‹ Alfred Garneau. PoésiesChapitre 4 sur 33 · AMES AMIS · texte numérisé non relu

AMES AMIS

Sans Ôveiller d'écho sonore

J'ai haussé ma voix faible encore.

(Le dernier chant.) V. H.

Parce que mes mains enfantines Jadis, imprudentes encor, En touchant aux cordes divines Ont fait ouïr un vague accord.

Amis, avec un doux sourire,

Vous dites : " Crains notre courroux,

'^ Si déjà tu suspends ta lyre;

" Garde-la, mais chante pour nous.'^

Non, non, qu^elle reste muette Je briserais ce luth sacré.

Si j'ai dit que j'étais poète.

Muse, tu m'avais enivré !

Ah ! chanter, chanter. . . Dieu que n'ai-je L'ivresse du cygne un moment; n chante, et tout son corps de neige Bésonne sur l'eau doucement.

On que n'ai-je^ don pins céleste^ L^aile et la voix dn rossignol, Je snîyrais an vallon agreste Vos pas en chantant dans mon vol.

Oui, — barde ailé de la nature - La nuit, dans le calme des bois Tout pénétrés de lune pure.

Je voudrais élever la voix.

Tantôt molle, enchantant Toreille Comme une flûte de métal.

Ou tantôt bruyante et pa^yeille À des flots roulaniB de cristal.

Elle flotterait sur la plaine Et les ondes et les coteaux, Mêlée à la nocturne haleine Des fouilles vertes et des eaux.

Et votre groupe errant dans l'ombre Dirait: ^^ Avançons, avançons "Sans bruit sous le bocage sombre.

" Ah 1 quelle âme exhale ces sons ! '^

Soudain, chassant la branche inerte Sous ses pieds, et gonflant son col En se dressant, Taile entr'ouverte, Comme pour reprendre son vol,

▲ MES AMIB.

Le noble oiseau^ hors de lui-même.

Poussant jusqu^anx cieux allumés Sa voix, chanterait ce quMl aime:

Mes amis, ce que vous aimez.

Toi, d^abord, ô mer de feuillages, Mer glauque aux fraîches profondeurs, Forêt, forêt que les orages Jettent dans de blanches fureurs.

Comme il fait beau sous tes grands arbres

Quand Tété brûle les halliers;

Tes bouleaux, aux longs fûts de marbre,

A l'aube ont l'odeur des rosiers.

Puis le lac, que rasent folâtres Mille oiseaux, légers tourbillons ; Le lac, vaste urne aux bords bleuâtres Tout semés d^inerustations ;

Le lac peint de mirages calmes, Que Ton va voir le long des eaux, Le soir, en écartant les palmes Des fougères, — ou les roseaux.

La cascade croulante écume Que voile une pâle vapeur.

Un rayon luit, elle s'allume.

Quel prisme égale sa splendeur ?

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