‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 13 sur 465 · Nous adoptons la dénomination du Plan directeur · texte numérisé non relu

Nous adoptons la dénomination du Plan directeur

3. Il n’est mentionné que sur les plans au 1/10.000. M’Kacel paraît d’ailleurs être une corruption de M’racel qui signifie « l’oued où l’on lave ».

tance calculée à vol d'oiseau. L’ensemble figure une sorte de trapèze, dont la base aurait été déformée ; elle se présente en effet sous l’aspect de deux courbes juxtaposées, correspondant au littoral, l’une convexe, dont le saillant est représenté par les îlots de lAmirauté d'Alger, l’autre se raccordant à la première au ras Tafoura ! pour dessiner la baie de l’Agha. Dans la topographie accidentée de ce site, on distingue deux lignes de crêtes maîtresses qui divergent du plateau d'El Biar, où les formations miocènes et pliocènes du Sahel viennent s’adosser aux schistes et aux calcaires cristallins du massif ancien de la Bouzaréa ?. La première se détache à la tête du ravin de Birtraria (Fontaine fraîche), affluent de l’Oued M’Kacel, et s’abaisse de l’altitude de 240 mètres environ jusqu'aux écueils de la pointe Sidi-el-Kettani, avec deux ressauts principaux, deux plateformes, celle de Fort l'Empereur (216 mètres) et celle qui porte l’ancienne Casbah d’Alger (120 mètres). Elle représente la ramification la plus orientale du massif ancien. Le versant occidental est plus abrupt et moins découpé que le versant oriental qu’entaillaient jadis de nombreux ravins aujourd’hui en partie comblés et masqués par des escaliers ou des constructions ; on en retrouve l'indication sur les premiers plans levés au lendemain de la conquête. Entre l’ancien fossé Nord de la fortification turque et le fond de la baie de l’'Agha, on n’en compte pas moins de dix ; les plus méri-

4. Voir la Carte du territoire d'Alger dressée au Dépôt général de la Guerre. Paris, 1834, complétée en 1864 (p. 584). Elle porte des indications utiles sur la topographie du site antérieurement à la construction de la ville moderne.

2. Carte géologique au 1/50.000. Alger bis et notice de E. Ficheur.

3. On peut en retrouver le dessin dans le Plan d'Alger et des environs dressé sous la direction du Lieutenant Général Pelet, au 1/2.500. Paris,

dionaux sont encore nettement visibles dans le paysage. Le sol est constitué, dans la partie Nord par des schistes argileux au milieu desquels surgissent quelques pointements de calcaires cipolins 1, et au Sud par des micaschistes et des gneiss beaucoup plus durs ?.

La seconde ligne de crêtes, qui, par son raccord avec l’autre, forme l’amphithéâtre pittoresque dominant la baie d’Alger, court d’El Biar à Maison-Carrée, s’abaissant de 250 à 50 mètres. Elle est constituée par la mollasse pliocène de Mustapha, recouverte par quelques placages de grès et de sables rouges (grès de Birkadem), tels que ceux de la Redoute, des Arcades, du Ruisseau et de Kouba. Une faille, dont le tracé reproduit la courbe de la baie de l’Agha, rappelle l’origine tectonique de la baie d’Alger et les effondrements qui ont dessiné, entre le horst de la Bouzaréa et celui de Matifou l’un des lobes caractéristiques de ce type de côtes ÿ. Cette fracture a déterminé dans la partie Nord la conservation à un niveau inférieur à leur niveau normal de marnes cartenniennes et sahéliennes que

1832, dans les plans déjà mentionnés et dans le Plan du port d'Alger et de ses environs levé en 1859 par E. Mouchez. Dépôt des cartes et plans de la Marine. 1 /10.000. 1875. Ce sont : le fossé Nord de l’enceinte turque, le fossé Sud (ravin du Centaure), les deux ravins qui bordent le petit éperon de la Poudrière, les deux ravins qui formaient l’Oued Beni-Mzab, le ravin des Sept Merveilles, celui du Serpent, celui de la Robertsau et celui des Sept Sources (qui descend par l’Église écossaise et l’ancienne usine à gaz).

1. Ils ont été exploités dans l’ancienne carrière du Génie (S. Est de Babel-Oued).

2. Ils ont souvent créé de grosses difficultés, lors du dérasement des fortifications de 1840, et dans la région voisine pour la fondation de construc- Lions.

3. Suess. La face de la Terre, trad. de Margerie, tome I, p. 289. Paris, 1897,

dominent les abrupts de la falaise de Saint-Raphaël ; région particulièrement sujette aux glissements et aux éboulements, comme il s’en produisit notamment en 18451, À partir du petit col de la Redoute, des escarpements abrupts dominent jusqu’à l’Oued Kniss la plaine du Hamma, tandis que sur le versant Sud le terrain descend en pente plus douce par de légers mamelons jusqu’au bord du fossé profond que l’Oued a creusé dans le ravin de la Femme Sauvage. La plaine du Hamma est formée par une bande d’alluvions récentes recouvrant une ancienne plage émergée qui sur une largeur moyenne de 600 mètres, s’allonge de la baie de l’Agha jusqu’au-delà de Hussein-Dey. Elle se termine à la mer par une petite falaise, s’abaissant de 8 à 4 mêtres, jusqu’à n’être plus qu’une banquette couverte aujourd’hui de constructions, puis par des dunes consolidées à travers lesquelles l’Harrach s’est frayé une issue vers la mer ?.

1. Moniteur algérien. 25 et 31 janv. 1845. Ville (Notice sur le régime des eaux potables de la ville d'Alger, 1869, p. 7) rappelle le fait, à propos de l’aqueduc d’Aïn Zeboudja coupé par l’éboulement et note la région des escarpements du Consulat de Suède comme sujette à des accidents de ce genre se produisant « par grandes masses et à de longs intervalles ». En 1845 on attribua l’éboulement à l’action des eaux infiltrées dans la mollasse. (Note de M. Feuillerat dans le Moniteur du 31 janwv.). La présence des marnes explique la mauvaise tenue des terrains du quartier récent de Laperlier. L’ancienne École Normale (marquée sur la carte géologique) fut menacée à plusieurs reprises par des glissements qui nécessitèrent un drainage minutieux. Des travaux exécutés au voisinage immédiat du Palais d’été ont révélé la présence, à une faible profondeur, de mollasses creuses où la sonde rencontrait le vide, et qui provenaient des éboulements de la région supérieure. (Renseignements fournis par M. Darbéda, architecte du Gouvernement général).

2. Le Général de Lamothe (Les anciennes lignes de rivage du Sahel d'Alger. Mémoires de la Société géologique de France. Paris, 1921, p. 153-154) voit

Ce vaste amphithéâtre, sur lequel s’étagent aujourd’hui les quartiers d'Alger, est partagé par deux gradins, deux niveaux particulièrement intéressants, dont l’éxistence n’a pas été sans influer sur l’établissement et le développement de la ville. La courbe de 20 mètres définit assez nettement la limite des pentes les moins déclives du site, celles où de bonne heure s’installèrent les quartiers bas du plus vieil Alger et les premières occupées par l’Alger des Français dans ses faubourgs de l’Agha et de Mustapha inférieur. Elle correspond sans doute au niveau d’une ancienne plage émergée recouverte par les alluvions !, Les falaises, aujourd’hui masquées par les boulevards, par leurs voûtes et leurs remparts de maçonnerie, mais dont il est loisible de suivre le dessin sur le plan Pelet de 1832 ?, en représentent le bord littoral, entamé et découpé par l’action des vagues ; des îlots et des hauts fonds témoignent du travail de la mer à travers les siècles. L’emplacement du Champ de manœuvre, nivelé d’ailleurs après notre arrivée, et la plaine du Hamma attestent de leur côté une abrasion plus aisée, opérée sur des matériaux plus tendres 5.

La courbe de 50 mètres marque d’autre part une véritable limite, à partir de laquelle, dans le sens de la hauteur, la déclivité augmente subitement et sensiblement. On la suit nette-

dans la plaine du Hamma une ancienne plateforme d’abrasion sur laquelle se sont déposés des poudingues marins et des graviers de plage ; il la considère comme correspondant à la ligne de rivage de 18" reconnue par lui tout le long de cette côte, à l'Ouest et à l'Est de la baie d'Alger.

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