‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 101 sur 199 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. « Dirigeons-nous, lorsqu'il le faudra, dit le Duc dans Quitte pour la Peur (p. 252), selon cette loi que, ma foi, je ne vis jamais nulle part écrite, mais que je sentis toujours vivante en moi, la loi de l'honneur... 11 est dans tous les instants de la vie d'un galant homme, madame; mais il doit surtout le faire consister dans le soin de maintenir la dignité de son nom, et... en supposant qu'on ait porté atteinte à la pureté de ce nom, il ne doit

de grandes entreprises, des luttes magnifiques et persévérantes, des sacrifices inouïs, lentement accomplis, et plus beaux par leur patience et leur obscurité que les élans d'un enthousiasme subit ou d'une violente indignation; il produit des actes de bienfaisance que l'évangélique charité ne surpassa jamais ; il a des tolérances merveilleuses, de délicates bontés, des indulgences divines et de sublimes pardons. Toujours et partout il maintient dans toute sa beauté la dignité personnelle de l'homme. » « Dès ce jour, dit un nouveau converti, je commençai à mestimer intérieurement, à avoir confiance en moi, à sentir mon caractère s'épurer, se former, se compléter, s'affermir. Dès ce jour, je vis clairement que les événements ne sont rien, que l'homme intérieur est tout; je me plaçai bien au-dessus de nos juges. Enfin, je sentis ma conscience, je résolus de m'appuyer uniquement sur elle, de considérer les jugements publics , les récompenses éclatantes , les fortunes rapides, les réputations de bulletin, comme de ridicules forfanteries et un jeu de hasard qui ne valait pas la peine qu'on s'en occupât. » Cette religion du Devoir trouve donc en elle-même sa force comme sa récompense : « Le sentiment du Devoir finit par dominer tellement l'esprit qu'il entre dans le caractère et devient un de ses traits principaux, justement comme une saine nourriture, perpétuellement reçue, peut changer la masse du sang et devenir un des principes de notre constitution. » « Comme je sentais en mon cœur un calme profond et inaltérable, j'en

hésiter devant aucun sacrifice pour réparer l'injure ou la cacher éternellemenl. »

rendis grâces à ce sentiment ineffable du Devoir i. » Ainsi, vertu tout humaine, née de la terre et non des cieux, apparemment innée, dénuée d'images et de symboles, sans dogmes ni cérémonies, sans lois écrites nulle part, sans palme céleste après la mort : « l'Honneur est la seule religion aujourd'hui vivante dans les cœurs mâles et sincères », « la plus pure des religions », la dernière épave qui flotte encore (( dans le naufrage universel des croyances », l'unique bouée solide qui résiste au flux toujours montant des égoïsmes et des matérialismes destructeurs^ » : car l'Honneur, « c'est le respect de soi-même et de la beauté de sa vie », « l'Honneur, c'est la conscience

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