LE JOUEUR DE SERINETTE
même une grande toile, qui restera inachevée, La petite Marie et ses
vaches : mais les indications en sont si précises, et la couleur en est
d’une touche si juste et si puissante, qu'il eût été dommage de ne pas
laisser cette large esquisse en l’état où l’a créée l'artiste dans un de ces
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4h ALFRED ROLL
féconds instants de fièvre, que l’on rencontre si fréquemment aux différentes étapes de sa carrière. En 1883, il peint un Taureau à tete notre, avec un regard étrange, un regard qui fait penser, et £n Normandie, une vache dans un pré, qui fut très remarquée au Salon. Il s'agit d’une bête blanche à larges taches rousses, qui s'avance de profil, la tête fine baissée vers le sol, le col tendu; près d’elle, un coq passe, raide sur ses ergots, en quête de quelque grain; au fond, sur le seuil de la ferme qui s'élève en bordure du pré, la fermière fait boire une fillette, et d'ici et de là on aperçoit des figures joufflues d'enfants, grisées d'air sous le ciel ensoleillé ; ici nul moyen artificiel de séduction : le peintre dit ce qu'il a vu; il le dit avec une sincérité intelligente et un désir, écouté d’ailleurs, de nous faire saisir tout ce qu'il y a de beauté saine dans ce coin de nature.
En 1884, le maître expose un Jeune taureau, une étude franche, que retient le Cercle de l'union artistique; en 1885, il assiste, en un coin de campagne, à une scène qui est pour lui l’occasion de fixer des mouvements peu habituels; une vache, devenue subitement furieuse, s'élance sur la paysanne qui la garde; et celle-ci se sauvant à toutes jambes gagne une barrière derrière laquelle elle cherchera protection; c'est l'œuvre exécutée en grisaille, qui porte dans l’œuvre le titre de : du pâturage. Ceci n’était qu'un épisode pendant le travail du tableau que préparait Roll, tableau exposé au Salon de la même année sous le titre de : Femme au taureau. En 1888, reprenant son thème d'étude, Roll fit l’Ænfant au taureau, qu'il exposa au Salon de l’année suivante; on en connaît le sujet : dans un pré, dont l'horizon se limite, vers la droite, par les constructions d’une ferme, et par une lointaine ceinture | de collines, un gamin, le torse nu, le pantalon formant ourlet sur les sabots, tient par la longe un taureau brun, à taches blanches, vu de trois quarts à gauche et de dos. La bête est traitée à larges coups de pinceau, sous le jour calme, où papillonnent de transparentes vapeurs; sur le pelage gras, des reflets courent; on devine que le taureau n'aime pas à se sentir observé, et qu’à sa respiration bruyante, qui soulève ses flancs robustes, il doit manifester quelque impatience de la presque ; immobilité où on le retient. Cette œuvre de couleur superbe et de belle
science de dessin fait partie des collections du musée de Béziers.
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