‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 170 sur 199 · Journal · texte numérisé non relu

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3. Vers extrait d'un fragment publié dans Les Lettres du G mars

leur prison et s'y font de petits jardins. Peu après, ils s'aperçoivent qu'on les enlève les uns après les autres pour toujours. Ils ne savent ni pourquoi ils sont en prison, ni où on les conduit après, et ils savent qu'ils ne le sauront jamais. » Donc, « souffrance en prison, mort après ' ». « Une divinité

1. Journal, 29, 28. Celle conception de Texistence lerieslre l'ait, évidemment tout de suite songer aux Pensées. 11 y a, en efïet, de profondes affinités entre Vigny et Pascal : c'est de part et d'autre la même élévation d'âme, avec plus de vigueur toutefois et de souplesse chez l'un, plus de solennité et de tendresse chez l'autre. Tous deux ont le mémo sentiment angoissant de la détresse humaine ici-bas, détresse d'autant plus tragique que l'homme si chétif en son ignorance et sa faiblesse est si grand par ses aspirations intellectuelles et morales;mais, en insistant sur ce dualisme, Vigny met la grandeur de l'homme moins en sa pensée qu'en sa dignité morales et sa faiblesse moins en son impuissance physique qu'en son impuissance mentale. 11 y a, en outre, en leur attitude celte différence essentielle : Vigny est un Pascal que n'a point touché la grâce divine, un Pascal qui se débat jusqu'au dernier jour dans les tourments du doute, qui gémit « au milieu des choses dans un désespoir éternel de ne connaître ni leur principe ni leur fin ». (Article I, 1.) Si la pensée du philosophe et celle du poète se rencontrent parfois en une identité de termes incontestable, la cause n'eu est peut-être pas uniquement à la fréquente méditation des œuvres du premier par le second. Voici quelques rapprochements caractéristiques des Pensées, empruntés a l'édition Havet : <• Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses... Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir; mais ce que j'ignore le plus est cette mort môme que je ne saurais éviter » (IX). « En voyant l'aveuglement et la misère de l'homme, en regardant tout l'univers muet el l'homme sans lumière,... j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable et qui s'éveillerait sans connaître où il est et sans moyen d'en sortir. ■• •■ Qu'il se regarde (l'homme) comme égaré dans ce canton détourné de la nature et que. de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers... » (i, 1). " Qu'on s'imagine un nombre d'hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, el se regardant les uns

implacable se rit de nous. » Eh bien ! à notre tour, rions d'elle : « Que Dieu est bon! quel geôlier adorable, qui sème tant de fleurs qu'il y en a dans le préau de notre maison 1 II y en a (le croirait-on?) à qui la prison devient si chère qu'ils craignent d'être délivrés! Quelle est donc cette miséricorde admirable et consolante qui nous rend la punition si douce '? » Hélas! l'ironie se meurt aux lèvres de quiconque sent « la colère d'en haut planer sur sa tète ». « Je sens sur ma tête le poids d'une condamnation que je subis toujours, ô Seigneur! mais, ignorant la faute et le procès, je subis ma prison-. J'y tresse de la paille pour l'oublier quelquefois ; là se réduisent tous les travaux humains. Je suis résigné à tous les maux et je vous bénis à la fin de chaque jour lorsqu'il s'est passé sans malheur ^. » « La vérité sur la vie, c'est donc le désespoir. La religion môme du Christ est

les autres avec douleur et sans espérances attendent leur tour : c'est l'image do la condition des hommes. » (IV, 4). - Orgueil, contre-pesant toutes les misères. Ou il cache ses misères; ou, s'il les découvre, il se glorifie de les connaître » (11,2). A sa détresse Pascal trouve un remède assuré en sa foi dans le Créateur; Vigny n'en veut chercher qu'en lui-même et n'en trouve guère. « C'est en vain, ô hommes, dit la voix de « la Sagesse de Dieu », que vous cherchez en vous-mêmes le remède de vos misères... Je puis seul vous faire entendre qui vous êtes » (XII, 1).

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