Eloa:
D'où venez-vous. Pudeur, noble crainte, ô mystère, Qu'au temps de son enfance a vu naître la terre ? Fleur de ses premiers jours qui germez parmi nous, Rose du ParadiSjPudeur, d'où venez-vous V
Et l'esprit finissait toujours par l'emporter sur la chair. « Le premier effet de l'amour, c'est d'inspirer un grand respect. »
De son côté, Dorval, qui n'avait point été habituée par ses adorateurs de passage à ces hommages respectueux, Dorval, qui toute sa vie avait été bousculée, traitée sans façon ou prise d'assaut, éprouvait autant d'amour-propre que de secrète jouissance à se voir traitée « comme une duchesse », à s'entendre appeler « mon ange » par un poète dont les manières étaient aussi nobles que le sang. Cela la changeait; cela la reposait des convoitises brutales dont elle avait été si souvent l'objet et la victime. Elle sut gré à M. le comte de Vigny de lui avoir fait comprendre que l'amour vraiment
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digne de ce nom est un plaisir de l'âme encore plus qu'un plaisir des sens; son bonheur fut si grand de sentir qu'elle se purifiait, qu'elle était en train de se refaire une virg-inité, sur les hauteurs sereines où il l'entraînait derrière lui, que deux ans après elle écrivait à Alexandre Dumas, qui ne cessait de la tourmenter :
«... Partez sans me voir, et je reçois votre adieu, ou venez me voir. Je vous recevrai comme un ami malade d'un mal qui fait souffrir, mais qui dure peu. Je vous promettrai de vous revoir à voire retour, si vous promettez, vous, de m'aimer comme m'aime M. de Vigny (i). »
Celte lettre est du commencement de i832. En la recevant, Dumas, qui se souvenait évidemment de leur conversation quelque peu débridée, le soir du jour où Dorval l'avait fait coucher dans la chambre de son mari absent, pour être plus sûre d'avoir le lendemain malin son cinquième acte d'Antony (2), Dumas qu'elle appelait alors « mon bon chien » et qu'elle tutoyait pour se conformer à l'habitude qu'il avait de tutoyer tout le monde, Dumas dut se dire que M. le comte de Vigny lui avait changé son
(i) Lettre inédite.
(2) J/ewo//"es d'Alexandre Dumas, t. VII, p. 182.
Adèle d'Hervey ; — car il n'y a pas à dire, quelque étrange que cela paraisse, ce petit billet de Dorval établit de façon certaine que jusqu'en 1882 ses relations avec le poète furent irréprochables. Une femme comme elle n'aurait pas écrit à un homme comme lui: « Aimez-moi d'amour chaste », si elle s'était livrée à celui qu'elle donnait en exemple.
D'ailleurs le ton de cette lettre est en harmonie avec celle que Vig-ny adressait à Dorval au mois d'août i83i :
« Je vous envoie la Maréchale d'Ancre sous deux espèces, Madame; c'est une pauvre défunte qui aurait dû revivre quelque temps sous votre figure, mais ce n'était pas écrit dans son jeu de cartes magiques. J'irai aujourd'hui dîner avec vous, selon votre gracieuse invitation, et vous suis mille fois dévoué.
C'est, en effet, pour M'^'^ Dorval qu'il avait conçu le rôle de la Maréchale d'Ancre, mais des influences puissantes de théâtre l'avaient forcé de le donner à M"" George (i) ; aussi, pour lui marquer à
(i) Viçny n'eut d'ailleurs, pas trop à s'en plaindre, si l'on s'en rapporte au petit billet qu'il écrivait à M"^ George, le 36 juin i83i.
la fois SOD chagrin et son estime, n'avait-il trouvé rien de mieux que de lui envoyer, quand il disparut de l'affiche, deux exemplaires de son drame. L'un était le texte imprimé en un volume richement relié, portant gravés ces mots en lettres d'or sur l'un des plats : A Madame Dorval, la Maréchale d'Ancre, Alfred de Vigny, i83i. L'autre était son propre manuscrit, le premier jet de son drame, avec toutes les corrections et les ratures, en un grand volume in-folio relié, portant sur la garde cette dédicace de sa main :
A Madame Dorval.
« Je n'ai que ce moyen de vous rendre ce drame qui fut écrit pour vous. Madame ; vous vouliez le jouer, mais vous n'êtes reine à votre théâtre que par le talent, et ce n'est pas une royauté toutepuissante que celle-là, au temps où nous sommes.
« Ce i5 août i83i . »
Sur les gardes du livre imprimé, il avait écrit le
Après l'avoir félicitée sur son rôle, il lui disait : « J'ai reconnu une surprenante transformation de votre talent dont j'ai eu le bonheur d'être la cause première; c'est un hasard dont je ne conçois aucun orgueil, car tout le mérite en est à vous-même et mon admiration vous est bien acquise. » (Lettre inédite.)
petit billet ci-dessus par lequel il lui mandait qu'il irait dîner avec elle le soir; et ce billet-dédicace était suivi du sonnet suivant qui n'a pas été recueilli dans ses œuvres (i).
A Madame Dorval