‹ Alfred Garneau. PoésiesChapitre 32 sur 33 · IMITATION DE LA PIECE DE MARMETTE · texte numérisé non relu

IMITATION DE LA PIECE DE MARMETTE

Je n'ai plus rien dans Tâme, espérance ni rave. Ayant tout vu déjà jusqu'à satiété.

Et je ressemble au yacht échoué sur la grève Que ses gais matelots le soir ont déserté.

J'entends sur mon chemin les jeunes femmes dire : " D'où vient que son regard si triste, trouble tant ? " Pour le prêtre je suis un impie en délire ; Pour d'autres, le lépreux au front inquiétant.

Je suis l'aigle mourant dont les soleils de flamme Ont, dans l'abîme d air, enfin brûlé les yeux, L'aile folle, éperdu, je chancelle et je clame. Mais je pousse mon cri vainement vers les cieux.

S'il est un Dieu vivant, car c'est lui que j'appelle, Pourquoi donc est-il sourd au cri désespéré ? Le noir néant fait peur t . . . Si l'âme est immortelle. Verse en la mienne, ô Foi, ton grand jour azuré I

iDevant une graviire représcatant une Vénitieime et Me emoveiiz ou une Promenade en gondole*

DSVAirr X71TX GBATX7BE. 197

Deraiit une gxavnre rtpréientaiit une VénitMiiiie et anonrenz oa une Pronenade «n gondole

— L'heure est fraîche comme les roses De ta joue^ ô belle Ninon ; Puis vois quels tristes virtuoses Viennent chanter sous ton balcon.

Vite^ chiffonne oette gase Sur ton front !

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— Vite, envolong-nous !

— Âs-tu ta gondole Pégase, Comte Apollon ?

— Oui, venez tons. . •

Est-ce pas charmant? la lagime Semble an loin d'or^ ici lilas. . • — Denx barques qui paâ&ent I. . .

— Dans Tune

un rit. . .

— Dans Tautre on parle bas.

— Âh ! je me sens Pftme ravie Par l'heure mourante des jours.

La douce chose que la vie !

— Sam amours, Nina ? sans amours ?

DEVANT UNE OBAVUBE. 199

— Oui, sans amours . . . L'amitié calme Est douce, Tamour fait pitié.

Si j'avais à donner la palme.

J'en ferais don à Pamitié. . .

L'amour est un rêve et les hommes N'ont que d'égoïetes désirs.

— Bon! s'écrie Apollon, nous sommes Arrivés au Pont des Soupirs!

Hr *

Certes, pour ta philosophie , Elle n'est pas bonne, Ninon.

Qui ne veut aimer?

— Qui n'envie D'être aimé?— Moi!—

— Tu railles.

— ^Non.

— Tu railles, l'on verra dans Pise La tour se redresser avant Qu'on voie une enfant de Venise Santi amoureux et sans suivant.

Je n'n jamais aimé, tous dia-je.

Ni B^aimeraL

— Jamais ?

— Jamais, J'entends d'amour. Snis-je un prodige?

Ou bien un monstre? je ne sai».

— Tu braves l'amour, dit Horace, Quel armure as-tu sur le cœur ?

— Cette dentelle. . . ma cuirasse A-t-elle des défauts, soigneur ?. . .

Or, ils étaient dans la gondole Un duc, un comte, un cheyalier.

Outre, tenant une viole.

Un enfant, simple bachelier.

Ou mieux un adolescent pâle Ayant du penchant pour les vers

• Cette pièce est restée Inachevée. Mon père, très probablement, rayait oubliée dans ses cartons.

NOUS PASSAKES AT7 BOIB. 201

Nous pasBâmes au bois, dans des sentes, peu sûres En hiver — vu les loups — ^, ravissantes Tété. Ce ne sont que bouleaux ébauchant des voussures lyoù tombe, en nappe sombre, une verte clarté.

Là dévale le bois aux penchants d'une gorq^e ; En bas glisse un ruisseau, dont les miroirs brillants, Bans cette ombre piqués comme d'un feu de forge, Brasiflaient au milieu des roseaux sommeillants.

LES LILAS(ou le mois de mai)

LES ULAS. 905

LES ULAS (on le mois de mai)

A MadêmoiieUê AUaumdrine PouHot.

ville bégueule et bourrue. Ce eoir, je ne te trouye pas Laide, avec tes jardins but rue.

C'est le tempe des lilas.

Ce eoir, l'on dirait qu'une fée.

Toute jeune, change en éclats De rire ta plainte étouffée. . .

C'egt le temps des lilaa.

T/air est doux; point de vitres closes!

Les blancs vieillards mêmes sont las De rêver seuls. Partout Ton oauîse...

C'est le temps des lilas.

De musique le vent palpite.

Qui donc, qui donc chante là-bas Faust, ton mensonge à Marguerite ?

C'est le temps des lilas.

" printemps gai dompteur de Tâme ! ^ Qui n^a fait, depuis Ménélae Sur ce thème un épithalame ?

C^est le temps des lilas.

Ma voisine est à sa fenêtre.

Qu'entenda-je? elle soupire: héks!

Quelque folle peine peut-être.

C^est le temps des lilas.

Soua sa noire tresse elle est belle, Enfant aux contours délicats.

Elle soupirait; aime-t-elle?

C'est le temps des lilaa.

Je U Toû, la tête baûsée, ÂTec son érentail an bras Comme une grande aile bleasée.

C'est le temps des lilas.

Toi qui râ à traTers la brancbe.

O Lnne^ fiiifl, ne trahis pas Lea premiers pleurs d'une &me blanche.

C'est le temps des lilas.

A LOUIS FRECHETTE

A LOVifl VBiCHBTTB. 211.

A LOÏÏIS FSECHETTE

Louis, laisse, sans qu'on leur fasse

De préface, Tes poèmes prendre leur vol ; Et qu'aujourd'hui Paile refuse

Cette excuse Au pied bot, ce captif du scri.

OÙ voit-on que Toiseau des nues

Aux tortues Explique les souffles du ciel ?

Où Tois-tu que Fabeille dise

Au cytise Comment elle dore son miel ?

Gloire à Taigle ! Aux cimes fidèle,

Sa grande aile Dans son essor frôle l'éclair. Gloire aux abeilles de THymette î

Au poète^ Dont vibre rhvmne ardent et clair ! .

Si des sots critiques la foule

Qui s'écoule Au petit bruit dans les journaux, Soudain, à ta première strophe,

T'apostrophe, Laisse crier nos étoumeaux. . .

A LOUIS FBÉOHETTE. 213

Et tout à ton divin délire,

Prends ta lyre :

Des chants ! des chants ! des chants encor !

Leur raison d^être est ton génie ;

UHarmonie Est fille de la lyre d'or 1

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