Ibid., 350, 346, U9; Journal
•• Quels débris, dit-il (346), où puissent se rattacher encore les mains généreuses? Hors de l'amour du bien-être et du luxe d'un jour, rien ne se voit à la surface de l'abîme. On croirait que Tégoïsme a tout submergé. » Et il manifeste à ce sujet toute sa sceptique méfiance à l'égard des tentatives de restauration artificielle de la religion d'État. «Les chefs des partis politiques prennent aujourd'hui le catholicisme comme un mot d'ordre et un drapeau ; mais quelle foi ont-ils dans ses merveilles, et comment suivent-ils sa loi dans la vie? Les artistes le mettent en lumière comme une précieuse médaille, et se plongent dans ses dogmes comme dans une source épique de poésie; mais combien y en a-t-il qui se mettent à genoux dans l'église qu'ils décorent? Beaucoup de philosophes embrassent sa cause et la plaident, comme des avocats généreux celle d'un client pauvre et délaissé; leurs écrits et leurs paroles aiment ù s'empreindre de ses couleurs et de ses formes, leurs livres aiment à s'orner des dorures gothiques, leur travail entier se plaît à faire serpenter autour de la croix le labyrinthe habile de leurs arguments; mais il est rare que cette croix soit à leur côté dans la solitude. » On saisit encore ici tout le caractère d'actualité de l'œuvre de Vigny : ces paroles ne trouveraient-elles pas encore leur application de nos jours? " La religion, conclut le Duc dans Quitte pour la Peur (251), irréparable malheur, peut-être! s'en est allée en plaisanteries, fondue avec le sel attique dans le creuset des philosophes. »
exaltée », « l'Honneur, c'est la pudeur virile »; THonneur, c'est « la vertu de la vie »; « THonneur, c'est la poésie du devoir ^ ».
Telle est la nouvelle religion stoïcienne qu'avec une lyrique ferveur prêche à notre « décadence de Bas-Empire » ce moraliste libre-penseur, si « désireux de spiritualiser les masses » en « divinisant la conscience » ; et, cet évangile laïque, en apôtre averti, notre « prêtre militaire » le prêche bien moins en arguments contestables qu'en vivants paraboles. S'il est vrai que la véritable grandeur réside bien plus dans l'obéissance que dans le commandement, dans « l'honneur de souffrir en silence » que dans les gloires de « l'esprit de conquête- », alors le