Souvenirs et Portraits
Lorsqu'on voyait encor grandir ta svclte taille
Et la Muse germer dans tes regards d'azur;
Quand tes deux beaux bras nus pressaient la blonde écaille
Dans la blonde forêt de tes cheveux d"or pur;
Quand des rires d'enfant vibraient dans ta poitrine
Et soulevaient ton sein sans agiter ton cœur,
Tu n'étais pas si belle en ce temps-là, Delphine,
Que depuis ton air triste et depuis ta pâleur.
15 avril 1848.
Comme Lamartine encore, Vigny devait épouser une Anglaise. Il était en garnison à Pau pendant Ihiver 1824-1825 lorsqu'au bal s'éprit de lui une belle, blonde, un peu indolente créole de vingt-cinq ^ans, miss Lydia-Alice Bunbury. Née en 1799 à Demerara, dans la Guyane anglaise, elle était la seconde fille d'un riche et excentrique colon, Hugh- Mill Bunbury, « trois fois millionnaire », disait-on; son parent Sir Edward Bunbury venait d'être soussecrétaire de la guerre de 1809 à 1816, et son oncle le colonel Hamilton Bunbury allait bientôt devenir gouverneur de la Jamaïque. « La fortune à la mort du père, âgé de soixante-dix ans, déclara le colonel du oo" 2 en demandant l'autorisation de mariage, s'élèvera à plus de six cent mille francs, et elle jouira du jour de son mariage de huit à dix mille francs ^ » Une si belle occasion de redorer le blason des aïeux désarma tous les préjugés possibles de M""' de Vigny sur la religion de sa future bru, sur sa
i. Journal, ITl.
2. M. de Fontanges, que Vigny appelle dans Servitude et Grandeur militaires (196) « le plus chevaleresque et le plus aimable officier que j'aie connu, l'homme du monde qui m'a le mieux donné l'idée de ce que pouvaient être dans leurs manières le duc de Lauzun et le chevalier de Grammont ■•.