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Idem. Arrêté du Gouverneur Général du 9 février

3. Idem. Le Ministre au Gouverneur Général du 3 juin et du 6 sept 1845.

4. Idem. Le Directeur de l'Intérieur l’adressait au Gouverneur le 30 nov.

1845 pour être soumis au Conseil. Le Ministre envoyait un nouveau rappel le 9 mars 1846.

interminables discussions 1, Et ainsi, après dix années d’études, de rapports, de délibérations, de conférences, de rappels réitérés, on n’aboutissait qu’à une solution provisoire. Douze années encore devaient s’écouler avant que l’on s’arrêtât à quelque chose de définitif 2. Dans de pareilles conditions, il était à craindre que le plan devint pour une grande part la simple notation et la consécration forcée de tous les travaux exécutés avec plus ou moins d’incohérence, alors qu’on en attendait des conceptions directrices et un programme bien coordonné.

Cet insuccès s’explique par plusieurs causes. Tout d’abord et avant tout, il a manqué une pensée nette, clairvoyante, suivie et capable de s’imposer, qui aurait coupé court à toutes les improvisations et prévenu les surprises, une vue large qui aurait embrassé le site sur lequel devait se développer la cité nouvelle, perçu l’orientation naturelle de ses progrès futurs, les obstacles opposés par les accidents de la topographie et par la coexistence de deux civilisations si différentes, une décision ferme qui aurait rompu avec les errements imposés par les nécessités de la première heure, alors que la destination d’Alger

1. Le Conseil d'administration avait examiné le plan dans ses séances du 11 et du 13 juillet (Arch. G. G. Procès-verbaux de ces deux séances. — Le Ministre au Gouverneur Général, 10 déc. 1846).

2. En attendant l’envoi du plan d’alignement, le Ministre, appelé à statuer sur de nombreux cas particuliers, avait dû réclamer à plusieurs reprises un simple plan de la ville. (Lettres du 5 juin 1844 et du 12 mars 1846 qui font allusion à des demandes réitérées et à des retours de documents incomplets). On apprend d’ailleurs avec étonnement par une lettre du Ministre des Finances à son collègue de la Guerre (4 avril 1846) que « la tournée des facteurs de la Poste aux lettres à Alger ne peut être organisée définitivement, faute d’un plan détaillé » que jusqu’à présent n’a pu fournir le Trésorier-payeur de la provinces

occupé par l’armée était d’être une caserne, un dépôt de vivres et de munitions, un hôpital et une forteresse. On ne pouvait exiger des chefs militaires, absorbés par les lourdes préoccupations de leur métier de soldats, une compétence universelle ; on ne pouvait pas davantage leur demander une expérience des choses coloniales et des problèmes qui se rattachent à la «question indigène », pour employer une expression contemporaine. Il était plus nécessaire d’obtenir d’eux un partage d’attributions et la saine résolution de ne pas vouloir tout réglementer et tout décider ; c’est une vertu rare chez les hommes investis d’une haute fonction. Peut-être, au sein d’une commission de quelques membres judicieusement choisis, d’un petit conseil munis de pouvoirs importants et conscient de sa responsabilité, quelqu'un aurait pu surgir, un € urbaniste », dirions-nous aujourd’hui, éclairé par les avis les plus autorisés, mais inspiré avant tout par sa propre intelligence des réalités et ses conceptions personnelles. Or cet organisme, dont on aurait eu besoin, au moins dès 1834, on ne songea à le créer qu’en 1843, alors que l'avenir était déjà très sérieusement compromis. La commission fut mal composée !, et ses décisions restèrent subordonnées à celles d’un conseil d'administration, c’est-à-dire de fonctionnaires, et à la sanction d’un gouverneur militaire et

d’un ministère lointain.

1. En 1847 seulement on s’avisa d’en donner la présidence au Maire d’Alger, en l’absence du Directeur de l'Intérieur. (Le Ministre au Gouverneur Général, 45 janv.). Le Gouverneur avait sagement proposé d’y adjoindre trois propriétaires notables. Signalons aussi que jusqu’à 1845 tous les projets ne furent connus du public que par leur mise à exécution. Le Gouverneur dut rappeler au Directeur de l’Intérieur (29 sept. 1845) que l’on ne pouvait rester ainsi en dehors du droit commun, tel qu’il était consacré en France.

Une autre cause fut le manque d’argent, non pas seulement pour exécuter ces travaux qui fixent les lignes directrices du tracé d’une ville, mais même pour un objet bien plus modeste, le simple levé d’un plan topographique à grande échelle d'Alger et de ses environs immédiats et l’établissement des projets de nivellement, d’alignement et d’agrandissement !. Le souci perpétuel de ménager les crédits paralysait sans cesse les auteurs de projets et encore plus les administrateurs chargés de les discuter : de là des modifications, des réductions, des ajournements successifs qui ne laissaient plus le moyen d’aboutr à des solutions larges et définitives.

Il aurait fallu en outre une confiance en l’avenir d'Alger mieux ancrée dans l’esprit de ceux qui avaient la charge de ses intérêts. Or, nous l’avons dit plus haut, la politique et les événements des dix premières années de la conquête n’apportaient guère d’encouragements, et pas davantage les initiatives privées que l’on sentait trop souvent et trop évidemment dominées par une pensée presque exclusive de spéculation rapide, sans souci du lendemain.

Enfin, l’un des motifs que les autorités d'Alger invoquaient à juste titre, entre 1840 et 1845, pour expliquer leur retard à livrer un plan définitif, était l'incertitude qui subsistait encore au sujet du tracé de la nouvelle enceinte, bien que le principe de ce travail de fortification eût été arrêté dès 1839. La question se compliquait en outre de celle des servitudes à prévoir et des réserves à affecter aux établissements militaires de la place.

1. Le Ministre dut adresser des rappels réitérés pour obtenir qu’on lui expédiât un plan au 1 : 1.000 de la ville, telle qu’elle était, Ce plan que l’on tardait à dresser faute d’argent et de personnel, fut expédié le 20 mai 1844, mais renvoyé pour être complété.

L'œuvre considérable qui devait munir Alger d’un système de défense plus moderne et à rayon plus étendu, fut entreprise pour des raisons d’ordre exclusivement militaire. Il apparaissait trop clairement que toutes les réparations possibles des anciens murs turcs ne pourraient donner à ces fortifications vétustes une valeur défensive suffisante. Il fallait que la place fût assez forte pour «soutenir un siège régulier par une armée européenne 1 ». En 1839, le Ministre de la Guerre décidait que les limites de l’enceinte seraient reportées, au Nord jusqu’au delà du Fort des 24 heures, et au Sud jusqu’au Fort Bab-Azoun. Les ouvrages et leurs dépendances couvriraient une surface de 55 hectares, tandis que la superficie de la ville proprement dite serait accrue de 222. On admettait en outre le principe d’une citadelle, sur l’emplacement de l’ancienne Casbah agrandie, d’un port doté d’organes défensifs, et d’un système de forts détachés constituant un vaste camp retranché. Pour comprendre la signification véritable de ces travaux, rendus particulièrement difficiles et coûteux par les inégalités et les ravinements profonds du terrain, il faut se rappeler les préoccupations politiques qui prédominaient alors dans l’esprit de nos gouvernants et la crise européenne qui mettait aux prises. les hommes d’État des grandes puissances. L'histoire des

1. Ce sont les expressions employées dans le T'abl. de la sit., de 1842, p. 15. Mais l’idée de faire d’Alger une grande place forte et un arsenal germait déjà dans les esprits depuis 1834. Un voyageur venu alors à Alger ne parlait-il pas « d’une place forte française inexpugnable, presque en parallèle de Toulon qui nous rendrait les arbitres de la Méditerranée ». (Beaulard. Un voyage en Afrique. Lyon, 1835).

2. Arch. G. À., art. 2, n° 89. Note succincte sur les nouvelles fortifications d'Alger par le chef de Bataillon Villeneuve.

fortifications d'Alger se rattache en effet étroitement à celle de la question d'Orient.

Dans un mémoire du 15 janvier 18411 sur la nouvelle enceinte proposée pour la place d'Alger, le chef du Génie d'Alger revenait avec insistance sur ses déclarations antérieures, et signalait une fois de plus que rien n’avait été fait depuis 1830 pour mettre la place en état de soutenir un siège ?. Or les projets préparés pour l’agrandissement du port allaient en faire « une assez riche proie pour tenter nos avides voisins. Avec Toulon, écrivait-1l, et Mahon qu’en cas de guerre maritime nous devons occuper en alliés ou en maîtres, 1l nous assurera, quand nous le voudrons, et malgré Malte ou Gibraltar, la prépondérance dans la Méditerranée... pour la grande lutte dont elle sera prochainement le théâtre ». Ce mémoire est postérieur au traité de Londres du 15 juillet 1840, qui, en nous isolant, semblait dresser de nouveau contre nous l’alliance de Chaumont et nous ramener à la situation de 1815. L'auteur réclamait d’urgence des crédits extraordinaires ; il faut, disait-il, « profiter du moment où le Gouvernement du Roi demande aux Chambres les fonds nécessaires pour les fortifications de Paris. La France ne voudra pas que la Méditerranée ne soit plus qu’un lac anglais ». L'arrivée de Guizot aux Affaires étrangères et la rentrée de notre pays dans le concert européen en 1841 ne

4. Arch. D. F., cart. 5, 1841. Guyot-Duclos. Projets généraux pour l’enceinte continue et pour la Casbah. La superficie de l’ancienne ville était estimée à 41 hectares, l’ensemble formait un total de 118 hectares.

2. Le général de Montfort avait cependant en 1832 étudié les moyens de renforcer la place. Le colonel Lemercier ne négligea pas la question. En 1837, Charon, alors colonel, fit des propositions fondées sur le principe que les principaux organes de la défense devaient être extérieurs, conception toute moderne. (Mémoire sur les projets de 1840. Arch. D. F., cart. 5).

réussirent pas à calmer ces inquiétudes ni à modifier cet état d'esprit. Michel Chevalier, dans le Journal des Débats, au cours d’un long article du 18 juin 1842 1, rappelait que la question du port d'Alger « avait eu dernièrement un grand retentissement dans le publie et dans les Chambres... En cela, ajoutait-il, l'opinion a montré une parfaite sagacité, une juste impatience... Il faut qu’Alger soit un port spacieux, bien défendu. L’établissement d’un beau port à Alger, c’est la France faisant avec éclat acte de souveraineté en Afrique ». Ces idées étaient communes chez les militaires de cette époque ; les officiers du Génie chargés des travaux y revenaient fréquemment dans leurs mémoires sur les projets de fortification. On les retrouve encore en 4845 ; elles viennent à l’appui des demandes de crédits 2. « Il est temps d’envisager le défense d'Alger sous le jour nouveau qui l’éclaire et de lui imprimer un caractère pérmanent de grandeur et de force qui manifeste à l’Europe que la volonté de la France, en faisant d'Alger une place imprenable est que l'Algérie soit à jamais une province française ».

Les véritables créateurs de la nouvelle enceinte furent le maréchal de camp de Bellonnet * et le futur général Charon

1. Il est intéressant de constater que cet article a été conservé dans les Archives du comité des fortifications (1842, cart. 7, n° 2).

2. Arch. D. F., cart. 10. Mémoire sur les projets pour 1845, 20 avril 1845, Lieutenant-colonel Guyot.

3. Le premier plan d’ensemble fut présenté par de Bellonnet, alors colonel directeur des fortifications, le 30 mai 1840 ; il avait été en réalité élaboré sous sa direction par le lieutenant-colonel Charon (Arch. D. F., cart. 4, n° 18. Plan d’ensemble de la Place d'Alger et de ses environs. Éch. 0,001 pour 5 mètres). Ce projet fut adopté par le Comité du Génie le 2 juillet; mais les détails, notamment le plan de la citadelle et des forts extérieurs furent l’objet de longues discussions et de nombreux remaniements.

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qui en poursuivit la construction de 1841 à 1848. Le tracé, du côté de la terre, ne fut arrêté définitivement qu’en 18441, ce qui paralysa, comme nous l’avons vu, la commission des alignements d'Alger. Quant au front du côté de la mer, les discussions dont il était l’objet étaient étroitement liées à celles qui touchaient à l’agrandissement du port?; ce n’est donc pas la faute du Génie si l’on tenait encore en 1849 des conférences mixtes à ce sujet #. Malgré l’approbation donnée par le Ministre, le 27 mars 1850, aux décisions arrêtés à Alger #, tout fut remis en question, jusqu’à ce qu’une solution irrévocable fût intervenue relativement à la « rue militaire » du quai, le futur boulevard de l’Impératrice, c’est-à-dire jusqu’en 1861. Le plan de défense du port, qui intéressait à la fois la Marine et la Guerre, ne put être arrêté qu’en 18555. Les discussions furent bien plus longues encore sur l’opportunité et l’importance des travaux de la citadelle projetée ; on n'avait encore rien résolu en 18736. Le général Charon

1. Le projet de Bellonnet subit dès 1842 quelques modifications (cart. 7). Le tracé définitif de l’enceinte du côté de Bab-el-Oued n’était pas encore fixé en mai 1843. (Lettre du colonel Charon au Ministre, 28 mai. Il se plaint de manquer du personnel nécessaire).

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