CHAPITRE XXXIY
Les ressources agricoles du Maroc oriental, hinterland de Port-Say.
Les mines enrichiront le chemin de fer et le port qu’il faut au Maroc' oriental.
Je l’espère.
Mais j’affirme que les mines pour cela ne sont point nécessaires, L’exploitation du sol y suffit. On peut se passer du sous-sol, tant magnifique et sûre qu’en puisse être considérée la promesse, et ne voir que le sol.
Pour ce qu’il y a dessous, je ne puis que répéter ce que d’autres y ont vu.
Pour ce qu’il y a, pour ce qu’il y aura dessus, je puis certifier ce que j’ai vu, et raisonner avec certitude.
J’ai vu dans les jardins de Port-Say, dans ceux du pacha El Hadj’ Si Hallal de la casbah de Saidia dans la plaine des Ouled Mansour, en jan-
vier, j’ai vu des tomates et des pommes de terre. En me les montrant, plus fier qu’un hidalgo dans PEscurial, le vieux jardinier espagnol de Louis Say me disait : « Ni à Grenade, monsieur, ni dans les plus beaux jardins des primeuristes de la banlieue d’Oranoù j’ai travaillé grand’part de ma vie, on ne pourrait à cette époque vous montrer quelque chose de comparable. » Toute la plaine des Ouled Mansour, c’est-à-dire toute la plaine « maritime » de l’embouchure de la Moulouya peut devenir un immense jardin aussi beau que celui de Port-S.ay.
J’ai vu cette année sur tous les points de la plaine des Triffas, de l’oued Kiss à la Moulouya, près des douars et .des campements, de nombreux labours qui mettaient à l’air une terre grasse, puissante, féconde. 11 y a sept ans, j’y avais vu les moissons, riches d’épis lourds. Et voici trois ans que j’en voyais la récolte arriver sur les chantiers d’achat de Port-Say.
J’ai vu les rivières et les chutes d’eau et les sources dans les vallées de la montagne des Beni- Snassen. Et j’y ai vu des jardins que ne salissait aucune ronce. Et des figuiers ; et des orangers ; et des amandiers. En janvier, les amandiers étaient fleuris, tandis que les rameaux des orangers ployaient sous une charge dorée. Et j’y ai vu les oliviers énormes, le sumac, le chêne-zéen
et le takao. Et j’y ai vu les troupeaux où la vache a du lait, où les brebis ont de la graisse et les chèvres des poils fins comme de la soie.
Et j’ai vu aussi les labours de la plaine des Augads. Et j’ai vu dans les territoires non cultivés de cette plaine, à foison les bulbes gras qui donnent du lard aux porcs. Et j’ai vu aussi que lorsqu’on y amènerait les séguias pour des jardins les souches du lcntisque et du jujubier paieraient en bois pour le charbon la main-d’œuvre du défrichement.
Et j’ai vu les admirables jardins d’Oudjda où 200.000 oliviers font à la ville sans beauté, un écrin magnifique de verdures...
J’ai vu aussi les alfas des plaines et les immenses troupeaux de moutons...
J’ai vu toute une richesse qui est, toute une richesse qui peut être, toute une richesse qui sera... Veuille le destin qu’elle soit alors pour nous, et non pour l’Espagne ou l’Allemagne.