Chatterton, Préface
2. Jbid., 83, 4, 12. « Le Poète crie à la multitude : « C'est à vous que je parle, faites que je vive ! » Et la multitude ne l'entend pas; elle répond : « Je ne te comprends point! » Et elle a raison. — Car son langage n'est compris que d'un petit nombre d'hommes choisi lui-même. Il leur crie : ■■ Écoutez-moi, et faites que je vive ! » Mais les uns sont enivrés de leurs propres œuvres, les autres sont dédaigneux et veulent dans l'enfant la perfection de l'homme, la plupart sont distraits et indifférents, tous sont impuissants à faire le bien. Ils répondent: « Nous ne pouvons rien! » Et ils ont raison. — Il crie au pouvoir : <• Écoutez-moi, et faites que je ne meure pas ». Mais le pouvoir déclare qu'il ne protège que les intérêts positifs, et qu'il est étranger à l'intelligence, dont il a ombrage; cela hautement déclaré et imprimé, il répond : « Que
d'affaires publiques » induit par la force même de ses convictions à dramatiser tout à fait, et non sans le fausser encore davantage, l'un des dialogues de Stella : du second épisode de son livre, il tire le drame de Chatterton.
On comprend qu'aussi religieusement conçu, aussi tragiquement envisagé, ce drame social inspire à son auteur, encore « tout ému de l'enthousiasme fiévreux du travail », en même temps qu'une solennité de langage quasi biblique, une intrépide confiance qui lui vient de « ce caractère sacré que donne la présence divine du vrai' ». « Je crois trop pour craindre beaucoup », dit-il. « Je viens d'achever cet ouvrage austère dans le silence d'un travail de dix-sept nuits. Les bruits de chaque jour l'interrompaient à peine, et, sans s'arrêter, les paroles ont coulé dans le moule qu'avait creusé ma pensée. A présent que l'ouvrage est accompli, frémissant encore des souffrances qu'il m'a causées et dans un recueillement aussi saint que la prière, je le considère avec tristesse, et je me demande s'il sera utile ou s'il sera écouté des hommes. Mon âme s'effraye pour eux en considérant combien il faut de temps à la plus simple idée d'un seul pour pénétrer dans le cœur de tous... » « Peut-on frapper trop fort sur l'indifférence si difficile à éveiller, sur la distraction si difficile à fixer? Y a-t-il un autre moyen de toucher la société que de lui montrer la torture de ses victimes-? » A ce ton d'apôtre inspiré on devine quelle fière attitude peut
ferais-je de vous? •• Et il a raison. Tout le monde a raison contre lui. Et lui, a-t-il tort? » (8).