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une religion de désespoir, puisqu'il désespère de la vie et n'espère qu'en l'éternité '. >> Conclusion : « L'espérance est la plus grande de nos folies, x <■< Il faut anéantir l'espérance dans le cœur de Thomme. Un désespoir paisible, sans convulsions de colère et sans reproches au ciel, est la sagesse même. Dès lors, j'accepte avec reconnaissance tous les jours de plaisir, tous les jours même qui ne m'apportent pas un malheur ou un chagrin. » « Pourquoi vers l'horizon nous tendre ainsi des pièges? » « Après une nuit, tu t'endormiras dans le mépris divin et consolateur ^ »
1. Journal, 100. M"" Ackermann, qui doit tant à la double iulluence de Pascal et de Vigny, a écrit dans Ma Vie (XVIII) : « Le genre humain m'apparaissait comme le héros d'un drame lamentable qui se joue dans un coin perdu de l'univers en vertu de lois aveugles devant une nature indifférente avec le néant pour le dénouement. » Loin de trouver la religion comme Pascal consolante, elle la trouve comme Vigny désolante. Son irréligion est toutefois plus scientifique que celle de Vigny, lui étant postérieure. Vigny eût néanmoins pu souscrire à ses paroles : « Je repousse le nom d'incrédule. Je crois à la loi morale. Ma conscience me tient lieu de foi. C'est de la religion moins Dieu. Je suis l'incrédule religieux. » {Journal, 25 janvier 1863.) Encore trois vers dont l'esprit de révolte et de stoïcisme évoquent à la fois Byron et Shelley, Vigny et Pascal :
Ecraser n'est, pas vaincre...
Libre dans les liens de cette chair fragile,
Lame de Prométhée échappe à ta fureur.
2. Journal, 28, 65, 31, 308; Poésies, 288. Stello (j). 2) parle aussi d'une sorte de désespoir sans transports, qui est l'absence de l'espérance. Signalons à ce propos le Mercure de France ou 16 janvier 1909 oîi M. Henri Potez a fort bien montré tout ce que les Maximes de Chamfort ont pu ajouter d'acre humour bilieuse au pessimisme naturel de Vigny : la haine de la société et surtout delà multitude vulgaire, lamour de la solitude, le culte presque obligatoire du moi, surtout chez quiconque se sent du génie ou de la vertu, et jusqu'au « duel des sexes » , tout cela se trouve plus ou moins condensé dans les formules de ce disciple aigri de Rousseau. En voici deux exemples : « L'espérance n'est qu'un charla-
En présence de tant de misère, quelle attitude prendre? « C'est vraiment trop estimer la vie que la pleurer : les larmoyeurs et les haïsseurs la prennent trop à cœur. » Les violents ont beau s'insurger non sans gloire, à vrai dire : <' La terre est révoltée des injustices de la création ; elle dissimule par frayeur de l'éternité; mais elle s'indigne eu secret contre le Dieu qui a créé le mal et la mort... Tous ceux qui luttent contre le ciel injuste ont eu l'admiration et l'amour secret des hommes '. » Les faibles ont beau abdiquer non sans insolence, il est vrai : « Dieu vit avec orgueil un jeune homme illustre sur la terre. Or ce jeune homme était très malheureux, et il se tua avec une épée. Lorsque son àme parut devant Dieu, Dieu lui dit : "Qu'as-tu fait? Pourquoi as-tu détruit ton corps? » L'âme répondit : « C'est pour t'affliger et te punir. Car pourquoi m'avez-vous créé malheureux? Et pourquoi avez-vous créé le mal de l'âme, le péché, et le mal du corps, la souffrance? Fallait-il vous donner plus longtemps le spectacle de mes douleurs? » « .J'en vois d'autres aussi malheureux, dit Stello, qui prennent de diverses sortes leur destinée amère. Il y en a chez qui le chagrin devient
tan (fui nous trompe sans cesse. Et, pour moi, le bonheur n'a commencé que lorsque je l'ai perdue. Je mettrais volontiers sur la porte du Paradis le vers que Dante a mis sur celle de l'Enfer : Lasciate ogni speranza voi cKenlrate. » « Le monde physique parait l'ouvrage d'un être puissant et bon, qui a été obligé d'abandonner à un être malfaisant l'exécution d'une partie de son plan. Mais le monde moral paraît être le produit des caprices d un diable devenu fou. » Byron se souvenait-il de Ghamfort lorsqu'il faisait dire à son Lucifer s'adressant au Créateur : « Tu n'as plus de prise sur ma destinée : j'ai détruit en moi l'espérance... Tout le sens de ma vie est désormais en ces deux mots : penser et endurer. » 1. Stello, 58: Journal, 100.
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bouffonnerie et grosse gaieté; ce sont les plus tristes à mes yeux. Il y en a d'autres à qui le désespoir tourne le cœur : il les rend méchants '. » Eh bien! tous ont tort; les forts, c'est-à-dire ceux qui ne sont ni faibles, ni violents, ni bouffons, ni méchants, ne se tuent ni ne se révoltent, ne s'étourdissent ni ne s'aigrissent : ils endurent stoïquement, « Je suis stoïcien », dit Vigny; « souffre et abstiens-toi », voilà sa maxime. « Ce que j'ai souffert n'a pas été au-dessus de mes forces, » s'en va-t-il répétant. Oui, mais stoïcien qu'exalte le romantisme, qu'exaspère le mal du siècle, qu'exacerbe l'ascétisme chrétien. « Le tout-puissant bourreau ne te surpassera pas si tu sais lui tenir tête, pense-t-il en son for intérieur, car la créature qui endure surpasse le créateur qui torture ^. » Endure donc avec mépris si ta douleur est mesquine : «J'ai passé par toutes vos réflexions, et j'ai trouvé un remède étrange à ce désespoir qui est inévitable : ce remède, c'est le mépris. La vie, en vérité, ne vaut pas qu'on réfléchisse sur elle sans fin comme nous faisons. Analyse-t-on l'absinthe que l'on boit? On avale vite, et l'on s'endort après, voilà tout^ » Endure avec fierté si ta douleur est puissante : « Il est mal et lâche de chercher à se distraire d'une noble douleur pour ne pas souffrir autant. Il faut y réfléchir et s'enferrer courageusement dans son épée. » N'y a-t-il pas comme « un amer bonheur à se flageller »? « Sacrifice, ô toi seul peut-être es la vertu I » « La contemplation du malheur donne une