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CHAPITRE III

LA PÉRIODE DE STAGNATION (1864-1879

L’insurrection des Ouled -Sidi-Cheikh. — La guerre francoallemande de 1870. — Colonnes du Sud-Ouest : de Colomb, Colonieu; expédition du général de Wimpffen dans l'Oued- Cuir. — Colonnes du centre : de Lacroix, de Galiffet. — Les explorations : Dournaux Dupe. ré et Jo ’bert (1873-74).

— Soleil lot (1874). — Largeau (1875 77). — Louis Say 1876-77). — Les missionnaires du cardinal Lavigerie : les Pères Paulmier, Ménoret et Bouchard (1875-76) ; les Pères Richard et Kermabon (1879). — Colonisation de l’Oued-Rir.

— La mer intérieure : Mission Roudaire (1876). — Le Sahara de Pomel. — Masqueray au Mzab. — Conclusion.

La date de 1864 marque une coupure profonde dans l’histoire des explorations sahariennes. Jusque-là, la pénétration avait suivi une marche régulière et normale. Nous n’avons eu garde d’exagérer les résultats des explorations de Duveyrier et de Rohlfs, non plus que du traité de Ghadamès. Cependant, c'étaient là des faits d’une importance indéniable. En 1S64 survient un arrêt prolongé ; une suite de circonstances malheureuses, que nous indiquerons successivement, interrompt la marche en avant : elle n’a été reprise que tout récemment, malgré quelques efforts trop passagers et souvent malheureux. L’esprit de suite, la confiance en soi, l’exacte compréhension des conditions physiques et économiques nous ont presque toujours fait défaut et ont paralysé notre politique.

La grande insurrection des Ouled-Sidi- Cheikh est le premier de ces fâcheux événements qui ont arrêté la

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pénétration au Sud de l’Algérie. Si Hamza mourut subitement à Alger le 21 août 1861, probablement empoisonné à l’instigation du parti intransigeant de la famille, qui ne pardonnait pas au marabout sa soumission à la France (1). Son fils Si Sliman, nommé bach-agha, ne sut pas comme son père résister aux sollicitations de son entourage. Poussé par son oncle Si Lala, il fit défection et souleva contre nous les populations de son commandement (2). La révolte des fils de Si Hamza et du Sud-Oranais, commencée en 1864 par l’anéantissement à Aouinet-bou-Beker de la petite colonne du colonel Beauprêtre, devait durer près de vingt ans (1864-1883). « La longue durée de cette rébellion surprend au premier abord. Il en faut sans nul doute chercher la cause dans le dévouement des populations du Sud-Oranais envers leurs chefs religieux, dans la nature du pays, dans la difficulté des communications, et aussi dans les événements de 1870, qui vinrent se jeter à la traverse de toute action vigoureuse dans ces contrées lointaines (3). » Il faut aussi tenir compte de l’ignorance où l’on était trop souvent à Paris des véritables données du problème, des tiraillements entre Alger et Paris et des incertitudes qui en résultaient. Enfin, « pour prolonger la lutte, les O'uled-Sidi-Cheikh avaient, au-delà et en dehors du rayon de notre influence, des points d’appui et des asiles, des partisans et des moyens de ravitaillement dans les oasis de l’Extrême Sud. Par là, ils étaient pour ainsi dire insaisissables, et ils nous le

(1) Documents, II, p. 817-818.

(2) Documents, II, p. 823.

(3) Jules Cambon, Documents, II, préface, p. XI.

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firent bien connaître (1). » Toujours vaincus et semblant chaque fois à la veille d’un anéantissement complet (2), les Ouled-Sidi-Cheikh reparaissaient bientôt à la tète de nouvelles forces, lançant à l’improviste les bandes de pillards à leur dévotion sur nos administrés, trouvant des auxiliaires non-seulement parmi les quelques dissidents de nos tribus restées attachées a leur fortune, mais encore parmi ces turbulents nomades marocains qui ont leurs parcours au Sud-Ouest de l’Algérie.

C’est de ce côté qu’il fallait agir, comme nous y autorisait d’ailleurs le traité de 1845, et qu’on agit en effet. En 1865, le colonel de Colomb (3), après un repos de cinq ans, poursuivit ses expéditions antérieures dans le Sud-Ouest. En avril 1866, il vint camper à El Ardja, à 2 kilomètres des ksour de Figuig, mais sans qu’il lui fût permis de s’attaquer à ce foyer de désordre. En 1867, le général Deligny (4) proposa au Gouverneur général, le maréchal de Mac-Mahon, de diriger une expédition contre Figuig. Il montrait que l’apparition d’une force imposante devant Figuig aurait un immense retentissement dans toute la zone saharienne, aussi bien celle dépendant de l’Algérie que celle relevant du Maroc : « Dans ma conviction, disait-il, l’opération est très bonne, sera fructueuse en résultats et pourra clore pour des années l’ère des insurrections. Dans aucun cas, elle ne saurait rien présenter de dangereux et de compromet-

il) J. Cambon, ibid.

(2) Documents, II, p. 81.

(3) Duveyrier, Historique, p. 242.

(4) Documents, II, p. 515.

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tant (1). » Mais cette manière de voir ne tnt pas adoptée par le Gouvernement.

Cependant les nécessités de la lutte avec les rebelles amenèrent encore une fois sous les murs de Figuig le colonel Colonieu, en avril 1868 (2). Ce fut la dernière expédition jusqu’à celle du général de Wimpffen en

Le général de Wimpffen ne fut autorisé à entreprendre son expédition de l’Oued-Guir, rendue nécessaire par une situation menaçante, qu’à la condition expresse de ne point s’attaquer à Figuig et de ne pas même s’en approcher. En ne lui laissant pas toute latitude, on empêcha sa colonne d’avoir tous les résultats qu’un en pouvait attendre. Les conséquences furent néanmoins importantes, tant au point de vue géographique qu’au point de vue politique (3). L expédition de l’Oued-Guir imprima aux turbulentes populations du Sud-Ouest une haute idée de notre puissance, en enlevant aux Ouled-Sidi-Cheikli la plus grande partie de leurs moyens d action ; elle maintint dans le devoir les tribus hésitantes ; surtout, c’est grâce à elle que la guerre franco-allemande de 1870 et l’insurrection algérienne de 1871 n eurent pas leur contre-coup dans le Sud-Oranais, dont la tranquillité

(1) Documents, II, p. 517.

(2) Duveyrier, Historique, p. 245 (d’après PERROT). — LÉON Perrot, Itinéraire de Geryville à Figuig et retour (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1881, p. 273). — Colonieu, Colonne de Geryville en 1868 (Bull. Soc. Géogr. d'Oran, 1891, p. 293).

(3) De Wimpffen, L’expédition de l’Oued-Guir (Bull. Soc. Géogr. Paris. 1872, lor semestre, p. 34, av. carte). — A. Fillias, Récits militaires, L’expédition de l’Oued-Guir, in-8a, Alger, 1870. — Itinéraire de la colonne de Wimpffen à 1/400. 000e, levé par le capitaine Kessler, autographié au bureau de 1 Etat-Major, Alger, 1870.

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ne fut pas troublée (1). Deux succès remportés à Benoud (1871) et à Nefich (1874) sur les Ouled-Sidi- Cheikh achevèrent la défaite des dissidents.

En Algérie comme dans le monde entier, la guerre de 1870 nous imposa une période de réserve pendant laquelle nous dûmes en quelque sorte nous replier sur nous-mêmes, pour guérir nos blessures et attendre le retour de nos forces. Cependant l’insurrection de 1871 avait rendu une intervention nécessaire dans la région du Sud-Est. En 1866, à la suite de l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh, l’aghalik d Ouargla avait été rattaché à la province de Constantine et placé sous le commandement d’un grand chef indigène, le caïd Ali Bey ben Ferhat, qui commandait en même temps l’Oued-Rir et le Souf et s’installa à Touggourt. Il se montra insuffisant, et son action maladroite amena en mai 1871 le massacre de la garnison et d’une partie de sa propre famille par le faux Chérif Bou-Choucha (2). Peu de temps après (décembre-janvier 1871), Touggourt et Ouargla étaient réoccupés par le général de Lacroix; le lieutenant-colonel Gaume et le commandant Rose poursuivirent quelques révoltés jusqu’à Aïn-Taïba, à la limite du grand Erg (3). L’année suivante (janvier 1873), la colonne du général de Galiffet (4), torte

11) Documents , II, p. 82.

A lgerL 1 89 f,Np .^83°e 6L1 ! ’‘,nsurrec^on * ™71 en Algérie , in-S»,

minHanPR^wc Ouvr. cité, p. 631 (d’après le rapport du commandant Rose, av. croquis a lappui).

0) H. Iarry, Colonne expéditionnaire du Général dp Galiffet dans le Sahara (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1873, f fi - Gau tame Parisot. D' Ouargla à El-Goléa (ibid. . p. 325) — Düveyrifr La région entre Ouargla et El-Goléa (Bull. Soc. Géogr. Paris 187 ’

Chaanbà mvîrt deT> ItineTfaires dans le Pays des

Gnaanba 185J-73 (Duveyrier, Rose, Parisot) à 1/1,600,000®.

LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE

de 700 hommes environ, se dirigeait sur El-Goléa par la route de l’Ouest, qui passe par Hassi-el-Hadjar, Hassi-Berghaoui, Hassi-el-Ziara. Arrivée à El-Goléa le 24 janvier, elle trouvait l’oasis évacuée par les habitants, qui avaient seulement laissé quelques nègres à la garde des maisons. Le 1er février, le général de Galiffet reprenait le chemin d’Ouargla qu’il atteignait par la route directe en 7 jours (1). Cette petite expédition eût dû avoir par conséquence immédiate l’occupation du Touat et du Tidikelt, qui s’attendaient à nous voir continuer notre marche en avant et nous envoyaient des protestations d’amitié. Malheureusement, ce fut un effort sans lendemain. Ne pas dépasser Ouargla était une politique, occuper le Touat en était une autre ; nous n’avons su nous arrêter à aucune de ces deux solutions, et nos hésitations ont duré vingt-cinq ans.

Dans les conditions nouvelles où se trouvait l’arrière-pays de nos possessions algériennes, par suite de l’insurrection algérienne et de la guerre de 1870, l’exploration individuelle ne pouvait guère être fructueuse. Aussi les tentatives isolées faites pendant cette période, le plus souvent sans l’aveu ou contre le gré du Gouvernement, n’ont-elles guère donné de résultats, pas plus pour la géographie que pour la

(1) Il résulte des recherches faites à notre demande par M. le commandant Laquière, ainsi que des renseignements recueillis par lui auprès du bachagha Si-Lakhdar, que le géné ral de Galiffet n'a laissé aucune garnison à El-Goléa, contrairement à l’assertion de M. P. Vuillot (p. 1 1 6) , qui parait reposer sur une erreur.

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pénétration religieuse ou commerciale. Les rares explorateurs sahariens de cette époque sont d’ailleurs, pour la plupart, des hommes sans culture et sans préparation, incapables de voir et d’observer, pleins d’ignorance et de présomption. Nous sommes loin des espérances qu’avaient fait concevoir les Duveyrier et les de Colomb. Au point de vue scientifique comme au point de vue politique, nous entrons dans une période d’effacement et de stagnation.

En 1874, Dournaux-Dupéré, ancien commis de la marine, ancien instituteur à Frenda, accompagné de deux négociants, l’un Français, Joubert, l’autre originaire du Souf, projetèrent de gagner le Niger par l’Ahaggar, mais, modifiant leurs plans primitifs, ils voulurent auparavant s’assurer l’appui d’Ikhenoukhen. C’était en somme faire l’épreuve de la valeur réelle du traité de Ghadamès (1). Dans ce but, ils se rendirent d’abord à Ghadamès, pour de là gagner Ghat : « Les Touareg que j’ai vus ici, écrivait Dournaux- Dupéré à Duveyrier, se souviennent parfaitement du traité et s’en félicitent : le moment est des plus favorables à une reprise sérieuse des relations avec eux (2). » Cependant, quelques jours plus tard, les trois voyageurs étaient assassinés au Sud de l’Oued Ohanet, à l’instigation, dit-on, des négociants de Ghadamès, jaloux de voir les Français s’engager sur les routes suivies par leurs caravanes. D’après le récit fait par un chef targui de Ghat à l’explorateur alle-

0) Schirmer, Le Sahara, p. 382.

(2) Bull. Soc. Géogr. Paris, 1874, p. 161.

LA PENETRATION SAHARIENNE

mand Erwin de Bary, les Ifoghas et les Imanghasaten n’auraient pas été étrangers an meurtre (1).

La même année, un voyageur de commerce, Paul Soleillet, qui avait déjà visité le Sud-Algérien et le Mzab, se propose, comme tant d’autres avant et après lui, de réunir l’Algérie au Sénégal par Tombouctou.

Il était chargé par la Chambre de Commerce d’Alger de « reconnaître la route d’Alger à l’oasis d’In-Salah par Laghouat, le Mzab et El-Goléa ; de présenter aux populations du Sahara central des échantillons de nos produits manufacturés et de tâcher de ramener avec lui, à son retour, des négociants du Sahara central, porteurs de quelques marchandises du désert et du Soudan. » Une pareille mission, comme l’événement le démontra, n’avait aucune chance de succès. Quittant El-Goléa, accompagné de quatre indigènes seulement, il se dirigea rapidement sur In-Salah ; arrêté au ksar le plus septentrional de ce district, celui de^Miliana, il reçut l’ordre de sortir immédiatement de l’oasis ; il demanda une réponse aux lettres de la Chambre de Commerce et de l’agha de Touggourt, on ne voulut même pas les ouvrir ; menacé de mort, il dut remonter sur son méhari à onze heures, le même soir (2). Son voyage n’avait eu aucune espèce de résultat d’aucune sorte. « M. Soleillet, écrivait très justement M. Duponchel (3), voit plutôt le lait du voyage en

11) Schirmer, Le dernier npport d’un Européen sur Ghat et les Touareg de l Air, in-S-, Paris, 1898, p 22-23. Çf- Ja version donnée par le P. RICHARD, Missions Catholiques, 1881, P-

(2) PP. Soleillet, Afrique occidentale, Algérie, Mzab, Tidikelt, jn-8°, Paris, 1877, p. 90, 222. Cf. Schirmer, Le Sahara, p. 381.

(3) Duponchel, Lettre à la Commission du Transsaharien, Montpellier, 1880, p. 14.

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lui-même que l’utilité des renseignements qu’il pourrait en rapporter. Ne s’imposant d’autre tâche que de nous tenir au courant de ses moindres incidents de route, il croit fort inutile de porter son attention ou d’appeler la nôtre au-delà. » Son rapport à la Chambre de Commerce (1) témoigne qu’il était presque sans culture ; aucune route, aucun croquis d’itinéraire ne permet de suivre sa marche, et les observations d’orientation qu’il a laites sont si défectueuses, qu’on sait à peine quelle route il a suivie (2).

Une proposition d’un avocat, nommé Léon Seror, qui voulait aller installer un marché à El-Goléa et créer un poste de résident commercial à In-Salah, avec le titre de consul de France, ne fut pas prise en considération et ne méritait évidemment pas de l’être.

Les seules explorations qui, dans cette période, offrent quelque intérêt, sont celles de Victor Largeau quoi qu’elles n’aient pas eu non plus de bien grandes conséquences. Largeau résolut de s’adresser aux négociants mêmes de Ghadamès, pour essayer d’ouvrir ces régions au commerce français ; en 1875, remontant d’abord l’Igharghar, il gagna Ghadamès par Hassi-Bothin et rentra par El-Oued, après avoir obtenu des promesses encourageantes ; les négociants s’engageaient à faire bon accueil à nos commercants

et à entrer en relations d’affaires avec nos marchés

(1) P. Soleillet, Exploration du Sahara central, Voyage d'Alger à l'oasis d'Inçalah. Rapp. présenté à la Chambre de Corn, merce d’Alger, Alger, f«, autogr., 1876. V. aussi MacCarthy, Le cas de M. Soleillet (Bull. Soc. Géogr, d’ Alger, 1880, p. 116),

(2) Documents, IV, p. 238,

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du Sud-Algérien. L’aimée suivante, accompagné cette fois de trois jeunes gens, Louis Say, Gaston Lemay et Faucheux, Largeau se rendit de nouveau à Ghadamès par Berresof. Il garantissait aux Ghadamésiens la vente de leurs marchandises aux prix de Tripoli et une entière sécurité pour la route, s’ils voulaient bien se rendre en Algérie avec des produits du Soudan. Il reçut de belles paroles et se croyait certain de détourner au moins une caravane vers Touggourt (1). Mais quand le jour fut venu de l’accompagner à son retour, les Ghadamésiens prétextèrent les menaces des Turcs de Tripoli, tandis que le kaïmakan niait avoir reçu aucune lettre du pacha. Il fut contraint de reprendre la route d El-Oued, ne ramenant ni un négociant, ni une charge de marchandises.

En 1877, Largeau tenta de se rendre au Tidikelt. Après un séjour prolongé à Ouargla, il s’avança jusqu’au Hassi-Zmeila dans l’Oued-Mya, mais, effrayé des menaces des gens d’In-Salah, qui avaient écrit aux Chaanbas d'Ouargla de ne pas conduire d’infidèles dans leur pays, il abandonna ses projets et revint sur ses pas. Largeau a raconté ses deux voyages à^ Ghadamès dans de nombreux articles et dans un ouvrage sans prétention scientifique, mais qui n’est pas dépourvu d’intérêt et de couleur (2). En 1876-77, l’enseigne de vaisseau Louis Say descendait d Ouargla à Aïn Taïba, explorait les Gassi jusqu’à El-Biodh et s’avancait jusqu’à Temassinin.

(1) SCHIRMER, Le Sahara, p. 383.

(2) V. Largeau, Le pays de Rirha, Ouargla , voyage à Rhaaamès, in- 16, Paris, 1879. Cf. Bull. Soc. Géogr. Paris, 1877, 1“ sem., p. 35. V. Largeau, Le Sahara algérien, in-16°, Paris, 1881.

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Le cardinal Lavigerie avait rêvé de répandre le christianisme parmi les populations noires de l’Afrique et il espérait lui aussi atteindre le Soudan par la voie du Sahara. La Société des Missionnaires d’Alger ou Pères Hlancs, fondée après la famine de 1867, fut organisée définitivement en 1874. Les Pères Blancs furent d’abord établis à Biskra, Géryville, Laghouat et Metlili. De cette dernière ville partirent, en 1876, les Pères Paulmier, Ménoret et Bouchard ; ils furent assassinés par leurs guides un peu avant d’arriver à Hassi-Inifel. Ces guides étaient des Touareg qui, chassant avec des Chaanba dissidents au 8. du Mzab, avaient été capturés par les nomades algériens et envoyés à Alger ; l’année précédente, on les avait déjà proposés comme guides à Largeau, qui les avait refusés. Ils offrirent eux-mêmes leurs services au cardinal Lavigerie, qui eut le tort d’ajouter foi à leurs protestations de dévouement.

Cet insuccès ne découragea pas Lavigerie ; il résolut d’essayer de la voie de Ghadamès, qui avait toujours été reconnue un peu moins dangereuse que celle de l’Ahaggar. En 1879, les Pères Richard et Ivei mabon pai tent de Ghadamès, parcourent la région des Azdjer pour 1 étudier, se mettre en rapport avec ses habitants et chercher le point le plus favorable à l’établissement d’une station de missionnaires. Guidés par des Touareg Ifoghas, ils s’avancent jusqu’à l’Oued-Tikkammalt, au N.-W. de Chat, gagnent de là le lac Mihero, pour remonter ensuite sur le lac Menkhough et Temassinin, d’où ils rentrent à Ghadamès après une absence de 56 jours. Ils avaient recueilli d utiles renseignements géographiques et

LA PÉNÉTRÂT: ON SAHARIENNE

noué de bonnes relations avec les plus importantes tribus Azdjer, notamment les Ifoghas et les Imanghasaten.

Les sondages de l’Oued-Rir (1), interrompus en 1866, furent repris en 1873 : le débit de la nappe artésienne avait diminué dans la plupart des oasis, et Sidi-Khelil, où l’on n’avait pu creuser profondément, par suite de la fluidité des sables, souffrait de la sécheresse malgré ses 27 puits. Un sondage poussé à 90 m. lui donna une source de 1.200 litres, tandis qu’une autre de près de 2.000 litres rendait la vie à l’oasis d’El-Berd (2). Enfin l’initiative privée intervenait aussi dans cette région. En 1878, comme l’Administration des Domaines mettait en vente les terrains séquestrés après la petite insurrection d’El- Amri, MM. Eau, Fernand et Albert Foureau se firent adjuger la petite oasis de Foughala, au Zab, et deux autres oasis ; ce fut l’origine de la Compagnie de V Oued-Rir .

C’est également à la création de quelques oasis nouvelles que devaient aboutir en fin de compte les missions et les projets du commandant Roudaire. Les grands chotts qui s’étendent au Sud de la province

(1) Schirmer, Le Sahara, p. 424. x

(2) Jus, Les forages artésiens dans la 'province de Conslantine, Constantine, 1870. — Résumé graphique des sondages dans la province de Conslantine, Constantine, 1890. — G. Rolland, Sur les sondages artésiens et les nouvelles oasis françaises de l'Oued-Rir, in-8°, Paris 1887, extr, C. R. A.Sc. — Ici., L'oued Rir et la Colonisation française du Sahara (Bull. Soc. Géogr. comm., 1887, p. 663. Cf. Revue scientifique, 18 juin 1887.

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de Constantine et de la Tunisie, jusqu’au fond du golfe de Gabès, sur une longueur de 375 kilomètres, avaient déjà depuis longtemps attiré l’attention des savants (1), et dès 1845, M. Virlet-d’Aoust établissait qu’un des plus importants de ces bas-fonds, le chott Melrir, était au-dessous de la Méditerranée. Plus tard, les observations barométriques faites par MM. Vuillemot, Marès, Dubocq, Ville, avaient également donné des altitudes inférieures au niveau de la mer ; mais les résultats obtenus présentaient entre eux d’assez grandes discordances. En 1872, le Ministre de la Guerre chargea le capitaine Roudaire et le capitaine Villars d’exécuter les opérations géodésiques de la méridienne de Biskra. Le nivellement trigonométrique fait en 1873-75 fournit la preuve que le fond des chotts Melrir et Rharsa se trouvait à 24 m. en moyenne au-dessous du niveau de la mer. M. Roudaire conçut alors la pensée qu’il serait possible, en introduisant les eaux de la Méditerranée dans la région des chotts, de faire pénétrer la fertilité, le commerce, la vie jusqu’au cœur du Sahara algérien. M. de Lesseps prêtait à ce projet l’appui de son influence. Il fallait tout d’abord s’assurer de l’altitude du chott PjeriJ et de la véritable nature des seuils qui le séparent de la mer et du Rharsa. Tel fut l’objet de la mission que reçut M. Roudaire en 1876; vérification faite, il dut convenir que le niveau du Djerid se trouvait au-dessus du niveau de la mer.

(1) Nous empruntons tout l’exposé qui suit à L. LANIER, L'Afrique, Leclwes géographiques, p. 338 (9e édition, 1 897 ) . M. L. Lanier donne la bibliographie complète de la question, p. 344.

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M. Pomel (1), directeur de l’Ecole supérieure des Sciences d’Alger, contesta qu’il y ait eu dans l’antiquité, comme le soutenaient les partisans de la mer intérieure, communication entre la Méditerranée et les chotts ; il exposa les faits dans diverses notes présentées par lui à l'Académie des Sciences, en 1874-75. En 1877, Pomel obtint une mission à l’effet d’étudier les formations littorales de la côte orientale de la Tunisie, le seuil de Gabès et les dépôts du voisinage des chotts tunisiens ; ses idées sur la véritable nature de ces dépôts et sur l’existence d’un seuil crétacé se trouvèrent pleinement démontrées (2). M. Pomel refusait aussi de croire à la modification du climat de l’Algérie qu’on escomptait, et estimait la dépense nécessaire à un chiffre beaucoup plus élevé que M. Roudaire. D’autres objections étaient formulées par Fuclis, Cosson, etc. sur les conséquences plus que douteuses de l’entreprise. Aussi, dès cette époque, le projet de mer intérieure peut être consi déré comme condamné. Pu 1882, une commission, chargée par le Gouvernement d’examiner le projet Roudaire, conclut qu’il n’y avait pas lieu, pour le Gouvernement français, d’encourager l’entreprise.

Des idées plus exactes sur la constitution géologique et la véritable nature du Sahara commençaient d’ailleurs vers cette époque à pénétrer dans le public.

(1) E. Ficheur, Notice biographique sur Pomel, Bull. Soc. Quoi. Fr. 1899, p. 191.

(2) M. Pomel n’a publié ses observations en détail qu’en 1884, sous le titre de Géologie de la côte orientale de la Tunisie et de la Petite Syrie {Bull, de l'Ec. super, des Sciences d'Alger , in-8°, Alger),

LA PÉRIODE DE STAGNATION

En 1872, Pomel (1), mettant à profit les observations recueillies au cours de son voyage de 1862 et les documents fournis par les explorateurs, publiait une étude d’ensemble sur le Sahara (2), œuvre de haute valeur, dans laquelle il rectifie les idées erronées qui avaient cours sur la géographie physique de cette contrée et discute, pour répondre au désir exprimé par Edouard Lartet, les questions relatives à l’hypothèse d’une mer saharienne à l’époque quaternaire. Pomel montre que les pays de l’Atlas se rattachent à l’Europe par leur structure géologique et sont séparés de l’Afrique par le Sahara. Il présente un aperçu géographique des différentes régions naturelles du Sahara, bassin des chotts, Hamadas, Areg. Il fait justice des conceptions répandues alors sur l’extension des dunes et leur infertilité absolue et montre que les parties les plus stériles et les plus désolées du désert sont au contraire les Hamadas. Au Congrès de l’Association française pour l’avancement des Sciences à Clermont-Ferrand, en 1876, Pomel revint sur ces questions et exposa, dans un résumé d’une remarquable précision l'État actuel de nos connaissances sur la géologie du Soudan, de la Guinée, de la Sénégambie et du Sahara. » Comme directeur de l’Ecole Supérieure des Sciences et du Service de la carte géologique de l’Algérie, Pomel devait, pendant de longues années encore, contribuer à l’étude scientifique du Sahara, de sa constitution stratigraphique, des phases

(1) Ficheur. Notice nécrologique, p. 199 et 212.

(2) Pomel, Le Sahara, observations de géologie et de géographie physique et biologique (Bull. Soc. climatolog. d'Alger, 1872).

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de son climat, de ses faunes anciennes, de ses dessins rupestres.

Une autre mission scientifique nous a fait connaître exactement les curieuses populations du Mzab : ce fut celle qu’obtint M. Masqueray, en 1878. Il y séjourna près de deux mois (1) et en rapporta de précieux documents, les livres historiques, législatifs et religieux des Beni-Mzab, la Chronique d’Abou- Zakaria, le Kitab-en-Nil. Il traduisit et commenta la Chronique, histoire de la secte ibàditeetdes origines de ce curieux groupe religieux, publia, l'année suivante, une Comparaison du dialecte des Zenaga du Sénégal avec le vocabulaire des Chaouïa et des Beni-M1 2 3 zab (2). Lorsqu’on organisa l’enseignement supérieur à Alger, en 1880, Masqueray, comme professeur et directeur de i’Ecole des Lettres, continua à donner, tant par lui-même que comme directeur du Bulletin de Correspondance africaine, de précieuses contributions à la connaissance de la géographie, de l’histoire, de la linguistique du Sahara.

En 1876 parut la première édition de la carte générale de l’Algérie à 1/800. 000e en 4 feuilles, publiée par le Dépôt de la guerre ; elle s’étend jusqu’à la latitude d’El-Goléa (3).

Sauf ces résultats scientifiques et les résultats locaux obtenus dans l’Oued-Rir, on voit que la période qui va

(1) Augustin Bernard, Emile Masqueray, notice nécrologique ( Revue Africaine, 1894, p. 350). Cf. E. Masqueray, Chronique dt Abou-Zakaria, in-8°, Alger, 1879, introduction.

(2) Archives des Missions, 1879, 3e série, tome V.

(3) Documents, II, p. 941.

LA PÉRIODE DE STAGNATION

de 1864 à 1879 mérite véritablement le nom de période de stagnation sous lequel nous l’avons désignée. Si l’insurrection des Ouled-Sidi -Cheikh et la guerre de 1870 expliquent assez l’origine de cette stagnation, on ne voit pas pourquoi elle s’est prolongée aussi longtemps. Or, en pareille matière, ne pas avancer c’est reculer. Au point de vue de l’occupation, la marche naturelle des choses nous conduisait à prendre possession du Touat et à nous assurer de gré ou de force de la route de Ghadamès et de Ghat. Nous n’avons osé agir ni à l’Est, ni à l’Ouest ; l’expédition d’El-Goléa a été une demi-mesure sans utilité, qui n’a fait, en quelque sorte, que souligner notre faiblesse, de même que, dans nos expéditions du S.-W., nous semblions avoir peur des ksouriens de Figuig. Enfin, en 1874. Ghat, qui avait vécu indépendante jusque-là, fut occupée par les Turcs. L’importance de cette prise de possession, contre laquelle nous aurions pu protester et que nous aurions pu empêcher, nous échappa complètement à ce moment (1). Au point de vue de l'exploration, les résultats sont nuis ; ceux des rares explorateurs qui ne sont pas de simples martyrs de la foi ou de la science sont trop mal préparés et passent trop rapidement pour pouvoir faire oeuvre utile. Ils ne rapportent ni itinéraires soigneusement levés, ni observations scientifiques, trop heureux de rapporter leur tête sur leurs épaules. Au point de vue commercial, les illusions, explicables pendant la période précédente, se maintiennent et s’aggravent, malgré les

(1/ Commandant Rebillet, Revue des sciences pures et appliquées, 1890, p. 1162.

LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE

démentis de l’expérience. Dans la pratique, les caravanes du Sud ont complètement abandonné le chemin de l’Algérie, et aucun échange de queique importance ne se fait par cette voie avec le Soudan. Les projets de chemins de fer transsahariens vont pendant quelques années modifier cet état de choses et provoquer toute une série de missions importantes.

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