X. LE SEHATEÏÏS LOÏÏIS LACOSTE
Tant qu^au fond de nos cœurs nous aimerons la gloire.
Les grands jours de notre; passé ; Tant que nous garderons, fils pieux, la mémoire De tout nom noble et pur qu'en souriant PHistoire
Sur ses tables d'or a tracé ;
(i; Pdre de sir Alexandre LAcoste, Juge en chef de la Cour d'Appel, dans la province de Québec.
162 poÉan».
Tant que par leurs parfums Dieu voudra que, dans Tombre,
Se trahissent de loin les fleurs ; Que la Seconnaissance ira, dans ^enclos sombre, Gémissante, au milieu de monuments Bans nombre.
Mouiller une croix de ses pleurs ;
On ne t'oubliera pas, doux vieillard au front grave!...
— Pendant qu'auprès du saint parvis Le pauvre offre pour toi aa prière suave, L'Ange du souvenir, sur la tombe en fleurs, grave :
" Nul n'a plus aimé son pays ! "
DIE5 IRiC
DIE8 IBuB. 166
SIESnLE
Jour de colère, 6 jour où Dieu Condamnera son œuvre au feu, Témoin la Sibylle et FHébreu !
Quelle terreur agitera L^Univers quand apparaîtra Ce jugç, qui le scrutera !
166 potens.
Sous les cieux^ des bouches d'airain Appelleront le genre humain A son tribunal souverain.
La Nature et la Mort seront Stupéfaites: les morts rompront Leurs tombeaux et se lèveront.
Un vent de foudre, à ce moment^ Ouvrira le Livre enfermant La matière du jugement.
Et dès lors tout sera fini :
Crime et mensonge au crime uni.
Chaque péché sera puni.
FOLLBS TERREURS
FOLLES TEBBEUBS. 169
FOLLES TEBBEUBS
A PabM H. R. C.
(Ecrit dans le deml-déllre de la fièvre.;
Abbé, ce mal terrible (}) Jour et ntiit, sans repos.
Me crible De frissons jusqù^aux os.
(i; La variole.
PO POfSlES.
Je me pâme de fièvre Plus mourant tout-à-coup
Qu'un lièvre Sous les pattes d'un loup.
On me dit : Songe à Tâme î . . .
Mon souffle est comme un vent
De flamme. Ma lèvre sèche et fend.
Vainement je recueille Mes esprits aux abois,
La feuille Palpite moins au bois,
Quand la tempête ploie Chaque arbre ainsi qu'un jonc
Et broie Les branches sur son tronc.
FOLLES TBSKBX7BS. 171
Mais un rayon essuie Bientôt dans les rameaux
La pluie ; L'air se remplit d'oiseaux.
Hélas! pour moi Torage N'a-t-il pas épuisé
Sa rage ? Oh I que je suis brisé !
Je ne vois que ténèbres, Et je n'entends que cris
Funèbres ! . . .
Ha, ha 1 . . . je ris, je ris.
Le rire étreint mes joues Et je sens de nouveau
Des roues Tourner dans mon cerveau.
172 POÉBISB.
Ha ! Ha ! elle chancelle Ma raison^ eUe bat
De Taile, Et tombe et se débat.
Quels fantômes m'obsèdent ?
Arrière ! je vous vois.
Ils cèdent Aux éclats de ma voix.
Non, non, non, ils reviennent.
Sur mes yeux deux yeux gris
Se tiennent.
Ha ! ha ! je ris, je ris.
Est-ce encore un vertige ?
Mes efforiis sont-ils vains ?
Ne puis-je La broyer dans mes mains ?
FOLLES TBBBEUBS. 173
Cette araignée ardente A me couvrir de fils
Qui tente ly emmêler tous mes cils.
Son œil fixe regarde ; Ses cent bras sont levés. . .
Dieu garde Mes yeux d'être crevés.
Arrière, arrière, louve !
Comme son. œil fatal
Me couve!
Arrière, esprits du mal !
Arrière, ime ombre humaine Penchée au milieu d'eux
Promène La flamme de ses yeux.
174 Totsasa.
Si tu n'es pas de roche^ toi, souffre qu'ici
J' approche Ce drap de mon sourcil.
L'horreur étreint mes joues Et je tBens de nouveau
Des roues Tourner dans mon cerveau.
Abbé, je vous adresse Ce vœu: dites pour moi
La Messe !
Car je me meurs d'eflEroi.
Abbé, si je succombe, Que Pon couvre à foison
Ma tombe De terre et de gazon ;
FOZXES TBBBEUB8. 176
Et, dans l'étroite enceinte, Versez aux quatre coins
L'eau sainte, Abbé, pour que du moins,
Aucun regard de braise Qui trouble le repos
Ne pèse Alors sur mes yeux clos!.
Sous un vieux toit qui tremble Hier, le mal a surpris
En'semble Une mère et son fils..
« ut
Les dormants cimetières Auront dû recevoir Leurs bières A rapproche du soir.
176 POtSIES.
La femme est morte comme S'en revenait des bois
Son homme Après plus de six mois.
En entrant dans la rue, Le jeune bûcheron
Salue Du regard sa maison.
Quelle joie I . . . il se hâte, Car son coeur le piquait ;
Il tâte Doucement le loquet.
Biant dans son poil sombre — Femme ! dit-il du seuil . .
Dans Tombre Eeposait le cercueil. . .
FOLLES TEBBEUBB. 177
Depuis le matin pâle Depuis l'heure où survint
Mon râle Qui fit dire: il s'éteint !
La joue humide et hlanehe, Celle que j'aime tant
Se penche Dans mon regard flottant.
Vois, je suis sans délire :
Eegarde-moi, je peux
Sourire Au baiser — de tes yeux.
Paix au beau front "â'opale !
Demain tu me verras
Moinis pâle.
Soulevé sur mon bras.
178 poéaiBe.
Folle était notre Dlainte.
Et d'abord j'ai pâli
De crainte En te voyant un pli
Au front, signe d'alarmes.
Et quand j'ai vu jaillir
Tes larmes^ J'ai pensé défaillir.
Mais toi, vraiment la cause De ton angoisse est peu
De chose.
Quoi I mes tempes en feu.
Et notre belle joie.
Veux-tu que dans tes pleurs
Se noie Ce rire de nos cœurs ?
TOLLES TESREUB6. 179
Dans ce monde morose.
Jouir d'un éden bleu
Et rose C'est ton rêve — et mon vœu .
L'aube refleurit-elle ?
Dis-moi si la lueur
Nouvelle Eougit dans la vapeur.
Dis-moi, de ma fenêtre Vois-tu le jour si beau
Eenaître ?
Lève bien le rideau.
Que le soleil, chère âme.
D'un vif et joyeux jet
De flamme Empourpre mon chevet.
Orandfi enfante que nous sommes, Où donc sont-elles, dis.
Les pommes Dn Dieu du paradis ?
Moi, qu'étais-je ? un brin d'herbe Heureux, faible, petit.
— Superbe :
Du ciel tombe, une nuit.
La goutte légère.
Me voilà tout plié.
Ma chère.
Nous Tavions oublié.
Chut I . . . ma raison, sois forte !
Ces petits pas. . . ce bruit
De porte. . .
Ce murmure qui fuit.
VOILES TXBBXUB8. 181
Oui, mon cœur qui s'incline — Ne le lui dites pas —
Devine Qui sont ces petits pas.
Passez au loin, passez Il le faut : qu^on m'évite !
Dieu ! je vous ai chassés.
Bien vite !
Vous, mes beaux anges frêles Dont j'ai senti souvent
Les ailes Dans un embrassement !
mal qui désespères Tant d'êtres chers et doux,
Sœurs, pères.
Epouses à genoux.
in
Ma lèvre violette Où saigne ton aillon
Te jette La malédiction !