‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 54 sur 465 · Ibn Haukal, o. c · texte numérisé non relu

Ibn Haukal, o. c

5. Steph. Gsell. Atlas (0. c.) feuille 5. Des restes de murs sans doute romains et de tours romaines ou berbères ont été retrouvés dans la partie Nord-Ouest.

6. Haëdo. Histoire des rois d'Alger, 1, 8, p. 22. — Gab. Colin, o. c. p. 27 et 31.

Bab-Azoun, la plus exposée à une attaque, élargit le fossé et éleva un bastion à l’extrémité de la muraille du Sud, sur la falaise même. La description des murailles de l’Alger des Turcs à été souvent faite ; on comprend qu’elles aient intéressé particulièrement les Européens. Grâce surtout à Haëdo et plus près de nous, à Boutin, nous possédons des données précises qui nous les montrent telles que nous les avons trouvées en 1830.

Sur un périmètre de 2.500 mètres environ, le rempart se dressait à une hauteur de 11 à 13 mètres, plus haut d’ailleurs et plus épais de côté de la mer. Il portait, à petites distances, des tours à peu près carrées, à peine saillantes, et seize bastions représentant 214 embrasures de canons. Le fossé, profond de 6 à 8 mètres était large de 11 m. 50 à 14 m. 502. Les murs étaient faits de briques crues, réunies par un bon mortier composé de chaux grasse, de terre rouge et de sable de car-

1. C’est là que l’attaque des chevaliers de Malte était venue se briser, le 25 oct. 1541. Arab Ahmed Pacha plaça en avant de la porte un « ravelin », sorte de redan ou de demi-lune. (Haëdo, Hist. XIX, 1). Le plan de 1832, intéressant pour les détails de la fortification d’Alger, porte une « fausse braie » sur toute la longueur du « fossé du Midi ». Les gravures anciennes l’indiquent fort bien (Alger ancien et moderne, album de Vollenweider, Alger, n° 14, Il); elle double l’enceinte. Sans doute Arab Ahmed en fut-il l’auteur. (Haëdo, Topog. VIIT).

2. Haëdo, Topographie, V, p. 417. — Il donne les dimensions suivantes. Perimètre : 1800 pas du côté de la terre, 1600 du côté de la mer. Hauteur des murs : 30 pieds, 40 sur le front de mer. Épaisseur : 11 à 13 pieds. Largeur du fossé : 16 pas, 20 du côté de Bab-Azoun, où le fossé sur 450 pas est bien entretenu. En 1830, le chef de Bataillon du Génie Collas (Mémoire sur la place d'Alger, Arch. du Génie, Alger, art. I, n° 11) estime le développement mesuré sur les remparts à 3000 mètres. Voir aussi Boutin o. c. p. 32-34 et cartes et dessins, feuille 15.

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rière et reposant sur un soubassement de pierre de tuf, et parfois sur l’ancien mur romain, dont on a retrouvé les pierres de taille et les solides blocages. Le calcaire bleu, dont les carrières étaient cependant proches, n’apparaît que rarement, et seulement dans les remparts de la Casbah!. Aussi cette enceinte, facile à ruiner ?, avait-elle été renforcée par des bastions, plus nombreux du reste sur le front de mer, dont

la défense contre les escadres tendait à accaparer la solheitude des Algériens. De ce côté, l'enceinte était munie de cinq batteries ? et de deux ouvrages plus importants, celui qui défendait la porte de la Marine, à la naissance du môle de Kheïr-ed-din, l’ouvrage « le meilleur et le plus fort d'Alger », au témoignage de Haëdo {, et un autre, mentionné par lui comme demi-lune, protégeant l’arsenal de la Pêcherie, et qui fut renforcé beaucoup plus tard, après le bombardement de 1816 5. Sur le front de terre, on comptait trois batteries de

1. Collas, o. c. et renseignements fournis par M. Darbeda architecte du Gouvt génl, Voir aussi Laugier de Tassy, o. c. p. 170-171.

2. C'était déjà l’opinion de Lanfreducci et Bosio, même pour les murailles du front de mer qu’il distingue cependant des autres (0. c. p. 472).

3. Elles sont indiquées ainsi que les ouvrages dont nous parlons sur le plan de 1832. Voir aussi H. Klein, o. c. Le vieil Alger et l’occupation militaire, Alger, 1910, p. 30-32.

4. Il fut construit en 1551-52 par le Caïd Saffah (Haëdo, Hist., p. 83). Il comprit seulement au début la batterie dite « des Andalous » ou de la Douane, où se voyait encore en 1830 une célèbre pièce à sept bouches provenant de Fez. Dans la suite, on y ajouta au Nord-Ouest de la porte une autre batterie qui la prolongeait ; elle est figurée sur le plan de 1832. Il est possible qu’elle ait été construite sous le Dey Hussein qui refit la porte. (Gab. Colin, o. c. p. 37- 39).

5. À la batterie mentionnée par Haëdo (Top., ch. VI) établie au-dessous de la mosquée de la Pêcherie, Hussein-Dey fit ajouter le Bordj-el-Bahar, audessus du petit arsenal, Occupé par nous en 1830, cet ouvrage, dont on peut

120 ALGER AVANT 1830 chaque côté, de Bab-Azoun et de Bab-el-oued. La Casbah

en portait trois, dont une tournée vers la ville 1.

Cinq portes principales s’ouvraient dans cette enceinte au Sud-Ouest et au pied de la Casbah, la Porte Neuve, au Sud la porte dite Bab-Azoun, la plus importante, et la plus fréquentée, d’où partaient les routes de l’intérieur, à l’Est, donnant sur la mer, la porte « du Poisson », ou « de la Pêcherie » ou « de la Douane », et la porte « de l’Ile » donnant accès au môle, enfin au Nord la porte « de l’Oued », ou Bab-el-Oued ?.

voir la plate-forme sur les anciennes gravures (Berbrugger. Algérie historique, pittoresque et monumentale) subsista jusqu’à la construction du boulevard de l’Impératrice. C’est peut-être à sa construction que fait allusion l’inscription n° 152 du Corpus de Gab. Colin, datée de 1820-21.

1. La Casbah fut défendue, du côté de la ville, du jour où Alh-Khodja, l’avant-dernier Dey, abandonna en 1817 l’ancien palais de la ville basse, la Djenina, où il ne se sentait pas en sûreté, pour s’enfermer dans la citadelle. Voir la description de la Casbah, telle que la vit en 1830, Rozet (0. c., IIL, p. 28- 38).

2. Haëdo (Top., ch. VI) compte neuf portes. Lanfreducci et Bosio, comme plus tard la plupart des auteurs des descriptions d’Alger, ne parlent que de cinq. Le Père Dan en désigne six ; 1l ajoute aux cinq que nous dénommons une porte de « l’Alcassava » (Casbah). Haëdo mentionne deux petites portes du mur nord, dominant celle de Bab-el-oued, à 800 et 820 pas, près du marabout de Sidi-Ramdan, et il fait aussi entrer dans son compte les deux portes de l’arsenal de la Pêcherie. La Porte Neuve (Bab-el-Djedid) s’ouvrait sur le chemin du Fort d’Empereur ; c’est par là qu’entra l’armée française en 4830. Bab-Azoun était par excellence la porte du ravitaillement d’Alger ; elle était double, comportant une ouverture dans l’axe de la rue des Souks et une autre, en chicane, dans la fausse braie. La porte du Poisson (Bad-el-Hout), porte « de la Piscaderie » du Père Dan, servait aux pêcheurs et à la Douane qui contrôlait là toutes les marchandises des chrétiens pénétrant dans la ville. Bab-el- Oued (0. Mracel) s’ouvrait sur le cimetière des Pachas et la place où l’on brûlait les chrétiens et les Juifs. Bab Djezira ou Dzira, ou Bab-el-Bahr (porte de la mer) ou Bab-el-Djihad (porte de la guerre sainte) était la porte du quartier des reïs.

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Hors de l’enceinte furent construits durant la domination turque et jusqu'aux dernières années précédant notre arrivée, toute une série de forts et de batteries, dont la plupart complétèrent Le front de mer de la défense. Mais du côté de la terre, il n’y en eut que deux, dont un seul, le Fort de l'Empereur, subsistait en 1830. Car le Bordj construit en 1568 par Mohammed-Pacha, à cinq cents pas (360 mètres) au Sud-Ouest et au-dessus de la Casbah, connu des Européens sous le nom de « Fort de l'Étoile » 1, n’existait plus en 1808, date à laquelle Boutin le mentionne comme ayant sauté. Le Fort de l’'Empereur (sultan Kalassi), ébauché en 1545 par Hassan-Pacha, à 1.700 pas (1.225 mètres) de la Casbah, sur le Koudiat-es- Saboun, où Charles-Quint avait planté sa tente, quatre ans auparavant, achevé sous Hassan Veneziano en 1580 ?, n’était qu’une médiocre forteresse regardant le Sud, sans fossés, et faite d’une maçonnerie de mauvaise qualité ÿ. Les Algériens

4. Haëdo (Top., ch. IX ; Hist., p. 134). Il l’appelle le « Fort pentagonal », tandis que le Père Dan le nomme « le Château Neuf » ou « des Sept Cantons » et signale qu'il tire vers le midi. Il est mentionné en 1725 (Laugier de Tassy, p. 171) et figuré en 1784 sur un plan de Brion de la Tour (B1b. Nat., cartes GeC. 1836).

2. Haëdo (Top., ch. IX ; Hist., p. 80), on l’appelait aussi Bordj Hassan. Il formait un quadrilatère presque rectangulaire de 150MX100, au centre duquel était une tour ; il est ainsi figuré dès 1575 sur le plan célèbre de l’Atlas de Braun. Boutin (0. c. Feuille 5) en a donné le plan.

3. Cet ouvrage, qui n’est jamais oublié dans les vieux plans d’Alger et qui souvent est représenté avec exagération, a été cependant signalé, peu après son achèvement, à Lanfreducci et Bosio comme « de peu d'importance et facile à prendre, comme étant dominé tout autour par des endroits élevés ; c'était l’avis « unanime des gens ayant la pratique d'Alger » (0. c. p. 471). Venture de Paradis, en 1789 (0. p. p. 6) en parle avec mépris. comme étant « mal flanqué, sans fossés ni chemins couverts ». Voir Boutin (0. c. p. 26-27- 31-32). En 1830, chaque boulet qui frappait le revêtement faisait un trou

ne soupçonnaient nullement qu’elle pourrait devenir un jour la clef de leur ville.

En revanche, les souverains d'Alger avaient multiplié les ouvrages du côté et sur le bord même de la mer. Au nord de la ville, le Bordj Eulj-Ali (Fort dit «des vingt-quatre heures ») avait été construit en 1568-69 : pour empêcher un débarquement sur la plage de Bab-el-Oued ; le « Fort Neuf » (Bordj Djedid) bâti en 1802-1803, tout à côté du rempart de la ville, vint compléter le boulevard maritime d’Alger ?. Plus loin vers le Nord, le « Fort des Fèves », désigné au x1x° siècle sous le nom de « Fort des Anglais », fut construit en 1669-1670 sous Ali-Agha 5%. Le promontoire de la Pointe Pescade 4 fut couronné en 40671, puis en 1823-1824, de deux fortins superposés. Six batteries, dont trois voisines des deux premiers bordjs, appuyaient cette ligne de défense. Du côté du Sud, le Fort Bab-Azoun, élevé sur l'emplacement d’une batterie,

d’où coulait le sable (Gabriel Esquer. La prise d'Alger, Paris-Alger, 1923, p. 364).

1. Commencé par Mohammed Pacha, ce fort que les Français ont appelé ainsi pour des raisons inconnues, fut achevé par son successeur, le renégat Ucciali (Gab. Colin, o. c., p. 21-23). On l’appelait aussi Bordj-bou-Lîla (Fort d’une nuit) ou Bordj Sidti Taklilet. Les courtines étaient en blocs de pisé ; on y découvrit en 1853, lors de sa démolition, le moulage en creux d’un corps qui fut identifié comme étant celui du martyr Geronimo, enseveli vivant dans un des blocs.

2. Gab. Colin, o. c. p. 181. On l’appelait aussi Bordj-ez-Zoubia ou « Fort des ordures », parce qu’il touchait au fossé nord de la ville, encombré d’immondices. Il dominait une petite crique où l’on démolissait des bateaux provenant des prises.

3. Bordj Qâmät-el-Foûl (de la haute taille des fèves) indiqué sur la carte d’État-major de 1834 sous le nom de Kalat-el-Foul.

4. Ces fortins interdisaient l’accès d’une petite plage appelée par les indigènes « Mers-ed-debân », le « port aux mouches » (Gab. Colin, p. 229-230).

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en 1661, à la suite d’une tentative de débarquement clandestin des chevaliers de Malte, fut refait sur un nouveau plan en 1804-1805 ; 1l était solidement bâti sur les schistes noirs du Ras Tafoura, à 800 mètres de la porte Bab-Azount. Il battait les abords de l’anse du Palmier et avec l’appui de cinq batteries voisines, le fond de la baïe de l’Agha. Plus loin, vers le Sud-Est et l'Est, l’accès de la plage était interdit par des batteries, comme celles du Hamma, des dunes de Hussein- Dey, de Fort de l'Eau, de l’Harrach et de Tementfoust ?. Les Turcs pouvaient ainsi se croire à l’abri de toute surprise, du moins du côté de la baie. Leurs forts étaient d’ailleurs peu solides, à l’exception des plus récents, tels que le Fort Bab- Azoun construit en pierres massives #. Ceux du secteur Nord

1. Les Algériens le nommaient « Bordj Sefid », le « Fort blanc» à cause du contraste des murs blancs avec la roche noire qui le supportait (Gab. Colin, p. 183-184). Aucun ouvrage de quelque importance n’existait auparavant sur cet emplacement. Il est à remarquer en effet que ni Haëdo, ni Lanfreducci n’en font aucune mention. Un « plan du château d’Alger » légèrement postérieur à 1661 (Arch. S. H. M. Portef. 106-5) le mentionne ainsi : « petit fort où il y a 6 pièces de canons fait par les Turcs depuis le départ du Chevalier Paul ». Laugier de Tassy, en 1725 (0. c., p. 175) le dénomme « Fort Babazon » et le range parmi les quatre châteaux (forts détachés d'Alger). C’est avec raison que H. D. de Grammont (0. c., p. 212) fait dater de 1661 la construction du premier ouvrage jugé insuffisant dans la suite.

2. Du Ras Tafoura à l'embouchure de l’Harrach, il n’y avait pas moins de douze batteries, dont plusieurs récentes ; chaque bombardement avait déterminé un renforcement de la défense (H.-D. de Grammont, o. c. p. 212) c’est ainsi qu’en 1670 Ali Agha fit fortifier Matifou (Tementfoust) et l’embouchure de l’Harrach (p. 219). Après le bombardement de Tourville, de nouvelles batteries furent installées, (p. 282). Après celui de Lord Exmouth, Omar Agha fit faire d'énormes travaux. Selon le témoignage de W. Shaler (0. c. p. 184), la ville était après son règne « en meilleur état de défense qu’elle ne l’avait jamais été », (Voir Boutin, feuille I, 42, 13, 14 et 15.

3. Les parapets des nouveaux forts étaient en pierre, et non plus en

pouvaient d’ailleurs être pris à revers par un ennemi maître des hauteurs de Fort l'Empereur et des pentes de la Bouzarea. Cette hypothèse avait été négligée.

Fière de ses murs et de ses bordyjs, la cité des Corsaires « la ville bien gardée », le « boulevard de la guerre sainte »1, n’en subit pas moins toutes les vicissitudes auxquelles devait être exposée une fortune fondée bien moins sur leur propre force et sur la richesse du pays que sur leurs déprédations, et aussi sur les rivalités ou même sur la complicité des puissances européennes. L'histoire des variations de la population d’Alger en est un témoignage. Nous ne possédons malheureusement, pour les apprécier, d’autres données que les renseignements fournis par les voyageurs ou les captifs chrétiens, peu précis en général, surtout quand ils comptent par maisons ou par feux. Cependant il est un fait indéniable : c’est qu’Alger était en 1830 une ville déchue et dépeuplée, alors qu’au xvrre siècle les succès de la course lui avaient donné l’abondance des biens et celle des hommes.

Ce ne fut pas cependant, au début de la domination turque, la seule cause qui contribua à faire d’une petite bourgade une ville considérable, Nous avons vu qu’elle profita de l’émigration du xv® siècle déterminée par la conquête des Espagnols, par la chute du dernier royaume maure et par les persécutions dirigées contre les Musulmans de la péninsule.

brique ou en pisé. Un remplissage de décombres et de terre battue entre deux murs parallèles formait la protection principale ; les plateformes étaient en pierres plates ou en briques de champ (Boutin, o. c. p. 29).

1. Voir par exemple Gab. Colin, o. c. p. 82, 197, 239. Formules banales d’ailleurs, dont la dernière n’avait pu répondre à la réalité qu'aux temps de la conquête espagnole.

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Haëdo, parlant des convoitises d’Aroudj en 1516, qualifie Alger de « ville si importante, si riche, si populeuse »1, En tenant compte d’une exagération évidente, il reste acquis qu’à cette époque la ville était déjà en voie d’accroissement ; l'Espagne continua à lui envoyer des réfugiés jusque dans les premières années du xvrre siècle ?. Outre les Musulmans, elle recevait des immigrants Juifs depuis la fin du xxr1° siècle ; leur nombre s’accrut à la fin du xv®, au xvie et lors du grand exode de 16095. Kheïr-ed-din avait autorisé leur établissement dans la Régence, sous quelques réserves, limi-

AFacdo nr Hist. 17:

2. Gramaye (0. c., II, IV) déclare, en 1623, « qu’il y a cent ans, personne ne parlait d'Alger, mais qu’il a grandi après l’expulsion des Maures d'Espagne en 1492, en 1567 et en 1607 ». Haëdo (Hust., p. 195) raconte que Hassan Veneziano ramena en 1584, 2000 morisques « tant hommes que femmes » des environs d’Alicante, qui lui avaient écrit pour lui demander refuge.

3. Sur l’histoire de l’immugration juive, voir H.D. de Grammont (0. c., p. 233-236), J.-M. Haddey (pseudonyme de A. Devoulx). Le livre d'or des Israëlites algériens. Alger 1871 et Isaac Bloch. /nscriptions Tumulaires des anciens cimetières israëlites d'Alger. Paris 1888. La population juive d’Alger a été formée de la juxtaposition, puis de la fusion de deux éléments : un élément africain, le plus ancién, qui au xrv® siècle, avait pris le costume et les mœurs des indigènes musulmans, et croupissait d’ailleurs dans la misère et l’ignorance ; on le distinguait plus tard sous le nom de « porteur de turbans », et un élément espagnol originaire surtout du royaume. d'Aragon, et particulièrement de Majorque. Une première émigration importante aurait eu lieu après la conquête des Baléares, en 1287, par Alphonse d'Aragon qui interdit tout autre culte que le catholique. Alors vinrent ceux qu’on appela les « porteurs de capuches ou de bérets ». On distingua d’ailleurs des « Chekliines » marjoquins les « Kiboussiines » venus de la péninsule. Ceux-ci affluèrent en 1391 sous la conduite des rabbins Isaac Bar Scheschath Barfat et Simon ben Cemach Duran ; le premier, connu aussi sous les noms abrégés, de Barchichat ou Ribach, était originaire de Barcelone. Ils ont été « les vrais fondateurs du judaïsme algérien ». Ces immigrants apportèrent avec l’intelligence, la richesse,

tant leurs opérations commerciales. Mais la création du royaume Barbaresque, qui donnait à la piraterie une consécration officielle et en faisait une institution organisée, fit de la capitale des corsaires l’Eldorado de tous les aventuriers du Levant et de la Méditerranée entière. Cette attraction n’était pas inutile pour compenser les ravages que la famine et la peste, deux fléaux toujours menaçants, exerçaient dans les rangs de la population d’Alger 1.

Le premier essai de dénombrement que nous possédions est celui de Haëdo. En 1580, il estimait la population totale d’Alger à 12.200 maisons, ce qui représente pour le moins 60.000 habitants. Il ne comptait pas dans ce chiffre 25.000

chrétiens captifs ?, n1 quelques marchands Européens. À l’en

la science, l’aptitude au commerce et à l’industrie. Bien que dans la suite la fusion se soit opérée entre les divers éléments, quelques familles, comme les Duran, les Stora, les Séror et les Ben Haïm se rattachent à ce dernier rameau. En 1492 eut lieu une nouvelle immigration, considérable sans doute ; on cite comme venus de Grenade les Gavisson qui fournissent des médecins aux souverains d'Alger. Un grand exode d’Espagne suivit l’édit de 1609. Par ailleurs Alger reçut des Juifs d'Italie, en 1342, des Pays-Bas en 1350, de France en 1403, d'Angleterre en 1422. L’élément italien prit, dans les dermers temps de la Régence, la première place, avec ceux qu’on appelait les Livournais, «EL Gourniyan ».

1. Haëdo, dont le témoignage peut être accepté, en raison de la proximité des événements qu’il relate, signale «une peste très violente » en 1556 et 1557, dont «il mourut beaucoup de monde », une grande peste qui dura de 1572 à 1574 et qui « enleva plus du tiers de la population », une famine terrible en 1579-1580. Il précise : du 17 janvier 1580 jour de la Fête du Mouton au 417 février, 5.656 Maures ou Arabes moururent de faim dans les rues d'Alger. (Hist., p. 88, 112, 154, 156, 171).

2. Haëdo, Top., ch. X et XVI. Une bonne partie de ces esclaves ne résidait d’ailleurs pas à Alger, mais dans les environs directs et dans la Mitidja où ils étaient employés à la culture.

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croire, plus de 6.000 maisons étaient celles des « Turcs de profession », expression plaisante qui désigne les renégats de toutes les nations, esclaves convertis ou aventuriers attirés par les profits de la course, Espagnols de la péninsule ou des Baléares, Français, Corses, Sardes, Napolitains, Grecs, Anglais, voire même Hongrois et Juifs. Ils formaient donc l'élément le plus important numériquement, surtout si l’on y ajoute les naturels des pays ottomans, Turquie d'Europe et Anatolie, venus avec Aroudj et Kheïr-ed-din ou dans la suite,

que notre auteur estime à environ 10.000 ?. Les Maures, parmi lesquels Haëdo range les « Baldis », originaires de la ville même, les Moudejares et les Tagarins, les Kabyles et les Arabes, représentaient environ 25.000 habitants #. Les Juifs

1. En 1634, selon le Père Dan (0. c. p. 341) le « bruit commun » est qu'il y a à Alger 8.000 renégats, dont beaucoup sont Janissaires ou soldats de la milice ; ils auraient 1.000 à 1.200 femmes européennes, Espagnoles, Portugaises Italiennes, Grecques, Anglaises, beaucoup de Russes achetées à Constantinople ; 3 ou 4 Françaises seraient mariées à des Turcs. Il est assez difhicile d'accorder le chiffre de 8.000 avec celui que donne Haëdo — si l’on n’admet pas que le Père Dan parle des chefs de ménage et Haëdo des ménages. On peut admettre de toute manière que la majorité de la population d’Alger était Turque d’origine ou « de profession ».

2. Haëdo parle à plusieurs reprises de ces arrivages de Levantins ; on les appelle dit-il, les « chacals » ou les « vilains » (Hist., p. 83 et 124). Il compte pour cette population, dans sa Topographie, 1.600 maisons, soit environ 8.000 hommes auxquels il faut bien ajouter 2.000 Janissaires casernés, sur les 4.000 qu'il signale à Alger, les autres étant des renégats.

3. Selon Haëdo, il y a en effet 2.500 maisons de Baldis, 700 maisons de Kabyles dont 100 pour les « Azuagos » ou Zouaouas de la Kabylie du Djudjura et 600 pour les autres tribus, 1.000 maisons pour les Moudejares et les Tagarins. Il ne donne pas de chiffre pour les Arabes, population flottante, indésirable, habitant des gourbis de paille au faubourg Bab-Azoun ou couchant sous les porches. Le total représente donc 4.200 maisons auxquelles il faut joindre les Arabes estimés en 1623 par Gramaye à plus de 3.000. Il s’agit donc bien de

ne figurent dans ce dénombrement que pour 150 « maisons » ; mais nous savons par ailleurs qu’ils vivaient entassés dans leurs quartiers spéciaux, et leur nombre était de 5.000 pour le moinst, Il est impossible de contrôler ces estimations ; si on les admet, on pourra se rendre compte rétrospectivement de ce que la population d’Alger devait être un siècle plus tôt, vers le milieu du xv® : 20.000 habitants peut-être, guère davantage ?, Elle aurait donc été triplée depuis cette époque, par la venue des Turcs, par l’afflux des renégats et par l’émigration des Musulmans et des Juifs d'Espagne. Il n’y a rien d’impossible à cela.

25.000 habitants environ dénommés « Maures ». Notons l’importance de la population Kabyle. Haëdo raconte (Hist., p. 121) que Hassan Pacha, après son alliance avec le roi de Kouko aurait attiré les « Azuagos » pour utiliser leur valeur militaire (vers 1558) mais que devant une véritable invasion, il aurait pris une mesure d'expulsion générale.

1. Gramaye cite deux maisons, avec les noms de leurs propriétaires, qui contiennent respectivement 260 et 300 personnes. Il estime la population juive de son temps à 8.000 individus. Le Père Dan donne le même chiffre.

2. Si l’on défalque en effet du total donné par Haëdo tous les éléments immigrés.

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