‹ Alfred de Vigny, sa pensée et son art 1923Chapitre 1 sur 33 · DE QUELQUES CONTRARIÉTÉS DE LA VIE | D’ALFRED DE VIGNY · texte numérisé non relu

DE QUELQUES CONTRARIÉTÉS DE LA VIE | D’ALFRED DE VIGNY

Bien qu’il ait appartenu à la grande génération romantique, Alfred de Vigny n’était pas un homme à épanchements et à confidences. On sait ce que disait de lui Jules Sandeau, en recevant son successeur à l’Académie française : «Pérsonne n’est entré dans l'intimité de M. de Vigny, pas même lui.» Le mot voulait être piquant. Il ne l’est peut-être pas tout à fait de la façon dont l’espérait son auteur. Il paraît assez imprévu d’entendre traiter de la sorte un homme qui a passé le plus clair de son temps à s’analyser ; et, même en se rappelant à la décharge de Sandeau qu'au moment où il parlait on ignorait encore

le Journal d’un Poëte, on incline à penser qu'avant de

juger Son illustre confrère, il avait, comme il arrive, négligé de le lire, ou qu’il ne l'avait lu que d’un œil bien distrait, La vérité, c’est que si Vigny s’est appliqué plus qué pérsonne à se connaître lui-même, il a évité autant que possible de parler de lui. À deux ou trois reprises il a commencé à rédiger ses mémoires : chaque fois, au bout de quelques

pages, la plume lui est tombée des mains. Dans ceux de

ses ouvrages qu’il écrivait pour le public, il a, non pas

toujours, mais le plus souvent, effacé sa personne pour ne

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