CHAPITRE II
La distribution de la population sur le territoire d’Alger- Mustapha s’est opérée suivant des circonstances et selon des modalités qui ont varié dans le temps et dans l’espace. Les faits d’ordre naturel, tels que la topographie du site, les conditions climatiques saisonnières n’y ont certes pas été étrangères. Mais leur action a été le plus souvent subordonnée à d’autres facteurs, tels que la volonté des maîtres d'Alger, la restriction ou l’extension des espaces libres pour le logement de cette population, la nature même et l’origine des éléments du peuplement, les facilités plus ou moins grandes offertes à la circulation, les spéculations mêmes des propriétaires de terrains. Toutes circonstances que nous avons notées dans l’histoire de la construction. Il y a d’ailleurs, entre cette histoire et celle de l’établissement et des déplacements de la population sur le site, des rapports trop évidents et trop étroits pour qu’une division en deux chapitres distincts ne soit pas forcément artificielle ; la clarté de l’exposition peut
seule la justifier. Les deux ordres de faits sont connexes ; mais il n’y a pas toujours entre eux les mêmes relations de: cause à effet. Si l’on ne peut concevoir une extension de quelque importance des espaces construits sans un accroissement numérique des habitants, les déplacements de population qui modifient la carte de densité résultent le plus souvent de: louverture de nouveaux chantiers et d’un changement dans le mode d'utilisation du terrain. Ainsi devrons-nous faire appel, dans cette partie de notre étude, à des faits et à des considérations qui trouvent tout aussi bien leur place dans l'histoire de la construction.
Alger a grandi de part et d’autre de l’ancienne ville des: Turcs, s’allongeant vers le Nord-Ouest et vers le Sud par ses faubourgs Bab-el-oued et Bab-Azoun. En 1840, une nouvelle enceinte en a reporté les limites jusqu’à la nouvelle porte Bab-el-Oued, à 500 mètres de l’ancienne (Boulevard Guillemin actuel) et jusqu'aux portes d’Isly et de Constantine (Boulevard Laferrière) à plus d’un kilomètre au Sud. Les faubourgs de l’Agha et de Mustapha, qui prolongeaient celur de Bab-Azoun, ont fini par constituer une véritable ville, annexe d’abord de la commune d’Alger jusqu’au décret dw 26 janvier 1871, puis érigée en commune autonome, et enfin rattachée de nouveau par le décret du 10 avril 1904. La ville actuelle a donc été formée par la réunion de trois agglomérations qui se sont peuplées peu à peu, d’une manière d’ailleurs inégale et suivant des rythmes différents. On peut donc distinguer un Alger du Centre, un Alger du Nord-Ouest (Babel- Oued) et un Alger du Sud (Mustapha). Le premier comprend lui-même la vieille ville des Turcs européanisée, le quartier de l’Esplanade créé entre l’ancien mur du Nord et
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