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Exactement 57.866 habitants

1881 à 1886, assurément par l’effet des mêmes causes générales. Une étude plus précise des diverses communes de cette banlieue nous permettra de percevoir les influences variées, générales ou locales, leurs relations avec l’histoire de la capitale, et de déterminer la physionomie de leur peuplement et de leur vie économique. Il va sans dire que nous traiterons avant tout, sinon exclusivement, de la partie agglomérée de ces communes, de celle qui présente un caractère urbain.

Au Nord-Ouest du faubourg de Bab-el-Oued se développe la partie agglomérée de Saint-Eugène. Sur le plan au 1 : 10.000 du Service géographique de l’armée, la tache rouge des maisons s’allonge depuis le quartier de la Consolation et le Stade, limite de la commune d’Alger, jusqu’au delà des Deux-Moulins : bande d’une largeur moyenne de 250 mètres jusqu’à la petite anse que commandait jadis la batterie des Consuls, puis ruban mince qui se réduit au-delà des Deux-Moulins à une corniche, pour s’élargir ensuite sur la plate-forme qui porte la petite station de Pointe-Pescade. La partie agglomérée de la commune de Saint-Eugène occupe le territoire ainsi défini, mais elle ne prend figure de ville que sur les deux premiers kilomètres, entre le Stade et les Deux-Moulins.

Saint-Eugène est né, entre 1840 et 18441, sur le bord du chemin vicinal tracé le long de la mer, de Bab-el-Oued à la Pointe-Pescade, pour desservir les batteries de la côte. Ce n’était donc pas une de ces grandes voies de pénétration ouvertes au

1. Tabl. de la sit., 0. c., 1844-1845, p. 116 et 118. À propos des travaux de 1844, on mentionne le chemin vicinal n° 1, de 5.337 mètres qui va « au centre de la commune de Pointe Pescade. On y remarque des constructions nouvelles, des groupes d’habitations assez considérables pour former un nouveau village qui a pris le nom de Saint-Eugène ».

lendemain de notre arrivée par les services du Génie et des Ponts et Chaussées. Du moins elle rendait accessible un littoral particulièrement pittoresque par ses falaises, ses promontoires rocheux, ses écueils, ses petites anses, et digne d’être recherché surtout pour la fraîcheur qu'y apportent les brises du large pendant la saison chaude !. Saint-Eugène fut donc avant tout une station de plaisance et d’estivage, sur le territoire de la commune de Pointe Pescade que l'Administration rattacha, en 18482, à Bouzaréa devenu lui-même une annexe de la commune d'Alger ; car il fallut attendre 1870 pour que ces deux centres fussent émancipés et définitivement séparés. Des chalets, des kiosques, quelques villas dignes de ce nom, mais surtout beaucoup de cabanons et de guinguettes, tel fut l'aspect du village jusqu’en 1864%, date à laquelle un service

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2. Ordonnance du 31 janvier 1848. L'arrêté du 22 avril 1835 qui avait divisé l’ancien Fahs des Turcs en neuf communes avait séparé de l’ancien canton de Bouzaréa les territoires du littoral de l’Ouest pour en faire la commune de Pointe Pescade. En 1848, elle fut supprimée et confondue avec Bouzaréa, qui devint une annexe de la commune d’Alger. En 1866, elle fut dotée à part, et indépendamment de Bouzaréa, d’un adjoint spécial.

8. E, Fromentin (0. c.) n’en fait aucune mention. Barbier (0. c.) la considère comme « le plus agréable, le plus élégant, le plus gracieux de tous les villages des environs d’Alger » (en 1855), cite le « château des Tourelles » et le « pont en fil de fer » franchissant le ravin (ravin Stora actuel) et que le Ministre de Salvandy inaugura en 1846. Le Rev. E. W. L. Davies (0. c.) en 1857 ne parle de Saint-Eugène que pour ses guinguettes. Piesse (0. c.) en 1862 en fait à peine mention. Feydeau (0. c.) signale ses maisons, « presque toutes françaises, plantées sur une rampe de récifs » (1860). En 1864, Ch. Desprez (Miscellanées, 9 décembre 1864) raconte que le village s’accroît avec une telle rapidité qu’il promet de toucher bientôt à la fois à Bab-el-Oued et à Pointe Pescade. Le service de voitures a été inauguré au printemps de 1864 ; les terrains à bâtir sont allotis.

régulier de voitures fut inauguré entre Alger et Pointe Pescade sur une route refaite à neuf et macadamisée. Il n’y avait guère alors que 850 habitants agglomérés. Mais la spéculation s’y porta, on allotit les terrains entre la mer et le pied des pentes rapides de la montagne ; Saint-Eugène devait devenir « l’Auteuil, le Saint-Germain d’Alger ! ». Les Israëlites s’intéressaient à ce site ? ; ils y construisirent des maisons de plaisance entourées de petits Jardins et commencèrent même à les habiter d’une manière permanente. Mais les crises de 18067 à 1872 arrêtèrent ce développement ; en 1876 on ne recensait que 928 habitants, guère plus qu’en 1862 3. Il est vrai que cette population était doublée et triplée en été. La reprise des affaires, entre 1881 et 1886, ramena un peu de prospérité dans ce petit centre, affranchi de la tutelle d'Alger et érigé en commune autonome depuis 1870 *. La population agglomérée y dépas-

1. Ch. Desprez (0. c.) chronique du 9 décembre 1864. En 1866, St Eugène est devenue l’agglomération principale et on lui a accordé un adjoint spécial. Pointe Pescade en est une annexe.

2. Ils étaient 22 en 1861 ; ils sont 101 en 1866, 238 sur 928 habitants en 1876, 412 sur 1.383 en 1881. D'ailleurs, en 1864, on signalait au Conseil municipal d’Alger (20 décembre) que la plupart des habitants de Saint-Eugène étaient des habitants d'Alger. Voir E. Dalles, (0. c.), p. 132-143.

3. En 1878, H. Dumont (0. c., p. 30) déclare qu’à Saint-Eugène « tout est à vendre ou à louer... la spéculation s’est trompée ». Ch. Jourdan (0. c., p. 30) trouve en 1879 que le « Bougival des Algériens » a un air mesquin et étriqué. À Pointe Pescade, il ne signale qu’un restaurant « Madrid de barrière », fréquenté surtout par les Israëlites. O. Mac-Carthy (Alger et ses environs. — Assoc, pour l'avancement des sciences, Alger, 4881, p. 327) note l'importance de cette dernière population depuis quelques années. Les Musulmans, peu nombreux au début, y ont pris une certaine importance depuis peu (voir p. 249). Ils étaient 350 en 1906, 617 en 1911, 909 en 1921, 1001 en 1926.

4. Arrêté préfectoral du 14 septembre 1870. Les habitants, se déclarant délaissés par la Municipalité d’Alger n’avaient cessé de réclamer leur sépara-

LA BANLIEUE 595 sait 2.000 habitants en 1886, 2.600 en 1896 et 3.000 en 1901.

Saint-Eugène devait profiter largement de l’amélioration des anciennes voies de communication et de l'ouverture des nouvelles. Pointe Pescade avait cessé de bonne heure ! d’être une impasse ; succédant au chemin en corniche que la mer menaçait sans cesse, une route, qui était devenue la rue principale de Saint-Eugène, conduisait bien au-delà, sur Guyotville, centre de la culture des primeurs, sur Coléa, Castiglione, Tipaza et Cherchell. Une ligne de tramways sur rails reliait, en 1895, la petite ville déjà formée au centre d’Alger ? et se prolongeait bientôt par un chemin de fer à voie étroite jusqu’à Coléa et Castiglione ; en 1905 était achevé un magnifique boulevard Front de mer, la « Corniche » algéroise, qui apportait une parure et une vie nouvelles à l’agglomération de Saint-Eugène.

tion depuis 1848, même après avoir obtenu un adjoint spécial (Arch. M., 28 mars 1848, 6 avril 1852, 20 juin 1853, 30 novembre 1857, 20 février 1858, 27 septembre et 21 octobre 1861, 20 décembre 1864, 29 août 1865. Le 14 février 1866, le Conseil de gouvernement réunissait Saint-Eugène et Pointe Pescade. La séparation définitive donna lieu inversement à quelques revendications de la Commune d’Alger, mais elles n’eurent jamais l’acuité des protestations élevées contre celle de Mustapha. La question fut reposée en 1884 (15 décembre), en 1890 (11 avril). Le Conseil général se prononça en faveur d’une rectification de limites qui fut opérée, non sans difficulté, par un décret du 10 avril 1904. On avait songé un moment à réannexer la partie agglomérée à Alger et à donner le reste à la commune d’El Biar. (Arch. M., 25 août 1890, 30 janvier 4891 et surtout Arch. Nat. F$0 dossier non classé, mais communiqué obligeamment à l’auteur par M. Bourgin). Saint-Eugène ne perdit finalement que le petit pâté de l’Ermitage, contigu à l'Hôpital du Dey, le territoire des deux cimetières, chrétien et israëlite, et le terrain du Stade.

1. Par l’ouverture du chemin conduisant par Guyotville à Staoueli et rejoignant au-delà la route n° 7 d’Alger au Mazafran et à Coléa. (Carte du Territoire d'Alger au 1 : 50.000 révisée en 1864).

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