‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 132 sur 199 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

4. Nouveaux Lundis, VI, 421. « Pour lui, dit de même Lamartine,

cièrement, dit Lamartine, « monarchique de tendances et aristocratique de mœurs », Vigny, de son propre aveu, ne se sentit « plus de cœur en politique ». « Je ne suis pas fâché qu'on me Fait ôté, ditil; il gênait ma tète. Ma tête seule jugera dorénavant et avec sévérité *. « A cette période de critique sévère correspond Stello (1832), vrai manuel de scepticisme politique qui verse dans l'anarchie. « Par le raisonnement appliqué au choix du Pouvoir, y lit-on, on n'arrive qu'à des négations quand on est de bonne foi... Voyez comme notre monde social a bonne grâce à se balancer si mollement entre deux péchés mortels ; l'Orgueil, père de toutes les aristocraties, et l'Envie, mère de toutes les démocraties possibles!... Tout ordre social est basé sur un mensonge plus ou moins ridicule... « Comment va votre mensonge social ce matin? devrait-on dire aux politiciens; se soutient-il?... » Le Pouvoir n'a plus depuis longtemps ni la force ni la grâce; le tenir en main, cela s'est toujours pu réduire à l'action de manier des

une belle carrière militaire couronnée par une haute dignité et un grade illustre sous une maison royale de son choix, c'était l'idéal de sa vie. 1830 avait tout renversé. » Vigny tenta, du reste, déjouer ce rôle décoratif que l'armée lui refusait. « Quelques mois avant 1830, écrit Auguste Barbier en ses Souvenirs personnels (p. 362), je tiens de M. le baron Provost, directeur aux Affaires étrangères, que M"" de Vigny mère était venue le solliciter pour gratifier son fils d'un poste diplomatique. La Révolution de Juillet empêcha que cette demande eiit des suites. • « Dans deux jours, semble confirmer Stello (32), il voudra faire l'homme d'État et raisonnera sur le gouvernement anglais pour avoir un grand emploi : il ne l'aura pas et on fera bien. »

1. Journal, 40. « J'en ai fini pour toujours, dit-il encore le 31 juillet 1830, avec les gênantes superstitions politi(|ues. Elles seules pouvaient troubler mes idées par leurs mouvements d'instinct. »

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idiots et des circonstances... L'homme a rarement tort, Tordre social toujours'... » L'ordonnance péremptoire du Docteur Noir est donc : « séparer la vie poétique de la vie politique ; fuir le chemin fangeux de la vie réelle et publique». « Il faut employer toutes les forces de la volonté à détourner sa vue des entreprises trop faciles de la vie active. L'application des idées aux choses n'est qu'une perte de temps pour les créateurs de pensées -. » « Le véritable citoyen libre, confirme le Journal, est celui qui ne tient pas au gouvernement et qui n'en tient rien; voilà ma pensée et voilà ma vie. On ne doit ni amour ni haine pour les hommes qui gouvernent; on ne leur doit que les sentiments que Ton a pour son cocher : il conduit bien ou il conduit mal, voilà tout^. » « Suivez votre cœur ou votre instinct, avait dit le Docteur Noir; soyez (passez-moi l'expression) bète comme un drapeau; » et docilement Vigny répond : « Sceptique et désintéressé, je ne suis plus dévoué qu'au pays seulement* ».

1. Stella, 236, 9, 235, 240, 87. « L'ordre social est toujours mauvais, dit encore le Journal (fragment publié dans les Lettres du 6 avril 1906). De temps en temps il est seulement supportable. Du mauvais au supportable. In dispute ne vaut pas une goutte de sang. Cest une théorie d'assassin. C'est celle des Septembriieurs et des Inquisiteurs, et de Ravaillac et de Louvet. >. « Il n'y a jamais eu ni ordre ni liberté nulle part, dit encore le Journal (100), et jamais on n'a cessé de désirer l'un et l'autre. »

2. Stella, 242, 90, 244, 241. « Quand on veut rester pur, disait déjà Cinq-Mars, II, 229, on ne doit pas se mêler d'agir sur les hommes. »

3. Journal, 69. Le Père Joseph avait déjà dit dans Cinq- Mars, II, 227 : « Il n'y a point de bienfaits en politique, il y a des intérêts, voilà tout. Un homme employé par un ministre ne doit pas être plus reconnaissant qu'un cheval monté par un écuyer ne l'est d'être préféré aux autres. »

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