Idem, p
614 LE MOUVEMENT DE LA POPULATION passait de 1.295 habitants à 3.035. En 1870 les droits de place
donnaient des bénéfices supérieurs à ceux du marché de l’Arba, sans pouvoir d’ailleurs rivaliser avec ceux de Boufarik qui occupait le premier rang dans le département ; mais le produit des droits d’abattage, en raison de la proximité plus grande d’Alger, n’était pas très sensiblement inférieur à celui du grand marché de la plaine t.
Maison-Carrée a grandi comme agglomération surtout depuis 1886, et les progrès ont été plus rapides que dans tous les autres centres de la banlieue d'Alger. De 2.141 habitants, la population est passée en 1901 à 4.655, en 1911 à 6.808, en 1921 à 8.901, en 1926 à 11.529. L'industrie a en effet, surtout dans les vingt-cinq dernières années, collaboré avec le commerce européen et indigène accru d’ailleurs dans de fortes proportions. Moulins, briqueteries, distilleries, fabriques de produits chimiques, ont réclamé une main d'œuvre importante, en même temps que la présence et la prospérité d’un grand marché groupaient et multipliaient les petits négoces et les métiers communs à ces centres d'attraction, magasins et boutiques, restaurants, cafés, gargotes, petits ateliers de réparation, etc. Maison-Carrée possède en outre une garnison ? et plusieurs établissements d’instruction, une École primaire supérieure, un Institut agricole et un Institut industriel. Une petite ville s’est ainsi formée, dont le développement s’est
1. Département d'Alger, o. c., 1870, p. 114-117. Le produit des droits de place du marché de Maison Carrée est à cette date de 4.342 francs, à l’Arba, il est de 3.697 francs, à Boufarik, de 33.684 francs. Mais les droits d’abattage rapportent à Maison Carrée 6.953 francs et à Boufarik 8.510 francs.
2. C’est la portion centrale et le dépôt du 5° Régiment de Tirailleurs Algériens.
fait surtout dans la partie haute, à l’abri des inondations et des miasmes de l’Harrach, par les quartiers du Parc et de Belfort 1.
La majorité de la population européenne est d’origine étrangère, naturalisée ou non ?. L’élément espagnol prédomine avec une supériorité numérique écrasante ÿ, dont on n’a pas lieu d’être surpris, étant donné la position de Maison-Carrée entre deux centres peuplés par les « Mahonnais » dès l’origine, Hussein-Dey et Fort de l'Eau. L’accroissement de la population indigène dans les vingt dernières années a été particulièrement remarquable ; le nombre des Musulmans est passé, entre 1906 et 1926, de 1.136 à 5.038 4. La plupart sont des ouvriers, des manœuvres d’usines 5, des journaliers agricoles, des terrassiers, des portefaix, des maquignons, des garçons d’écurie, des bouchers, des marchands de légumes, beaucoup de cafetiers et de gargotiers, des épiciers et des marchands de tissus
1. Ces deux quartiers ont en 1926 une population de 3.814 habitants, soit le tiers de la population totale.
2. C’est ce qui ressort des recensements de 1911 et 1921. En 1911, on compte 1.239 étrangers et 1.767 naturalisés, soit 3.006 sur 4.740 Européens ; en 1921, les chiffres respectifs sont 1.488 et 1.457, au total 2.945 sur 5.412 Européens.
3. Ils sont, en 1926, 1.147 sur 1.678 étrangers ; on ne constate pas ici la diminution observée à Alger. Elle aurait porté plutôt sur les Italiens (284 au lieu de 342 en 1921).
4. Population indigène agglomérée de Maison Carrée de 1906 à 1926. 1906 : 1.136 habitants ; 1911 : 2.068 habitants ; 1921 : 3.489 habitants : 1926 : 5.038 habitants.
5. Il y a aussi quelques petits ateliers indigènes pour la vannerie notamment, dont l’écoulement est aisé dans un marché. On ne doit pas oublier d’ailleurs que Maison Carrée est, outre un marché de bétail, un marché impor-
tant de légumes.
Mozabites 1 ou Kabyles. Ce dernier élément aussi apte au négoce qu'aux travaux manuels se trouve particulièrement à son aise dans un centre qui est à la fois agricole, industriel et commercial. On sait par ailleurs qu’il n’y a pas en Algérie de population plus mobile ; or Maison-Carrée est un nœud de routes et de chemins de fer desservi dans toutes les directions par des moyens de transport multiples, trains, tramways, autobus, voitures publiques ? ; c’est déjà une gare et un faubourg de la capitale, où les Indigènes de toute origine trouvent facilement à se ravitailler en produits manufacturés et en denrées coloniales apportés d'Alger.
Quelques faits saillants se dégagent de cette étude rapide de la banlieue d'Alger. En premier lieu, il est manifeste que la population agglomérée y a augmenté depuis 1881 dans une proportion supérieure à celle de la population éparse. À cette date, elle représentait 45 % de la population totale ; en 1911, 54 %, en 1926 plus de 58 %,. Les communes qui se sont le plus distinguées dans cette progression sont celles de Birmandreis sur laquelle Alger a débordé, de Kouba quis’est peuplée surtout dans le voisinage de la grande ville, mais principalement de Hussein-Dey et de Maison-Carrée, dont les gains, de 1921 à