Voir p
pation, la cherté des matériaux de construction, les variations du change, l'instabilité de la législation sur les loyers ont découragé les capitalistes. Depuis les quatre dernières années, le mouvement a repris, mais avec des caractères que nous aurons à définir dans la suite.
Et d’abord, entre les recensements de 1896 et de 1926, la population municipale d’Alger-Mustapha s’est accrue de 92.000 habitants 1. La progression n’a d’ailleurs pas été régulière ; c’est dans les quinze années de 1896 à 1911 qu’elle à été la plus rapide, avec un gain de plus de 72.000, soit une moyenne annuelle de 4.800. Pour les dix années qui suivent, cette moyenne se réduit à 3.300 ; elle remonte, de 1921 à 1926, à 9.850. Pour se rendre compte des rapports de ces chiffres avec le nombre et la distribution des constructions, 1l convient d’en faire le départ entre Alger proprement dit, Bab-el-Oued et Mustapha, et par ailleurs de distinguer la population musulmane et l'élément européen ?. Or, tandis qu’à Alger le nombre des habitants a augmenté, entre 1896 et 1926, de 43 %, à Bab-el-Oued la proportion a été de 103 % et à Mustapha de 141 %. Mustapha est devenu une agglomération de près de 75.000 habitants, et Bab-el-Oued une petite ville de 28.500. Ce n’est pas tout. Sur les 112.000 habitants d’Alger intra muros, en 1926, on compte plus de 45.000 indigènes, contre 67.500 Français et étrangers, alors qu’à Mustapha, la population musulmane est seulement de 10.000 individus contre 64.000 Européens ; à Bab-el-Oued, les Indigènes ne sont guère que 800. L’accroissement du nombre des Indigènes a été,
1. Nous ne donnons ici que les chiffres ronds. Voir les graphiques.
2. Nous comprenons ici bien entendu dans la population française l’élément israëlite qu'il n’y a maintenant aucune raison de compter à part.
entre 1896 et 1926, d'environ 22.000 pour Alger intra muros, sur un gain total de 34.000 habitants ; à Mustapha, les Musulmans se sont accrus de 7.500 unités sur un gain total de plus de 43.500.
De tous ces chiffres, qu'il fallait rappeler, on peut tirer quelques conclusions nettes qui intéressent l’histoire de la construction. 1° C’est sur Mustapha et Bab-el-Oued que s’est portée la majeure partie de l’excédent de population. 20 C’est là aussi que s’est établie la majeure partie de l’élément européen de cette population. 3° Le peuplement d’Alger intra muros s’est accru surtout par l’élément indigène. La progression suivie par la construction, autant qu’on en peut juger par les chiffres des recensements, traduit ces trois faits d’une manière suffisamment nette. À comparer le nombre des maisons d’Alger intra muros en 1896 et en 1926, on constate qu'il n’a augmenté que de 153 unités. Mais il faut considérer qu’un nombre important de petites et de vieilles constructions ont été abattues pour céder la place à de plus vastes immeubles de 4, 5 et 6 étages. La statistique n’enregistre pas ce résultat. Ce n’est pas en tous cas la population indigène qui a construit ; depuis longtemps, on le sait à Alger, il ne s’élève plus guère de nouvelles maisons mauresques. Les Musulmans immigrés de l’intérieur, population pauvre de travailleurs, s’entassent dans les anciennes ou dans les immeubles abandonnés par les Européens, et parfois surélevés, des quartiers de la Casbah, de la place de Chartres et de la Marine. En revanche, à Babel-Oued, il s’est élevé, dans la période qui nous occupe,
4. Bulletin municipal officiel de ta ville d'Alger. 1896, 1r sem. p. 795 et
Etat récapitulatif du dénombrement de 1926 ( Arch. departementales). Les chiffres sont : 3.393 et 3.540.
654 constructions ! ; ici aussi il faudrait tenir compte des démolitions de masures nombreuses. Pour Mustapha, les recensements ne nous renseignent qu'à partir de 1906 ?, alors que dans les dix années précédentes, on a certainement beaucoup bâti, puisque des quartiers entiers ont surgi de terre. Or le nombre des maisons et des villas est passé, entre 1906 et 1926, de 2.875 à 4.469, et cela en dépit de la crise qui a sévi de 1914 à 1923. Entre 1906 et 1921 — on pourrait dire par conséquent entre 1906 et 1914 — l’accroissement de 667 unités qui ressort des statistiques ne donne qu’une idée insuffisante de l'importance de l’activité des constructeurs et de la prospérité qu’à connue, à Alger, l’industrie du bâtiment encouragée par l’afflux des capitaux. De 1921 à 1926, le chiffre atteint 927, il est vrai avec une majorité de petites constructions plus ou moins éparses (544). De 1906 à 1921, en vingt ans, le nombre des maisons d’Alger-Mustapha s’est accru de 2.040, c’est-à-
1. Idem. On a recensé, en 1896, 475 maisons, et en 1926, 1029. En 1906, on en compte 662.
2. Les états détaillés de 1896 et de 1901 ont été détruits. Pour 1906, voir le Bulletin municipal de 1907, p. 363.
3. Onen a recensé 6998 en 1906, dont 813 éparses (villas et petites habitations avec jardins), et en 1926, 9038 dont 1834 éparses. On voit par là que le nombre des maisons éparses s’est accru de 1021, celui des maisons agglomérées de 1019. La plupart des constructions importantes ont été exécutées entre 1906 et 1914, ainsi que l’établissait un rapport lu au Conseil municipal en 1919. (Arch. M., 2 mai 1919. Rapport du Maire Ch. de Galland). De 1907 à 1916, il a été fait, sur une superficie de 330.035 mq, 1214 constructions nouvelles, immeubles de rapport. Il y a progression continue (sauf pour 1908) jusqu’en 1913 : 131 maisons élevées en 1907 sur 41.593 mq, 212 en 1912 sur 64.002 mq. Puis le chiffre descend en 1916 à 11 sur 1.984 mq. En 1917 et en 1918, on ne bâtit plus que quelques hangars et quelques constructions légères. En 1923, le Maire d'Alger, répondant au questionnaire sur la crise
dire de 29 %, proportion considérable si l’on songe aux circonstances défavorables. La moitié de ces habitations est recensée sous la rubrique € éparse » ; 1l s’agit donc d’une occupation progressive des terrains de la périphérie.
Il ne fallut pas dix années pour que les terrains militaires vendus par la Domaine à la Ville et rétrocédés à la Compagnie Foncière et Immobilière ! fussent couverts de constructions. De 1900 à 1910, le Conseil municipal eut à classer 66 rues nouvelles, dont 18 pour Alger, 9 pour Bab-el-Oued et 19 pour Mustapha ?. Le quartier d’Isly fut le premier à bénéficier de cet essor ; la rue d’Isly qui, au voisinage des portes, était encore, en 1899, bordée de terrains vagues et de fondouks, fut décorée de grandes et belles maisons, tandis qu’un petit quartier, aussi bien bâti, s'élevait entre elle et la rampe Bugeaud prolongée %. Puis ce fut le tour des terrains qui s’étendaient entre la rue de Constantine et le boulevard des quais (boulevard Carnot). Il fallut, au voisinage de cette voie, jadis construite en remblai, chercher les fondations jusqu’à 15 mètres au-dessous de son niveau. Deux monuments considérables, la nouvelle Préfecture 4 et la Grande Poste, vinrent attester,
du logement, en exécution d’une circulaire du Ministre de l’Intérieur, signale que depuis 4914, les particuliers ont édifié 425 maisons, « pour la plupart des villas ». Depuis le début de 1919, la crise « s’est accentuée d’année en année (15 février 1923).