‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 435 sur 465 · Louvre, Galeries de France, Bon Marché par exemple · texte numérisé non relu

Louvre, Galeries de France, Bon Marché par exemple

plus complets constituant des petites villes dans la grande. Cette évolution n’est assurément pas un fait tout récent à Alger, mais depuis quelques années, elle tend à suivre un cours plus rapide. Au lendemain de la conquête, il n’y a qu’un quartier du commerce européen, celui dont la rue marchande est la rue de la Marine. Puis, à partir de 1845 ; il se porte peu à peu vers la rue Bab-el-Oued, la rue de Chartres et la rue Bab-Azoun qui devient alors l’artère maîtresse et reste jusqu’au-delà de 1900 la rue de la Flânerie, sous les arcades et devant les étalages des magasins. Dès cette époque, la rue d’Isly et son prolongement depuis la place Bugeaud jusqu’à l’ancien boulevard militaire tendent à prendre la première place qu’elle a conquise à la veille de la guerre, sans que le grand commerce ait pour cela abandonné l’ancien quartier du centre. Et depuis, par une nouvelle extension, Mustapha, tout le long de la rue Michelet, s’est peuplé des magasins les plus divers et de quelques commerces de luxe installés à proximité de la clientèle riche des quartiers neufs. Cette progression est tout naturellement conforme à celle que suit le développement de la ville. Bab-el-Oued conserve encore, de ce fait et malgré son expansion d’ailleurs récente, le caractère d’une petite ville de province où le commerce de détail est pratiqué presque exclusivement dans des boutiques dénuées de toute prétention, mais que complètent quelques magasins, dans l’ancienne artère du même nom et dans les parages de la place du Gouvernement. Ainsi, d’une manière générale, le développement des affaires, la nécessité de trouver des emplacements, l’attraction des voies les plus fréquentées, l'extension en longueur et le décentrement de la ville ont contribué à la diffusion des commerces divers. À l'exception de

la rue de la Marine qui ne conduit plus depuis longtemps au débarcadère des bateaux de France, on ne peut pas dire qu’il y ait eu un seul quartier déserté depuis la conquête. La région voisine de la place du Gouvernement a conservé toute son activité, et le commerce indigène reste fixé dans la rue de la Lyre et la rue Randon, tout comme la rue Bab-Azoun reste le siège de vieilles maisons solidement établies sur la place. Les hôtels n’ont pas davantage abandonné le voisinage des quais où l’on aborde. Mais la file des magasins et des lieux de réunion, cafés, brasseries, salles de spectacle s’allonge de plus en plus dans la direction générale que suit le développement de la ville, et peu à peu les divers quartiers, dont les premières routes sont devenues les voies centrales, tendent à organiser leur vie commerciale particulière et autonome, selon la nature et les besoins de la clientèle.

Alger mérite encore plus lattention comme étant une grande place du commerce de gros, dont l’importance est suffisamment apparente dans les chiffres de son trafic maritime : 3.890.000.000 francs en 1926, dont 2.224.000.000 aux importations et 1.666.000.000 aux exportations !. Mais, si considérables qu’elles soient, ces valeurs ne sauraient rendre compte de toutes les affaires qui y sont traitées ni du rôle

1. Doc. stat., 1926-27, p. 235. Exactement 2.223.855.000 francs et 1.665.703.000, soit au total 3.889.558.000 francs. Ce sont là les chiffres du commerce général. Le commerce spécial est de 2.090.756.000 francs et de 1.554.434.000 francs, soit en tout 3.645.900.000 francs. La différence avec le commerce général, soit 244.368.000 francs correspond essentiellement à la valeur des charbons et du mazout reçus à l’admission temporaire et réexportés (155.619.000 francs) et aux denrées coloniales (thé et café) transitant à destination du Maroc et des oasis sahariennes, aux tabacs provenant des entrepôts.

prépondérant qui lui est réservé dans la colonie. Car Alger n’est pas seulement un port régional où transitent les produits en provenance ou à destination de l’intérieur expédiés ou apportés par la voie maritime ; c’est en outre le centre de commandement de l’Algérie commerciale!, où se trouve, pour la plupart des produits, le siège des maisons les plus importantes, où se passent des contrats, où affluent et d’où partent des commandes dont l’exécution intéresse aussi les autres ports de la colonie. C’est là en particulier que sont attachées le plus fortement les relations commerciales de l'Algérie avec la France, le premier client et le premier fournisseur. Des circonstances historiques et des traditions établies ont pu contribuer sans doute à créer et à consolider cette situation ; mais, de l’avis des hommes d’affaires les plus compétents, la position centrale d’Alger et sa prépondérance comme ville française en sont les principales raisons. Quelques aperçus sur les principaux articles du commerce de gros permettent de justifier ces affirmations ?.

Au premier rang figurent les vins pour lesquels Alger est certainement la première place de la colonie. Ils constituent l’objet de commerce que l’on peut appeler le plus « régional » ;

1. Il n’existe pas d’ailleurs de Bourse du commerce à Alger ni ailleurs en Algérie, bien que l'importance des affaires puisse justifier une institution de ce genre.

2. La source principale d’information à laquelle nous avons recouru pour la rédaction des pages qui suivent a été une enquête personnelle poursuivie auprès de quelques-unes des personnalités les plus qualifiées du commerce algérois. Nous remercions ici particulièrement MM. Athias, Bardin, Blachette, Challand, Coulet, Deicke, Fr. Lung, Mathieu, Mélia, Müller, Albert Stora, Simeray et Vémian pour les renseignements qu’ils nous ont fournis et les documents qu’ils ont mis à notre disposition.

or le département d'Alger a toujours été jusqu'ici le principal producteur et exportateur !. Si quelques grandes maisons ou sociétés françaises d'alimentation ont une tendance de plus en plus marquée à acheter directement à la propriété, à installer à Alger des bureaux d’achat et de contrôle et des entrepôts de manipulation, la plus grande partie des affaires est néanmoins entre les mains d’une dizaine de maisons algéroises qui se sont spécialisées dans la création de types commereciaux de vins en vue de l’exportation. La consommation locale absorbe environ 300.000 hectos ; elle est faible, comparée aux expéditions par mer, qui dépassaient 4.900.000 en 1926. A la différence d'Oran, Alger n’exporte qu’une très faible quantité de mustelles ?. Quant aux alcools, ils constituent plutôt un article de spéculation dont les chiffres sont par conséquent très variables d’une année à l’autre *.

À l'inverse du commerce des vins, celui des céréales n’emprunte aux régions desservies par le port d'Alger que la plus faible partie de sa matière ; et cependant c’est à Alger que se font les tractations les plus importantes, pour l’importation comme pour lexportation. Des trois départements, celui de la capitale est le plus faible producteur et l’on peut dire que pour son ravitaillement il est ordinairement tributaire des deux autres, dans une proportion supérieure à la moitié. La culture de la vigne y a paralysé le développement de celle des céréales et, en certains points, l’a même fait recu-

4. Il'est sorti en 1926 par le port d'Alger 4.932.969 hectos et par celui d'Oran, 2.819.339. (Exp. des trav. Oran, 1927, o. c., p. 822).

2. En 1926, Oran en a exporté 95.723 hectos, Alger 38.146 seulement. Exp. des trav. Oran., p. 823).

3. En 1926, Alger en a expédié 71.310 hectos ; Oran, 17.249. (Ibid.)

ler 1, C’est ainsi que, depuis 1885, tandis qu’en Oranie et dans le département de Constantine, les surfaces ensemencées en blé tendre ou dur et la production augmentaient sensiblement, les chiffres sont dans l’ensemble restés stationnaires dans le département du centre ?. Néanmoins la direction des principales affaires est restée à Alger, où elle se partage entre huit ou dix maisons, auxquelles on doit ajouter les grandes minoteries de la ville et de la banlieue qui participent activement à ce commerce. L’exécution des contrats se fait d’ailleurs le plus souvent par d’autres ports, par Oran, Mostaganem, Philhippeville et Bône . Contrairement à ceux-ci, celui de la capitale ne se prête pas au dépôt des céréales, ni à la manipulation, aux opérations de criblage et de mélange. Elles n’y occupent qu’une place infime sous les voûtes et les hangars-abris ; on aurait peine à y trouver plus de 3.000 quintaux.

Alger occupe aussi la première place dans la colonie pour le commerce du tabac en feuilles, la deuxième revenant à Bône ; c’est la conséquence de la primauté que la production assure à son département, grâce aux régions de culture des Issers, de l’Alma et de la Mitidja occidentale. La création, dans les centres de production, de coopératives de planteurs, les « Tabacoops »4, avec lesquelles traite la Régie française,

4. Par exemple dans la Mitidja (J. Franc. La colonisation de la Mitidja, Paris, 1928, p. 666).

2. P. Delorme. Le commerce algérien, o. c., I, p. 110 et 112 et Exposé des trav. ch. com. Oran, o. c., p. 80.

Page 1