‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 173 sur 199 · Correspondance · texte numérisé non relu

Correspondance

jouissance intérieure à l'âme qui lui vient de tout son travail sur l'idée de malheur K » Si tu veux autrement supprimer la douleur, tu perds tes peines : car le mal de vivre est aussi durable, aussi complexe, aussi universel que la vie même. « La douleur n'est pas une. Elle se compose d'un grand nombre d'idées qui nous assiègent... Il faut les séparer, marcher droit à chacune d'elles, la prendre corps à corps, la presser jusqu'à ce qu'elle soit bien familière, l'étoufîer ainsi ou du moins 1 engourdir et la rendre inofïensive comme un serpent familier-. » Donc, bien souffrir, voilà le suprême mérite ; triompher du malheur, la plus noble des gloires ; « vivre héroïquement dans un état de désespoir », le plus superbe des honneurs humains. En son orgueil de la vaincre, Vigny inventerait presque la douleur. Son pessimisme exalté ne proclame si haut l'omnipotence du mal que pour mieux l'écraser sous un stoïcisme hautain ■'.

1. Journal, 106, 133, 98: Poésies, Wanda, 304. Cf. la Flûte :

« Ce Sisyphe éternel est beau, seul, tout meurtri... Et n'avouant jamais qu'il saigne et qu'il succombe.

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