IV. — L’opinion de M. Etienne
Au cours de ces cinq dernières années, les discussions ont été vives, les disputes âpres et tenaces, les conflits toujours vifs et quelquefois redoutables.
Les intérêts et les droits des deux pays semblaient obscurcis par des malentendus opiniâtres, que les déclarations les plus franches ne parvenaient pas à dissiper.
Aujourd’hui, tout nuage a disparu.
Un accord net, précis, qui ne peut prêter à aucune interprétation contradictoire, est conclu, signé et communiqué à toutes les puissances.
Il met en relief ce qui n’avait jamais été contesté par personne, mais ce qui n’avait jamais été écrit et reconnu par l’Allemagne, à savoir que la France a des droits spéciaux sur le Maroc tout entier.
La France, de son côté, confirme ses engagements antérieurs de maintenir la liberté économique et de respecter l’intégrité territoriale et l’indépendance du Maroc.
C’est le traité de 1904, entre l’Angleterre et la France qui est accepté et consacré par l’Allemagne et par la France.
Nul doute que cet important et mémorable événement ne soit salué comme il convient par l’immense majorité de l’opinion publique en France et en Allemagne.
Je ne saurais m’attarder à rechercher quel est celui des deux gouvernements qui a eu l’initiative de ce grand acte diplomatique dont l’effet matériel et moral ne saurait échapper à la clairvoyance des deux peuples. ...
Si nous avons l’immense satisfaction de considérer que, désormais, notre domaine colonial de l’Afrique du Nord est à l’abri de tout danger, que sa sécurité est .assurée à l’Est et à l’Ouest, si nous pouvons conclure sans ostentation que la reconnaissance de droits spéciaux dans tout l’empire chérifien accroît notre prestige, n’est-il pas permis de déclarer que notre autorité morale a singulièrement grandi, à la lumière des événements qui viennent dç se dérouler
devant l’Europe attentive et où la France est apparue toujours digne, toujours concilante et toujours ferme.
Rendons hommage à la clairvoyance, à la tranquille et sereine ténacité des hommes d’Etat qui, depuis quelques semaines, ont travaillé avec assiduité à l’accomplissement de cette heureuse, bienfaisante et féconde solution.
Que M. le ministre des affaires étrangères, que mon ami M. Pichon, reçoive ici l’expression de ma vive et profonde gratitude pour le succès de sa très délicate et très intéressante négociation.
Article publié par la Dépêche Coloniale.