‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 141 sur 465 · Voir le plan Delaroche reproduit p · texte numérisé non relu

Voir le plan Delaroche reproduit p

communication l’intérieur avec le port ?. Celui-ci était appelé, si l’on réalisait le plus vaste des projets soumis alors à l’examen des ingénieurs, à se développer entre les limites des nouvelles fortifications, au pied des escarpements de la ville. Alger pouvait être partagé en deux parties : 1° une partie plane, sorte de parallélogramme s’étendant de la nouvelle porte Bab-Azoun à la nouvelle porte Bab-el-Oued ; c’est là que l’on devait chercher les emplacements des établissements indispensables aux cités européennes, palais du Gouverneur, tribunaux, hôtels des administrations, théâtre, places publiques ; 20 une partie accidentée, la ville indigène étagée jusqu’à la Citadelle. À travers ces quartiers, on relierait les deux rampes, de manière à unir plus étroitement l’ancienne ville à la nouvelle, à faciliter la circulation, à créer des promenades ombragées, ce dont Alger était insuffisamment pourvu, et pour y édifier des monuments publics. Car la topographie accidentée du site, obstacle à la construction, offrait en compensation une ressource, celle de « tirer parti au profit de son embellissement des défectuosités du terrain ». Conception parfaitement acceptable au premier abord, qui faisait une large part à l’hygiène et à l’esthétique, irréprochable, peut-on dire, s’il n'avait pas existé sur le site que l’on voulait aménager ainsi, une ville indigène déjà comprimée, menacée dans son existence même ou pour le moins condamnée au resserrement, à l’entassement et au surpeuplement, résultat exactement opposé à l’un de ceux que l’on prétendait poursuivre.

Le projet présenté à la Commission des alignements ? pré-

4. Arch. G. G. N?6. Le Cte Guyot définit ainsi leur première destination (Rapport du 21 novembre 1845).

2. Les plans originaux n’ont pu être retrouvés dans les diverses archives

voyait donc, dans le triangfe dont les rues Bab-Azoun et Babel-Oued formaient la base et la citadelle de la Casbah le sommet, deux voies carrossables unissant les rampes Valée et Rovigo : 19 la rue de la Lyre qui, partant du premier tournant Rovigo, de manière à se relier à la rue d’Isly, gagnait en ligne droite la place du Gouvernement (place Malakof actuelle) et devait être prolongée par la rue Bruce jusqu'aux anciens remparts de Bab-el-Oued ; 2° à un niveau supérieur et dans la partie la plus haute de la ville indigène, une rue de huit mètres d’ouverture, la rue Montpensier, amorcée sur le troisième tournant Rovigo, la perçait de part en part pour aboutir à l’ancien fossé du Nord au-dessous de la Prison civile en construction !. La Commission des alignements n’hésita pas à y ajouter une troisième rue intermédiaire, la « rue du Centre », large de six mètres, embranchée sur la rue de la Lyre, au point où elle coupait le fossé Bab-Azoun. Enfin elle admettait le dégage-

que nous avons consultées. Mais le projet adopté par le Ministre le 10 décembre 1846 est indiqué sur un plan « dressé d’après les documents officiels et publié avec l’autorisation du Ministère de la Guerre par Ch. Delaroche, dessinateur attaché à la Direction des affaires de l’Algérie ». Il est intitulé « Plan de la Ville d'Alger, comprenant le Port, les Fortifications nouvelles et les divers Projets de construction et d’Alignement ». Il ne porte aucune date ; mais la dénomination de « Place Nationale » qui a remplacé celle de « Place Royale » et quelques autres indices relatifs au tracé du nouveau port permettent de lui attribuer la date de 1849. Ce plan est publié dans le Tabl. de la sit. 1846-1849 édité d’ailleurs en 1851.

4. Arch. G. G. N26. Rapport du conseiller Ballyet du 11 juillet 1846 (0. c.). Elle coupait obliquement les rues Médée, d’Anfreville, de l'Empereur, Sidi- Ramdan et des Zouaves, et à angle droit les rues Porte-Neuve, de la Girafe, Sidi-Abdallah et de la Casbah. Elle présentait, du Nord au Sud, une dénivellation de 34 m. sur 500 m. Mais le rapporteur invoquait l’exemple de Naples et de Paris même.

ment complet de la Casbah, prévu Æ’.illeurs par le Génie dans son tracé de la gorge de la Citadelle, et le percement d’un boulevard de la Victoire, sur huit mètres de largeur, de la Porte Neuve à la rampe Valée.

Transversalement à ces voies et de bas en haut, il fallait des communications plus largement ouvertes que les boyaux étroits de la vieille ville. À cet égard, le projet s’inspirait surtout de préoccupations d'esthétique et de salubrité. Deux boulevards en ligne droite remplaçaient les fossés et les glacis de l’enceinte turque. Celui du Sud, le plus important, appelé à devenir l’axe de la ville dans le sens de la hauteur, était une large ouverture de plus de 60 mètres, alignée dans la direction même de l’entrée du nouveau port t. Il consistait en un étagement de paliers et de terrasses, dont les trois principales for-

1. La largeur, de la place des Garamantes à la première terrasse était de 66 m., la différence de niveau de 19 ; plus haut l’ouverture se réduisait à 40, Le projet s’inspirait d’un plan présenté le 20 février 1845 au Ministre par un ingénieur civil nommé Mezkalski, conformément aux vues de l’autorité supérieure qui avait, disait-il, « ordonné l’étude du Palais du Gouvernement (Arch. G. G. N°? 6) dans cette localité », de préférence à un emplacement en bordure de la Place Royale. Il s’agissait, selon l’auteur, de changer « en un des plus beaux quartiers de la ville une montagne à pentes rapides, occupée par les plus sales cabanes des Indigènes ». Visant surtout à l’effet esthétique, il envisageait un ensemble décoratif qui, vu de l’entrée du port, offrirait à l’œil un étagement de places garnies des jardins, un palais grandiose avec arcades et fontaines et comme dernier plan la Citadelle et les hauteurs dominant Alger. « Une colonne d’air, de 100 m. de largeur traverserait la ville par son milieu et contribuerait puissamment à la salubrité d’Alger ». Le projet prévoyait en outre un avancement de 45 m. pour la rue des quais supérieurs à partir de l’ancienne porte Bab-Azoun et un gain de 15.000 mq de terrain à bâtir. Il n’est pas sans intérêt de constater que l’essor pris par la construction à Alger, avant la crise de 1846, avait encouragé les hommes d'initiative à voir grand.

maient des places reliées. entre elles par des rampes et des escaliers, dispositif qui permettait de créer de la verdure et des ombrages, mais qui nécessitait des travaux de soutènement considérables et coûteux. La première de ces places, au tiers de la hauteur et au niveau de la rue de la Lyre, devait porter le Palais du Gouverneur auquel on réservait une superficie de plus d’un hectaret, Le boulevard du Nord (boulevard Valée) s’élevait de la même manière, de l’ancienne porte Babel-Oued au dernier tournant de la rampe Valée. Entre ces deux voies, une rue en escaliers, large de dix mètres, perçait en son centre et aérait la vieille ville indigène, de la place Royale au boulevard de la Victoire.

L’une des parties les plus intéressantes du projet était l’étude de la «rue du Rempart » et de ses raccordements avec les quais du nouveau port. L'idée d’une voie longitudinale formant le front de mer d'Alger et dominant les terre-pleins venait trop naturellement à l’esprit pour être nouvelle. L’ingénieur Poirel, dans son projet de 1837 ?, n’avait eu garde de la négliger. D’autre part, le Génie, qui présidait à la réfection de l’enceinte fortifiée d'Alger, considérait comme une nécessité la fermeture de la place du côté du port et la construction d’une escarpe ininterrompue et impossible à escalader ÿ. La nature l'avait déjà fournie aux Turcs ; mais ils ne s’étaient pas préoccupés d'y établir une rue militaire qui pût servir de promenade. Tout au contraire elle était prévue dans les projets présentés

1. Exactement 1 hect. 24 a. Le Conseil d'administration fut effrayé par la pente du terrain qui comportait une dénivellation de 25 m.

Page 1