L. de Baudicour, 0. e., p
çaises », explique que, si l’on n’a pas édifié la ville européenne au Nord et au Sud de l’ancienne, c’est pour deux causes : 19 Beaucoup de particuliers avaient acheté dès le début des maisons mauresques ; 2° l’État qui, en se substituant au Beylhik, se trouvait en possession de vastes terrains et de nombreuses maisons de la ville, y installa les services publics et créa ainsi le noyau de la nouvelle cité. Ces raisons ne sont pas des excuses suffisantes. Tout d’abord, le premier fait fut une conséquence du second, et de l’ensemble il appert seulement que l’armée, maîtresse du sort d'Alger, a résolument décidé, dès le début, de s’enfermer dans ses murs. On peut invoquer pour les quatre premières années des considérations de sécurité et l'incertitude qui régnait encore sur la durée de notre occupation. Mais, quand 1l fut décidé que l’on resterait, le percement de trois rues et la création d’une place n’engageaient nullement tout l’avenir. I] eût été encore possible de faire ce qui a été si heureusement réalisé au Maroc. La sécurité des environs immédiats de la ville des Turcs était alors complète ; les militaires le reconnaissaient sans difficulté 1. Une cité européenne allait se développer ; 1l lui fallait des espaces libres. La solution était évidemment de les lui laisser et d'installer une ville militaire du côté de l'Ouest, au-dessus de l’autre, là où ne se porterait pas de longtemps la population immigrante, attirée forcément vers la partie voisine de la mer et dans la direction des routes naturelles
1, On avait d’ailleurs créé des redoutes comme celles du Télégraphe et de Mustapha Supérieur, des postes fortifiés, ceux de la Bouzaréa et de la Vigie, et restauré le Fort l'Empereur. Charon déclare qu’on les abandonna de bonne heure, en raison de leur inutilité. Arch. D. F., cart. 10. Projets pour 1845. Apostille du Directeur, 20 avril 1845).
de l’intérieur. On eût trouvé facilement sur les petits plateaux, sur ces méplats dominant Alger!, entre celui de la Casbah et celui du Fort l'Empereur, la place nécessaire aux casernes et aux divers services de l’armée, concentrés ainsi pour le plus grand bien de celle-ci et de la population civile. Les bâtiments militaires furent au contraire disséminés ; on en trouvait partout et partout ils génèrent l'aménagement et le développement de la ville.
La vérité est que la conception d’Alger place forte et port militaire, vigoureusement ceinturé, s’imposa à nos admunistrateurs sous le régime des généraux gouverneurs, et que seules des nécessités inéluctables les contraignirent à faire des concessions, toujours parcimonieusement mesurées et souvent tardives, à des intérêts dont ils n’avaient pas soupçonné l’importance future. En 1844, un Directeur des finances ?, protestant contre les accaparements de l’armée, avait le courage d’écrire au Ministre : « On vous demandera des terrains civils. on vous dira qu’Alger était une ville commerciale, où il ne fallait que les établissements militaires indispensables à la défense, et non pas une ville de guerre où l’on fait accidentellement le commerce ; on vous dira, pardonnez-moi cette supposition, qu'Alger était à l’Algérie ce que Marseille est à la France, et que le Ministre de la Guerre s’est laissé égarer par ses habitudes en le prenant pour Toulon ». Au Gouverneur Général, il disait : (ou Alger perdra
1 MVoivip. 9.
2. Arch. G. G. N?6. Faubourgs Bab-Azoun et Bab-el-Oued, 1840-45. Lettre de l’Inspecteur général Directeur des finances Blondel au Ministre, 20 juillet 1844.
3. Idem. Lettre du même au Gouverneur Général, 2 août 1844, La réponse
une partie notable de l’importance commerciale à laquelle il est destiné, ou la nécessité renversera un jour tous les obstacles et crèvera les édifices qu’on aura élevés sur ces emplacements. » À la première de ces déclarations le Ministre répondait, en marge de la lettre, par des points d’exclamation. À la seconde, le Gouverneur opposait cette affirmation catégorique. « Alger doit plutôt être une place de guerre qui forme la citadelle de l'Algérie qu’une ville de commerce, quels que puissent être les motifs qui y attirent les relations commerciales. Il faut donc se plier à cette situation et non pas compromettre la sûreté et l’avenir de cette nouvelle possession française pour satisfaire à des intérêts privés.
Et cependant des indices bien clairs, qu'ils ne pouvaient méconnaître, montraient, au lendemain de 1834, le chemin que la ville allait suivre dans son extension progressive. Certes, si l’on se bornait à consulter la topographie et le relief 1, l'emplacement le plus proche de la vieille ville où l’on rencontrât les meilleures conditions pour l’assise de la nouvelle était certainement la petite plaine alluviale formée au débouché de l’oued M’Kacel. Elle offrait pour la construction des espaces planes ou peu déclives ; d'autre part, les matériaux fournis par les carrières étaient à pied d'œuvre. Enfin, considération susceptible de peser d’un poids lourd dans la décision de ceux qui redoutaient les ardeurs de l’été africain, cette région des environs d'Alger est certainement, pour qui veut rester à proximité de la mer, la plus favorisée pendant la
est écrite en marge. La date semble indiquer qu’elle émane, non de Bugeaud, alors occupé du côté du Maroc, mais du Gouverneur intérimaire Lamoricière. Elle n’en est pas moins typique.
1Voinpe11;
saison chaude 1. Un vieux dicton arabe ne disait-il pas : « Bab- Azoun pour le produit, Bab-el-Oued pour la santé ? ». C'est là que le Baron Baude aurait voulu voir s'établir la ville européenne et son port. Il y comptait 60 hectares de terrain à bâtir, et, hanté comme beaucoup de contemporains par le souvenir de Toulon, il entrevoyait là un Alger français encore plus étendu que notre grande place maritime. Mais il était obligé de reconnaître que « la presque totalité de la circulation entre la campagne et la cité s’effectuait par le faubourg méridional de Bab-Azoun ‘. «Cet aveu était la condamnation même de son système, À la même date (1856) on signalait au Conseil d'administration que le commerce tendait à se porter du Nord vers le Sud, de la rue de la Marine à la rue Bab-Azoun5 ; beaucoup de terrains avaient d’autre part été achetés hors de la porte par des spéculateurs clairvoyants $. Lorsque furent entrepris les travaux de la nouvelle enceinte, l’activité des constructeurs y fit surgir tout un quartier nouveau.
Jusqu’alors la route de Mustapha, bien plus que celle de Blida par les tournants Rovigo, avait attiré la population