Correspandance, 77, Journal
Vigny avait, du reste, sous l'influence de Burnouf et de Barthélémy Saint-Hilaire, subi l'influence du bouddhisme où il devait se complaire. Bien qu'il blâme dans •< Tabrutissement >• des fakirs l'extase « portée à son terme le plus bas », il se sentait, dit M. Dorison {op. cit., 235), gagné à cette doctrine où ■■ l'ùme s'adore comme être pur » et conserve « par dédain » les dieux. Du Bhagavata Pourana, il dit : « source admirable de poésie et de
Envisagée sous ce fâcheux aspect, l'œuvre entière de Vigny, si réconfortante qu'elle soit à d'autres égards, alarme à la fois comme un troublant réquisitoire contre toute activité terrestre et comme un fâcheux plaidoyer en faveur du seul rêve idéal; on entrevoit, sous tant de noblesse et de beauté, des germes empoisonnés de maladie et de mort. « Je n'ai plus l'ardeur de la lutte et du péril, écrit dès 1849 le poète las; je me suis permis de rentrer dans la tristesse qui est ma nature, et peut-être le vrai sens de la vie humaine ^. » Voué, faute d'un peu d' « élixir de vie 2 », au précoce marasme des impuissants, Vigny ne pouvait donc avec toute sa supériorité intellectuelle que tristement ériger ou, si l'on veut, pallier en un spécieux système pessimiste sa propre incapacité vitale.
Dans la dolente retraite de Maine-Giraud ne fit que s'accroître cette fâcheuse impuissance. Soit que son perpétuel dévouement à sa femme malade l'absorbe de plus en plus, soit que ses infructueuses tentatives agricoles, politiques et humanitaires le rebutent à jamais, Vigny eut tôt fait de renoncer à tout son beau programme d'activité intellectuelle et morale. En vain écrit-il en son Journal : « Pour guérir la maladie de la vie, il suffit de peu de chose : aimer ou vouloir »; il ajoute aussitôt : « G'estce qui
sentiment : un ravissement imprévu me saisit cette nuit en lisant au XXXVP chapitre la marche de l'âme individuelle ».