Langier de Tassy, 0. c. p
4. Tollot. Nouveau voyage fait au Levant ès années 1731 et 1732, Paris, 1742.
5. Venture de Paradis, o. c. p. 5. Les Algériens avaient dénommé « charpentier majorquin » le vent du Nord qui brisait et débitait leurs navires en planches. Voir aussi sur ce sujet Albert Devoulx, (Quelques tempêtes à Alger.
Revue Africaine, XV, sept. 1871).
mouillaient à l’entrée du port, que l’on fermait chaque soir au moyen d’une chaîne tendue, des écueils de la Santé à l’extrémité du Grand Môlet. Ils y étaient exposés, étant serrés sur un petit espace, à s’entrechoquer, à briser leurs amarres et à dériver 2. La capacité du port était en somme bien réduite. Si le Père Dan y compte plus de cent vaisseaux, soit de course ou autres, il englobe évidemment dans cette dénomination quelque peu ambitieuse de simples embarcations ; Shaler estime plus modestement la contenance à cinquante vaisseaux, et Sander Rang, bien renseigné et plus compétent, déclare, en 1837, que le port turc pouvait « tout au plus » contenir vingt-cinq vaisseaux de cent cinquante à trois cents tonneaux ÿ. Cette évaluation est peu discutable, émanant d’un officier de marine qui fut pendant trois ans directeur du port. C’est ce médiocre refuge cependant qui pendant plus de deux siècles terrorisa la Méditerranée et fut considéré comme imprenable, après l’échec retentissant de Charles-Quint en 1541.
Le port de Kheir-ed-din était destiné à être non seulement le refuge, mais aussi l’arsenal des corsaires. Sa protection militaire contre les flottes européennes fut une des principales préoccupations des souverains d’Alger. S'ils ne négligèrent pas complètement les défenses du côté de la terre, ces grands
1. Venture de Paradis, idem. Souvent d’ailleurs la flotte des corsaires allait de préférence hiverner à Bougie, où le mouillage était plus sûr.
2. Sander-Ranpg, 0. c. L’auteur remarque d’ailleurs — il écrit avant l’exécution des travaux d’amélioration — que les accidents depuis 14830 ont augmenté en nombre, en raison même de celui des navires. Les Turcs ne permettaient pas à d’autres navires que des bâtiments de guerre étrangers, de stationner en dehors du port ; il en fut autrement après 1830.
3. Idem. p.344. La superficie de la nappe d’eau atteignait à peine 6 hectares, la profondeur variait de 2 à 6 m, |
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constructeurs de fortifications paraissent du moins n’avoir jamais envisagé l’hypothèse de l'attaque telle que devait la réaliser notre armée en 1830. Ils se laissèrent fasciner par les bombardements et les tentatives de débarquement opérées aux abords immédiats de la ville et concentrèrent toute leur attention et toute leur activité sur l’organisation du front de mer. Il faut avouer que rarement place maritime fut dotée d’autant d'ouvrages et qu’ils purent sans exagération décorer celle-ci du titre de « bien gardée ». Ce fut une œuvre de longue haleine, dont chaque phase fut suggérée par la menace ou l'exécution de quelque opération navale des puissances chrétiennes, œuvre d’ailleurs souvent hâtive, et que l’on connut dans la suite plus imposante à l’œ1l que solide dans le fond. Elle mérite néanmoins d’être décrite {.
1. Les descriptions des fortifications d'Alger, sur le front de mer et du côté de la terre, sont nombreuses ; leur représentation graphique est généralement plus soignée et plus exacte que celle des autres détails de la ville et de ses environs. Pour l’iconographie nous nous contentercns de renvoyer à notre bibliographie, au début du volume, où nous avons signalé les documents les plus intéressants. Pour la description, les meilleurs témoignages sont, au xvi® siècle, ceux de Haëdo, dans sa Topographie d'Alger et dans son Histoire des rois d’ Alger, où il mentionne spécialement tous les travaux de ce genre accomplis sous les divers souverains jusqu’à 1586, ceux de Lanfreduect et Bosio dans leur Disegno d’Algierti d’une précision remarquable ; pour le xvrré et le xvirre siècle, il y a quelques renseignements nouveaux dans les descriptions du Père Dan, de Laugier de Tassy et de Venture de Paradis. Pour le début du xrx°, Boutin fait autorité avec sa « Reconnaissance générale des villes forts et batteries d’ Alger », dont on n’oubliera pas de consulter les cartes et dessins dans la belle publication de M. G. Esquer. (Collection de documents inédits, Gouvt général de l’Algérie, 2€ série ; IT, Paris, 1927). Ajoutons que sur l’histoire des divers ouvrages fortifiés, nous avons utilisé le Corpus des Inscriptions arabes et turques de l'Algérie, tome I, publié par Gabriel Colin ; on y trouvera de nombreux renseignements.
116 ALGER AVANT 1830 Sous Arab-Ahmed-Pacha (1572-1574), un parapet muni
d’embrasures fut construit sur le front de mer de l’île, deux tours furent édifiées, l’une pentagonale sur l’emplacement de l’ancien Peñon (Bordj-el-Fanar), l’autre au musoir du Grand Môle : ; la première fut dans la suite armée de batteries étagées. Les bombardements successifs des escadres européennes ? déterminèrent de nouveaux travaux qui dotèrent les défenses du port de huit forts : du côté du Sud, le Bordj-el-Särdin *, le Bordj-el-Goumen 4, le Bordj-Râs-el-Moûl5 ; au centre le Bordj-ma-Bîn 5, vers le nord le Bordj-Djedid 7, le Bordj-el- Fanar, et à l'extrémité faisant face au Nord et au Nord-Est,
1. Haëdo. Histoire des rois d'Alger, p. 154-156. On travaillait en 1619 (Gramaye, 0. c., IT, 2) à faire de la Tour du Phare un véritable château-fort que les gravures du xvire siècle représentent avec deux étages de batteries ; il y en avait quatre au commencement du xix°; les travaux d’Arab-Ahmed furent effectués dans la crainte d’une attaque de don Juan d’Autriche.
2. Il s’agit des bombardements des Anglais en 1622, 1655 et 1672, des Hollandais (Ruyter) en 1680, des Français en 1661 (chev. Paul), 1665 (de Beaufort), surtout de ceux de Duquesne en 1682 et 1683, de d’Estrées en 1688, des Danois en 1770,des Espagnols en 1783 (Barcelo) et du grand bombardement de Lord Exmouth et Van Cappellen, le 27 acût 1816.
3. Construit en 1666-67 sous Ali Agha (Gab. Colin, o. c. p. 60-63).
4. Fort des Câbles ou de la Corderie de la Marine, sur l'emplacement de la Vigie placée en 1573. Il fut édifié quelques années après le précédent. (Gab. Colin, o. c., p. 60-63.)
5. Fort de la Pointe du Môle ou Bordj el Hadj Ali, achevé sous le dey Hadj Mustapha en 1703-1704. I1 défendait l'entrée de la passe.
6. Fort intermédiaire, construit après le bombardement de 1816, sous le Dey Hussein, en 1823-24, pour boucher l'intervalle entre le Bordj-el-Fanar et le Bordj-es-Sârdin (Gab. Colin, p. 277).
7. Fort Neuf, que l’on ne doit pas confondre avec celui qui avoisinait la porte de Bab-el-Oued. Il fut construit sous Mohammed ben Osman-Pacha en 1773-74. (Gab. Colin, p. 138-139).
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les deux batteries de Râs Amar!. Quelques-uns de ces ouvrages, comme la tour du Phare et le Musoir, étaient à plusieurs étages de batteries ; l’ensemble constituait certainement la partie la plus forte de la défense d’Alger. Boutin, en 1808, y comptait cent quatre-vingt canons, dont plusieurs du calibre de 36 et de 48 ;? on en trouva deux cent trente-sept en 1830 5. Les défenses de la ville étaient loin d’être aussi puissantes.
La ville berbère que vit, à la fin du x£® siècle, Ibn Haukal était déjà entourée de murailles 4, comme l'avait été la ville romaine *, et dominée par une citadelle, la Casbah. Cette enceinte parut insuffisante aux Turcs. Dès qu’il fut maître d'Alger, le premier soin d’Aroud; fut, en 1516, de construire un peu plus haut que l’ancienne, une nouvelle Casbah, dont les travaux ne furent achevés qu’en 1590 sous Kheder Pacha $. L’enceinte de la ville, que Haëdo compare à une arbalète, et qui épousait sa forme triangulaire, fut refaite par Kheïred-din et ses successeurs, notamment par Hassan-Pacha son fils, par Mohammed-Pacha et par Arab-Ahmed Pacha qui, entre les années 1572 et 1574, rebâtit complètement la porte
1. Râs Amar el Qedîm et Râs Amar el Djedid, « batteries ancienne et nouvelle de la Pointe Amar », construites après 1816, la dermière sous le Dey Hussein.
2. Boutin, o. c. p. 35-36. Il ajoute : « On croit qu’il serait aussi dangereux qu’inutile d’y former une attaque réelle, à moins d’avoir une flotte exprès pour cela ».
3. Rozet. Voyage dans la Régence d'Alger, Paris, 1833, tome III, p. 41.