‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 198 sur 465 · HALcEr DE · texte numérisé non relu

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Si l’on voulait caractériser, dans l’histoire économique de l'Algérie, l’époque qui commence vers 1880, on pourrait la dénommer à juste titre « l’ère de la vigne ». On verra ! de quelle importance a été l'essor pris par cette culture dans le département d'Alger, le regain d’activité qu’elle a donné aux affaires, l'immigration qu’elle a suscitée. L’enrichissement qui en est résulté a contribué dans une large part au développement de l’industrie du bâtiment, où des capitaux acquis par le commerce qui bénéficiait de la prospérité agricole, ont cherché et trouvé un emploi rémunérateur. Tous ces faits, colonisation, développement des cultures, accroissement de la fortune du pays et de la capacité de consommation, essor de la construction, sont intimement liés les uns aux autres et s’expliquent mutuellement Or Alger était vraiment la capitale commerciale de l’Algérie ?, le port le mieux relié à la métropole *, et par ailleurs le débouché maritime de la région la plus productive #, à laquelle allaient la rattacher de plus en

4, Voir p. 508.

2. Elisée Reclus (Géog. Universelle, XI, l'Afrique septentrionale, p. 517) écrit en 1886 qu'Oran est « la première ville de l’Algérie par l'importance du commerce », sans appuyer d’ailleurs cette assertion sur aucune preuve précise.

3. Voir la carte des « Lignes de navigation à vapeur entre la Berbérie et les côtes opposées ». (E. Reclus, o. c., XI, p. 622).

4. P. Delorme (0. c.) De 1885 à 1905, la production du vin dans le département d’Alger a constamment dépassé celle de l’Oranie, sauf en 1892 et en 1899.

plus étroitement des voies de communication à grandrendement.

C’est en effet dans la période de 1880 à 1896 qu'ont été terminées les voies ferrées principales du réseau à voie large et qu'a été inauguré le réseau départemental à voie étroite. Blida était relié à Alger, depuis 1862, Oran depuis 1868: : en 1887, la ligne d’Alger-Constantine était enfin achevée ?. Celles de Bougie et de Tizi-Ouzou le furent en 1888 et 1890 3 ; celle de Blida-Médéa-Berrouaghia en 18924. D'autre part, le décret du 16 janvier 1892 concéda au Département d’Alger tout un réseau de tramways à vapeur desservant le littoral, de Castiglione à Aïn-Taya et draînant la Mitidja par ses deux extrémités, par Rovigo et l’Arba à l'Est, par Marengo et Coléa à l'Ouest 5. Dellys et Boghni furent reliés à la voie ferrée d’Alger-Tizi-Ouzou en 1896 et en 1900%. L’agglomération algéroise était en outre desservie par le rail des C. F. R. A.

1. Le chemin de fer de Blida fut inauguré le 15 août 1862. La ligne d'Oran ne fut livrée complètement à la circulation qu’en mai 1871. (Ed. Dalles, 0. c., p. 196):

2. Pendant longtemps une lacune subsiste entre l’Alma et Sétif.

3. Voir Statistique industrielle de l’ Algérie, Alger, 1926, p. 205-211.

4. Le Conseil municipal d'Alger insista (9 mars 1894\ pour le prolongement de la ligne sur Boghari.

5. Ce réseau fut établi par la Société des Chemins de fer sur routes d'Algérie (C. F. R. A.) Il était question en 1895 d’un projet de tramway à vapeur, avec embranchement sur Bouzaréa, d'El Biar à Cheragas, présenté par la dite société le 6 octobre 1894 (Arch. M.) La ligne d’Alger-port à Rovigo fut mise en service jusqu’à l’Arba, le 31 mars 1897, jusqu’au terminus le 17 octobre 1898 ; celle de Coléa, jusqu’à Guyotville le 17 juillet 1899, jusqu’à Zeralda le ‘27 août 1899, jusqu’à Coléa le 4 décembre 1900.

6. Le 2 février 1893, le conseil municipal eut à émettre un avis sur le projet de prolongement de la ligne de Biskra sur Touggourt et Ouargla. Il se montra défavorable, estimant avec son rapporteur que la véritable voie de pénétration saharienne était celle d’Alger-Laghouat-Ghardaia-Goléa. On

dans toute sa longueur, de St-Eugène et de Bab-el-Oued à Hussein-Dey :. En 1896, on décidait la substitution de la traction électrique à la vapeur, du moins pour la traversée de la ville ? ; la ligne fut électrifiée dans la suite jusqu’à Maison-Carrée (5 janvier 1900).

On sait quelle importance peut avoir, pour l'extension d’une ville, l’amélioration des transports de voyageurs et combien les banlieues sont appelées à profiter de la rapidité et de la fréquence de leurs communications avec les villes, surtout quand elles sont surpeuplées, ou partiellement, ou en totalité. Or ce fut le cas de Mustapha par rapport à Alger, le jour où des tramways sur rails succédèrent aux omnibus à chevaux, et encore mieux lorsque la traction électrique remplaça la traction animale. De bonne heure et pendant longtemps Alger et sa banlieue furent desservis par des « corricolos », plus pittoresques que confortables 5. Dès 1841, les petites voitures dites «de Bab-Azoun» nécessitaient une cavalerie de 300 chevaux; en 18525, Fromentin notait qu’il

parle même du Soudan et du Niger. La ville d'Alger ne pouvait disait-on, se rallier à un projet qui nuirait à son port en détournant au « profit de la région constantinoise tout le commerce du Sud du département », dont elle était le chef-lieu et le débouché naturel.

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