Alfred Roll
OUR quiconque à suivi depuis vingt-cinq ans le mouvement de l'art français, en ses manifestations complexes, l'étude de l'œuvre du peintre Alfred-Philippe Roll offre un attrait tout spécial : Roll
apparaît dans la phalange de ceux que le talent a poussés au suceès, lors des premières années qui ont suivi la guerre, avec des qualités qui lui appartiennent en propre et ne permettent pas de l'ajouter à telle ou telle école. L'école de 1830 qui lui est antérieure d'un demi-siècle, ni l’école impressionniste qui lui est contemporaine n'ont le droit de le revendiquer eomme leur. Il n'a adopté aucune des tendances qui se faisaient jour à côté de lui; aucune des formules toutes faites qui le sollicitaient et par lesquelles, jeune, il eût été excusable peut-être de se laisser tenter.
Il a eu un idéal et une volonté; un idéal qui, pour s'exprimer, réclamerait toutes les heures de sa carrière; et une volonté qui le
conduirait, sans lassitude, à la discipline de cet idéal.
Nulle carrière en effet ne présente plus d'unité, | tandis que l'œuvre se pare de diversité : mais cette diversité n’est qu'apparente ;
tous les morceaux dont elle
se compose sont bien issus de Ÿ la même inspiration, nourris delamême sève généreuse, cherchés
ans un même effort de volonté.
L'artiste, d'ailleurs, qui mérite
raiment ce nom, doit se manifester,
ès les heures de début, par des L j intentions qui seront les intentions
Î de toute sa vie. À mesure que l’étu-
de lui mettra en main les moyens
Ÿ de parfaire ses conquêtes d’idéal,
accomplira ce que le vulgaire appelle d'un mot très large : «des J progrès »; ce que les esprits mieux | renseignés considèrent simplement comme le processus normal de À l'évolution essentielle; mais, dès ! l'abord, l'artiste doué doit embrasser tout son avenir d’un seul
gages de
regard; il doit donner des
sa personnalité, qui s’est choisi une
| voie; il doit, en ce qui concerne
a son activité psychologique, savoir où il ira et comme il ira.
D'autre part, s'il peut s'affranchir de toute tutelle d'art, de toute formule qui ne serait pas sienne, il ne peut se dérober à l'empreinte de son temps: dans l'air qu'il respire, dans la foule aux appétits variés, | aux instincts qui façonnent ses opinions, aux impressions qui se réper-
cutent de la masse sur l'individu, comme un courant magnétique qui
après avoir suivi un cable épais se divise en une infinité de courants
TPPL À 0)
pr
guidés par des fils de diamètre plus restreints, dans cette foule, il à pris inconsciemment des facons de voir et de sentir, des curiosités, des désirs, des goûts, un sens critique des êtres, des gens et des faits, par où se caractérise une époque.
Il faut bien admettre d'autre part que le peintre a une psychologie à lui, qui fait justement qu'il est peintre, et mème qu'il est peintre avec telle ou telle disposition spéciale. Dans cette psychologie, il faut remarquer la précocité à regarder, une curiosité où il se mêle une part d’admiration, plus encore que d'analyse, une prédisposition de la pensée à présenter les idées sous forme d'images, et une particulière activité dans la mémoire des perceptions nouvelles, enfin une facilité inconsciente à dramatiser et à grossir les émotions ressenties. Or, cette psychologie, qui détermine la vocation du peintre, doit aider le peintre à suivre sa vocation; et dire que tel artiste est devenu plus peintre qu'il ne l'était à telle date de sa ‘arrière, c'est peut-être reconnaitre que cet artiste ne fut jamais peintre.
Ce n’est pas le cas de Roll : depuis le paysage qu'il exécuta en 1869, dans toute la force de son admiration pour Daubigny, et avec l'audace d’un homme jeune — il est né en 1846 — qui n’a pas fait d’études spéciales, jusqu'aux chevaux corses qu'il élançait à travers la campagne en un galop de ne légende, en 1903, il est partout peintre puissant, peintre à la touche large, vibrante, avec un désir de tra-
duire la vie dans l'atmosphère, dans la lumière, dans le plein air, où
nulle pénombre ne se prête aux artifices, où il faut construire, et faire
solide si lon ne veut pas courir le risque de tomber dans linsipide fabri-
Toi - 11