VIEILLE PICARDE (MUSÉE DE BÉZIERS
de quelques lourdeurs, sensibles surtout dans les œuvres du début pour l'expression, la vie intense, la vie dans son expansion la plus significative, la vie partout où un geste, une forme, une palpitation la fait se manifester. Et c'est pour cela que, malgré l'extrême variété de ses conceptions, Roll offre en son œuvre le témoignage d’une si par aiteunité.
Il à peint des paysages dont il notait avee éclat la calme sérénité ou la splendeur tragique; il a peint des animaux dans leur anatomie par où s'expriment les instincts, et dans le cadre de nature, dont ils sont le complément nécessaire; il a peint des portraits, dans lesquels il se plaisait à interpréter ses modèles, non pas selon tu la sécheresse d’une image immobile, mais selon l’aspect intime de leur vivante activité; il a noté des types dans les faubourgs et dans les campagnes; il a surpris les foules dans les heures des liesses nationales, et dans les heures de tempêtes sociales; il
s'est envolé dans le rêve. empruntant, pour la réalisation des scènes
imaginées, la figure et la forme des êtres qui évoluaient autour de lui; il s’est emparé enfin d'une conception qui lui à permis de juger d'ensemble l'humanité dans ses individus, et dans son instinct collectif, pour une synthèse plastique, qui traduisait son âme bonne et loyale et sincère, ouverte à toutes pitiés, meurtrie de toutes les blessures, de toutes les détresses; et quelque opposées
que semblent ces manifestations
d'un talent sans cesse en éveil, il n'y a là qu'un hymne colossal et superbe à la Vie, la vie qui anime les créatures et les épuise, la Vie,
€ faiseuse de mort et d’éternité!
Et comme il a le souflle.
l'élan, la haute culture morale, qui sait réfléchir, penser, s'émouvoir sans mièvrerie, sans fadeur, à sans inopportunité, son hymne à la Vie est en même temps un hymne à la beauté. © Chaque sphère d'existence, dit Lamennais, présente un type idéal du nee. Beau, distinet du pur phénomène
sensible: et ce Beau idéal, s’élevant avec les nations, atteint dans le plus parfait des êtres connus de nous, dans l’homme en un mot. son terme extrème. Mais dans l’homme aussi il va s'élevant, selon la conception que l'homme même s'est faite de son propre exemplaire immuable, éternel, et du Beau absolu qu'il reflète. »
Ce reflet du Beau absolu, Roll l'a cherché partout, et partout il l'a retrouvé, dans l’opulente élégance du salon et dans lhumble misère de la rue, dans les êtres et les choses, dans le pittoresque des pays aux verdures envahissantes, et dans les contrées aux mélancoliques pauvretés, qui se sauvent de la monotonie par la simple grandeur de leurs
lignes poursuivies jusqu'à l'horizon, loin, très loin, comme si elles se
Apparlient à M. Siol-Deca
fondaient avee l'infini; dans l'Océan dont le tumulte gronde et menace
le ciel bas et gris; dans le rêve enfin, dans le rêve qui reprend aux lointaines mythologies ses acteurs les plus voisins de l'humanité, pour réaliser des idées qui sont autant de strophes enflammées.
Au cours des chapitres qui vont suivre, j'aurai d’ailleurs l’occasion de revenir sur cette part toute spéciale de l'effort accompli par le peintre; mais il n'était sans doute pas inutile de la signaler dès les premières pages de ce travail.
On à dit, avec quelque raison peut-être, que Roll avait suivi le sillon ouvert par Courbet, et qu'il avait profité des tendances de l’école impressionniste vers l'émancipation de la sensation à se traduire avec le concours de moyens plus sommaires, et à rechercher spécialement la lumière, l'ambiance aérienne, la transparence et la fluidité du ton. Et cependant il faut reconnaître que Roll n'est pas un artiste à la façon de Courbet, non plus qu’il n'est impressionniste à la façon de Manet, de Monet, de Sisley, de Renoir.
Il s’est appliqué à une technique qui lui a permis d'exprimer plus complètement ce qu'il voulait exprimer; mais sa technique n’est qu'un moyen, elle n'est pas un but, une discipline à laquelle il ait assujetti sa pensée : c'est sa pensée qu'il a voulu traduire, sa pensée débordante qui à exercé ses appétits visuels d'observation dans le champ infiniment vaste de l'humanité et de la vie; et il l'a fait avec une robustesse de talent qui disparait parfois sous la robustesse de sa mentalité.
Il a mis toute la nature à contribution, pour l'expression de son me, mais dans la formation de son idéal, il a eu soin de ne pas détacher son activité esthétique de toute vie utile; il ne lui à pas accordé d'être seulement contemplative : si l'interprétation de la nature est son point de départ, son but apparaît plus élevé dans cette interprétation, parce que le spectacle qu'il avait sous les yeux, où qu'il organisait pour sa vision dans ses compositions, il le regardait avec les éléments sensoriels effectifs et moraux de sa vie intérieure.
On pourrait presque définir son réalisme : la matière spiritualisée, si l’on se pénètre bien de ce fait que l’art, qu'il aime et qu'il sert avec
tant de valeur, doit aller à l’âme, l’émouvoir et l’élever.
C'est, en effet, le mérite des artistes sincères, de nous obliger, quand nous examinons leurs œuvres, à faire un retour de réflexion sur nous-mêmes, de provoquer chez nous des associations d'idées, favorables au raisonnement : et c’est à ce prix que l’art est un incomparable agent d'éducation. C’est là une vérité de tous les temps; on en à dénaturé le sens en parlant souvent de vulgarisation : la seule vulgarisation qu'il faille encourager est celle qui aide les masses à comprendre l'art, et c’est à l'art lui-même, l’art servi par un talent plein de santé et par une foi robuste dans l’accomplissement social de sa mission,
qu'il appartient de se faire comprendre.