ESTHÉTIQUE DE SENTIMENT — LA VIE PRÈS DU CŒUR
L'ÉMOTION INTIMISTE
E suis tenté d'isoler, en quelques pages, l'examen de plusieurs
œuvres du maître qui l’eussent classé parmi les peintres de genre,
s'ils’ y était arrêté, où mieux, s'il s'y était répété. Ce n’est pas à dire que ces œuvres soient d’une inspiration toute dillérente de celle qui dicta à son esthétique sa direction originale; mais elles émanent certainement d’un ensemble de circonstances où il lui était permis de traduire un sentiment plus intime, plus près de son cœur, plus éloigné de ce que l'artiste crée pour le publie. Il y a ainsi, dans l'œuvre des peintres, des pages que l’on devine réservées à leur émotion égoïste et, par là, j’entends des pages dont ils sont seuls capables de
gouter toute la sa eur,
toute la pensée créatrice. Il semble même que ce serait les priver d’une
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sorte de mystérieux parfum que de les livrer à l'atteation — où à l'inattention — de la foule distraite.
Mais, dans une étude comme celle-ci, il n'est pas permis de les envelopper de silence; d'autant qu'elles établissent que l'artiste qui poursuit un but ne peut quitter la voie qu'il s'est choisie, même lorsqu'il se repose en une œuvre d'à côté, des concepts par lesquels il ponetue les étapes de sa carrière.
Ainsi le Gouter, là False, les Troyens à Carthage, le Retour du bal, la Malade et Maternité.
Un jour, le peintre à vu l'enfant gravement assis à table, à l'heure du goûter : sa bonne est près de lui, surveillant l'alimentation, apportant les précautions nécessaires à chaque bouchée prise, stimulant la paresse du petit à manger quand ses jouets le sollicitent, déjouant ses ruses ingénues pour prendre ce qu'on lui défend, et rejeter ce qu'il faut qu'il prenne, toute cette manœuvre difficile que connaissent bien les mères, car il s’agit d'obtenir un résultat, et d'obéir aux règles de l'hygiène, aux injonctions du docteur peut-être, sans provoquer ni larmes, ni entétement. Roll à dit tout cela, avec beaucoup de taet, d'esprit, et aussi de tendresse. Le petit ne semble pas décidé à céder. Il à les veux qui sourient, mais je crois bien que les larmes ne sont pas loin sous les paupières; ses lèvres se serrent en une lippe significative ; ses mains se ferment avec une volonté où l’on perçoit un caprice ; mais la cuiller est là, devant lui, tenue par une main patiente, et, après cette cuiller, il faudra en avaler d'autres, car l'assiettée n’est pas près d'être absorbée. C'est la petite comédie au foyer; c'est de la vérité et de la vie, avee, en plus, une part d'anecdote qu'il est impossible de ne pas apercevoir. Une autre fois, le peintre a remarqué, dans un bal, deux danseurs : une nuque blonde, des cheveux blonds ardents, et une barbe noire, et, dans le mouvement rythmé par la musique, il lui à paru curieux de noter le visage à barbe noire et les belles épaules auxquelles les cheveux faisaient comme un diadème de feu : et c’est la ’alse.
Dans le tableau du Salon de 1904, c’est le soir; le salon est encom-
bré de fleurs. Le piano est ouvert, une jeune femme joue la partition des
Froyens à Carthage, l'œuvre austère et tragique de Berlioz; près d'elle,