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CHAPITRE X

La Loi des races.

La politique coloniale met en relations des hommes de races différentes. Il est donc nécessaire de préciser la réalité des races, puis de chercher si cette réalité ne donne pas des lois qui seraient alors fondamentales.

L’évidence apparaît en certitude à l’esprit des bonnes gens, des hommes simples, car il n’est pas besoin de la prouver; il suffit de la constater. Mais il y a des gens d’esprit excessivement subtil, à qui les réalités évidentes doivent être plus que montrées, démontrées. Le sophiste a la vie dure. Il revient. Pour le motif louable et généreux que le progrès de l’humanité vers le commun bonheur exige plus grande justice dans les relations des hommes, voici maintenant qu’on nie la race. On la dit un préjugé.

Cependant le bon sens universel a constaté

qu’il y a différents climats où vivent des hommes qui ne se ressemblent point. On a vu, senti, compris qu’il y a notamment des pays froids, des pays chauds, des hommes blancs, noirs, jaunes... De même qu’il n’était pas possible que l’on fît erreur en différenciant un pays sous le tropique d’un pays sous le cercle polaire, il n’était pas davantage possible qu’on s’illusionnât en voyant qu’il y a différence entre un noir et un blanc.

C’est pourquoi la notion de la réalité de la race est aussi ancienne que la conscience humaine.

Cette notion fut abominablement exploitée, mal employée.,. D’accord.

Puis, la réalité n’en fut pas rigoureusement définie... J’en conviens encore. Les critiques ont raison de dire que les distinctions d’école, fondées sur la morphologie (anthropologiê classique) ou sur la psychologie (système du Dr Le Bon) n’offrent pas suffisante précision pour qu’un esprit, voulant à la vérité l’absolu, puisse les accepter.

Mais, qu’une évidente réalité soit mal interprétée et mal définie, cela, pour autant, ne donne à personne le droit de la nier.

Je n’ai pas besoin de définir l’être pour savoir que je suis. L’humanité n’a pas attendu les philosophes pour être sûre de son existence. Elle

Une Algérie nouvelle, le volume de Jean Hess, que l’éditeur Stock publie, est un des livres les plus utiles de ce temps. Les affaires du Maroc viennent de prouver, une fois de plus, à quel point notre politique coloniale est incohérente et ruineuse. Comment pourraitelle devenir logique et rémunératrice? Jean Hess nous le dit en son nouveau livre qui a pour sous-titre : « Quelques principes de colonisation pratique sur le propos du Maroc oriental et de Port-Say. » Toutes les qualités de verve aiguë, de vigueur incisive et de haute raison qui ont fait là réputation de l’auteur, on en retrouvera l’intense expression dans cette œuvre, dont le succès troublera quelque peu la parusse de nos « mauvais bergers. »

existe par ce qu’elle existe. Et je le sais parce que je le constate. Les races, les climats sont parce qu’ils sont. Et je le sais parce que je le constate.

Que l’on m’en dise ou non les comment et les pourquoi, cela ne m’empêche pas de savoir qu’il y a des climats différents et des races différentes; que j'ai froid en Norvège; que j’ai chaud en Cochinchine, au Congo; que je suis blanc; que le Cochinchinois est jaune; que le Congolais est noir. Il me suffit tout simplement d’être allé en Norvège, en Cochinchine et au Congo.

L’évidence impose à ma connaissance la différence de ces climats et de ces races.

Comme, aussi loin que je peux remonter dans la mémoire des hommes, la même évidence leur fut imposée par la même réalité, ma notion de cette réalité dans le présent se complète par celle de la même réalité dans un passé considérable. Et, alors, je sais que la race n’est pas une réalité accidentelle, mais ayant duré assez longtemps, pour que, si je ne prends pas l’éternité comme étalon, je puisse la dire constante.

J’ai rappelé qu’on a voulu définir cette réalité, et qu’on n’y a point réussi, à la critique des néosophistes de la biologie.

En effet, si joyeux vraiment que cela soit, il paraît que le propre de la raison tout à fait raisonnable d’une critique en raison pure serait

de ne pouvoir accepter qu’il y a différence entre des choses d’évidence aussi différente que, par exemple, la couleur noire et la couleur blanche. Il faudrait, pour cela, que l’on pût marquer exactement à quel nombre indivisible de la quantité de vibrations lumineuses commence le noir, ou finit le blanc! Par cette ingénieuse méthode on nie toutes les données morphologiques de l’anthropologie, toutes les données expérimentales de la psychologie positive, et si vous insistez, gentiment on affirme, on prouve même que vous n’êtes point guéri de la folie du préjugé pour vous obstiner — malgré la raison pure — à voir qu’un blanc c’est un blanc et qu’un noir c’est un noir! En abusant logiquement de l’obstacle que la conception théorique de l’infini met, en absolu à l’imagination pratique du fini, les sophistes ont eu raison des savants qui avaient cherché les éléments limitatifs d’une distinction, d’une classification et d’une définition dans la morphologie et dans la psychologie.

Peut-être convenait-il de chercher ailleurs?

Au lieu de classer les hommes par ce qu’ils sont, pourquoi ne les clâsserait-on point par ce qu’ils font, par ce qu’ils peuvent faire, par le fonctionnement de leur être, par leur faculté de vivre par leur physiologie 7

C’est^ce que j’ai fait.

Sans doute, a priori, cela paraît scabreux. La nouvelle école dit en effet : « La physiologie de » Thomme est unique pour tous ses représentants. » Celui qui voudrait parler d’une physiologie » spéciale, risquerait de soulever la risée géné- » raie... »

Je ne sais pas ce que peut bien être la risée générale en ce propos ; je ne crois même pas que j’en aie le préjugé. Mais je sais, par contre, ce qu’est la physiologie spéciale des races. Brièvement je vais tâcher à le dire.

Une évidence* répétons-le, a toujours donné aux hommes la notion qu’il y a des races différentes sous les climats différents. Une autre évidence leur a toujours, en même temps, montré que si des familles, ayant racine dans une zone climatérique déterminée, veulent essayer de vivre normalement dans une différente, elles y meurent. Par vivre normalement j’entends vivre en travaillant le sol. Par familles j’entends, avec les couples actuels, ceux a naître d’eux.

Pour faire du riz dans le delta du Mékong, il a «toujours » fallu des familles nées dans la zone isoclimatérique de ce delta, issues de familles semblables, car, depuis que les hommes purent observer, toujours les familles venues de zones différentes furent incapables de cultiver la rizière dans celle-là, toujours y moururent.

La faculté de vivre dans la zone isoclimatérique d’origine et dans celle-là seulement, voilà donc un caractère lumineux, éclatant, probant, évident, le caractère de la race.

Pour la spécifier, il nous permettra la précision voulue par la logique imposant à la définition : « d’énoncer les attributs qui distinguent » une chose à l’exclusion de toute autre. » (Littré).

Geoffroy Saint-Hilaire avait dit : « La race est » une suite d'individus issus les uns des autres » et distincts par des caractères constants. » Si nous ajoutons : « caractères dont l’essentiel est » de ne pouvoir vivre normalement et se perpé- » tuer que dans la zone isoclimatérique d’ori- » gine », nous aurons la définition complète.

Cette faculté de vivre qui spécialise la race en est la physiologie. Le fait que la famille groënlandaise obligée de cultiver le riz sur les bords du Mékong s’y éteint, que la famille annamite, réduite à faire de l’huile de phoque sur les rivages du Groenland, y disparaît, montre bien deux physiologies spéciales pour les deux races. Que l’une vive où l’autre meurt, c’est une réaction physiologique différente à la même action ; et comme cela n’est pas accidentel, mais constant, c’est la manifestation d’une physiologie différente.

Gela n’est point discussion, mais observation. La distinction des races par leur physiologie spéciale n’est point la conclusion d’un raisonnement que l’on pourrait arriver à démontrer un sophisme. Cette distinction est tout simplement, tout brutalement la constatation de faits constants. Je ne crois donc point qu’elle soulève la risée générale, môme si, dans cette physiologie spéciale, je comprends non seulement ce qui est de la vie strictement animale, mais aussi tout ce qui est de la vie de l’âme et de l’esprit, de la vie pensante.

On sait, en effet, maintenant, qu'il n’y a pas une physiologie exclusivement animale et, à côté d’elle, une psychologie mystérieusement idéale. Depuis que les travaux de Ramon y Cajal, en particulier, et les précieuses publications du Dr Maurice de Fleury ont permis de voir « le cerveau », nous savons que la vie de notre esprit, de notre âme, est une suite de réactions organiques semblables à celles qui constituent la vie de notre corps dans ses autres fonctions. Notre psychologie n’est qu’une partie de notre physiologie; elle est par conséquent spéciale aussi dans les races.

Les éléments de cette physiologie spéciale du système psychique, évidemment, sont plus délicats, plus nombreux et moins fixes que ceux de

la physiologie du système moteur par exemple, car ils dépendent de causes extérieures plus variées et plus variables que celles du milieu climatérique.

Mais ils tiennent également à la nature ethnique de l’individu.

Cette nature, que l’évidence nous montre, dans le présent et dans le passé historique, différente pour les différentes races, le fut-elle absolument toujours? ou bien l’est-elle devenue par variations pour adaptation à des milieux qui variaient? Cela, nous n’en savons rien, car c’est le problème de l’origine, celui du monogénisme ou du polygénisme, celui de l’être même, un problème « formidable » ainsi que dit Emile Gautier, un problème que l’on ne saurait aborder sans trembler... mais qui, par ailleurs, ne doit pas intéresser le politique plus que celui « de l’œuf et de la poule » n’intéresse l’éleveur.

Quand je règle une couvée, peu me chaut de savoir si à l’origine il y eut d’abord un œuf, ou d’abord une poule... et un coq.

De même, quand on organise une colonie avec des hommes de races différentes, il serait oiseux que l’on s’inquiétât de savoir si la différence qui les caractérise était la même aux époques du fossile d’avant l’histoire, si elle existait à l’origine de l’humanité, ni même d’être certain que

l’humanité ait commencé, n’ait pas toujours existé.

Il suffit de savoir que les différences de race remontent assez loin dans le passé, aussi loin que la mémoire de l’humanité vivant en sociétés à tradition, pour les dire essentiellement caractéristiques des ensembles d’individus racinés dans les milieux spéciaux des races. Et, quand on sait, en plus, les faits de l’hérédité et ceux de l’évolution, pour ajouter que « la durée de ces différences dans U avenir est en fonction de la durée dans le passé des causes qui les ont produites ou maintenues ».

Cela est la loi des races, la loi qui importe^au politique, la loi qui est à méditer, la loi qu’il faut respecter, si l’on veut une œuvre coloniale durable.

Dès maintenant je prie que l’on observe bien que cette loi ne préjuge aucune donnée sur l’inégalité qu’inventèrent les négriers, non plus que sur l’égalité rêvée par les philanthropes de l’assimilation. Elle résume et formule tout simplement la notion de la différence imposée à l’observateur par la réalité.

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