Ibid., 348, 203; Journal
Au début de l'année 1834, il notait ce projet: « Roman moderne: un homme d'honneur. — L'honneur est la seule base de sa conduite et remplace la religion en lui. Le faire ])asser sa vie entière par toutes les professions actuelles, dont on même temps son contact fera ressortir les défauts et dont sa conduite fera la satire. L'honneur le défend de tous les crimes et de toutes les bassesses : c'est sa religion. •> « Le gentleman ou gentilhomme, dit-il encore, est l'homme d'honneur même qui, par les convenances, est retenu
tragique scrupule de l'adjudant de Vincennes, la sinistre exécution et la lamentable expiation du commandant du Marat, la piteuse vie et la mort plus pitoyable encore du capitaine Renaud, bref tout l'obscur dévouement des plus passifs héros surpasse en mérite et en majesté même toute la gloire éclatante des plus illustres conquérants, celle d'un Napoléon comme celle d'un Alexandre ; car ces tragiques « charlatans » de l'histoire ne cherchaient en réalité que la fastueuse satisfaction de leur égoïsme, tandis que les autres s'immolaient humblement au devoir. « Il y a donc quelque chose d'aussi beau qu'un grand homme, c'est un homme d'honneur, » « un puritain de l'honneur* ». Ennoblis par la beauté de leur inspiration morale, les trois récits symboliques- qui illustrent cette pieuse thèse, pour être un
dans les limites de bonne conduite et de bienséance que la religion n'atteindrait pas; car il y a des choses que ferait un prêtre et que jamais ne pourrait faire un galant homme. » « La religion de l'honneur a son dieu toujours présent dans notre cœur. D'où vient qu'un homme qui n'est plus chrétien ne fait pas un vol qui serait inconnu? Vhonneur invisible l'arrête. » {Journal, 92, 93, 101.) A propos de la mort héroïque de Bisson, Vigny note encore en son Journal (304) : « Tel est Thomme moderne en France. L'honneur est sa foi, la conscience sa morale, le devoir sa loi. Il combat et sert la patrie et l'espèce humaine dans les temps présents, sans vouloir préjuger de l'éternité. »
En 1852, Vigny notait encore un autre projet de « Livre à écrire : le Code de l'honneur. C'est le catéchisme de la Religion mâle qui vit en nous, religion secondaire qui s'accorde en tous points avec la religion chrétienne et avec ce que les autres ont de beau, car c'est la justice, la charité, la dignité humaine. » On voit qu'en véritable homme de caractère, Vigny, toujours fidèle à ses rares principes, tendait à la longue à y rattacher l'ensemble des choses.