‹ Alfred Garneau. PoésiesChapitre 3 sur 33 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Nous osons, pourtant, faire appel à ceux qui ont la piété des choses littéraires, des choses idéales, de ce que Sainte-Beuve appelait " Vart des arts, la poésie/'

Ces poésies éparses, nées de la fantaisie ou du rêve, reflets de visions pâles ou de clairs paysages, évocations de souvenirs chers et de pures émotions, échos des voix qui, aux heures grises, pleurent en nous, confidences d'une âme mélancolique, ivre avant tout de sérénité, de quiétude, de joie silencieuse, capable, à l'occasion, d'élans patriotiques, ces poésies, croyonsnous, feront connaître l'homme d'imagination et de sensibilité que fut Alfred Oarneau.

Quelques-^nes avaient déjà paru, dans le Foyer Canadien et la Bevne Canadienne : " Premières pages de la vie" en 1857; "A mes amis" en 1864; "Le bon pauvre " en 1866 ; " Bluette " et '' A ma somr " en 1867. D'autres furent publiées dans les journaux de l'époque, à Québec : " Aimer " et " La jeune baigneuse" en 1863. Elles datent de la jeunesse du poète. Les autres pièces sont inédites. Elles furent composées à divers, et, souvent, de longs intervalles, La plupart, les onze sonnets et " A Wright' s Orove " notamment, sont d'une période encore proche de nous.

AYEBTISSBiaSirr

La vocation poétique s'était éveillée, chez Alfred Garneau, de très bonne heure. A dix ans, il griffonnait déjà des vers sur ses cahiers d.' classes. U avait quatorze ans quand sa première pièce fut insérée dans un journal de Québec, à la demande d'Octave Crémazie. Il en avait dix-sept à peine lorsque parut " A Elle," qui débute ainsi : " Toi qui portes au front la blancheur de ton âme.^'

Ses prédilections allaient aux poètes. La poésie était sa passion dominante et comme sa pente naturelle. Ses habitudes d'esprit, ses façons de sentir, les mots qui lui venaient instinctivement aux lèvres avaient nous ne savons quelles teintes, quels frissons, quels mirages de poésie. Lui-même disait : " je pense en images. '* Aussi bien la lecture des beaux vers, des Nnits de son barde préféré, par exemple, lui mettait aux yeux, tour à tour, des éclairs et des larmes. . .

On imagine sa tristesse^ lorsqu'il dut s'enfermer en des travaux arides et renoncer pour longtemps à ses chères Muses. Malgré tout, la flamme divine continuait de brûler au fond de lui. De fois à

AYERTISBEMENT

autre, il se reprit à assemlîer quelques strophes et à ciseler des vers. Mais, en vérité, ce fut, combien rarement! en des loisirs interrompue, sous V obsession irrésistible d'une pensée puissante ou d'un sujet troublant Par suite, les quarante-cinq pièces qu'on va lire couvrent un espace de cinquante années,

Alfred Garneau, qu'une modestie excessive enveloppait et dérobait au public, n'aurait eu garde, de son vivant, de faire paraître le moindre volume. Sur les instances de ses amis, noue avons cru devoir rompre le silence autour de sa tombe et de son nom.

Puissent ses poésies, en attendant ses ouvrages en prose, fidèlement traduire et mettre en lumière — c'était son seul orgueil — le culte passionné, l'amour vraiment filial, aussi intense que chez son père, l'historien, qu'il voua, jusqu'à son dernier jour, à la langue et aux lettres françaises.

HECTOR GARNEATJ.

Octobre 1906.

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