ÈRE DE PROSPÉRITÉ
étendu le champ de leurs entreprises du côté du Levant 1, vers Alexandrie, Smyrne et Chypre, et du côté du Ponant, où ils guettaient dans les parages et au-delà du détroit de Gibraltar, les navires Bretons, Normands et Anglais. Ils écumaient les côtes du Portugal, poussaient vers le Sud jusqu’à Madère ravagée en 1617, poussaient des pointes jusqu’en Angleterre (1631), et en 1616, on les avait même vus paraître sur la côte Ouest de l’Islande?. Les prises pouvaient atteindre des valeurs considérables, Le Père Dan les estimait, pour les vingt-cinq ou trente années antérieures à 10634, à 600 vaisseaux, et à vingt millions de livres ; en certaines années, 1615 et 1616 par exemple, elles étaient montées à plus de deux et trois millions. $ À cette époque, la milice d'Alger, « l’odjak » comptait 22.000 « yoldachs » ou Janissaires ; depuis 1558 ils participaient aux expéditions des « reïs », ce qui n’avait pas peu contribué à faciliter le recrutement de cette milice. Les
1. Les relations diplomatiques des puissances chrétiennes, et notamment celles de la France avec la Régence, avaient pour but de protéger le commerce du Levant, bien plus que de développer le trafic avec «les États misérables » de l’Afrique du Nord. (P. Masson. Histoire des établissements et du commerce Français dans l’Afrique Barbaresque (1560-1793). Paris, 1903. Avant-propos, p. vi).
2. Père Dan, o. c. p. 312. Nous avons pu constater nous-même, au cours d’un voyage en Islande, que le souvenir de leur débarquement s’est conservé dans les îles Vestmann, sur la côte Sud-Ouest de l’île.
3. Sur les seuls Français, malgré le traité conclu par Samson Napollon en 1628, les prises s'étaient élevées, pour six années, à 4.752.000 livres, soit 80 bateaux et 1301 personnes. (Père Dan, p. 320). En 1634, le même auteur compte dans la flotte d'Alger 4 galères seulement de 23 et 24 bancs (Haëdo en dénombrait 35), 1 brigantin de 15 bancs, 8 frégates de 5 à 6 bancs, mais en revanche 70 navires ronds, polacres et grandes barques de 35 et 40 canons, soit plus de 80 bateaux divers, dont il vit partir le 7 août 1634, «les plus beaux et les mieux ornés qu’il fût possible de voir ». (p. 307-315).
richesses affluaient dans les palais et les villas des plus illustres corsaires, renégats pour la plupart!. Chaque famille avait un ou plusieurs esclaves chrétiens ; les plus riches les entassaient dans les six bagnes de la ville, dont un, celui «du Roi », n’en contenait pas moins de 2.000. Toute la population participait au trafic des captifs et des marchandises provenant des prises ; les Juifs, notamment les Juifs « Francs », se chargaient d’écouler ces dernières, par Livourne surtout, où tous leurs coréligionnaires servaient aussi d’intermédiaires pour le rachat des esclaves chrétiens 2. Les mosquées, les marabouts et les fondations pieuses d’Alger avaient aussi leur part des bénéfices de la piraterie. |
1. Gramaye (0. c., VII, IV) cite notamment Faret-bey, Ali Mami (Mami Arnaute) Ali Pizilini (Ali Bitchnine, Piccinino), Aripagi, Asan Portuges, Salomon Reys (un marseillais).
2. Parmi les nombreuses relations des captifs, la plus intéressante est celle d’Aranda captif en 1641. (Relation de la captivité du sieur Emanuel d’Aranda, Paris, 1657) où l’on trouve décrites d’une manière très-vivante les mœurs du bagne et les négociations louches auxquelles donnaient lieu les rachats. Voir aussi les Mémoires du Chevalier d’Arvieux mis en ordre par le P. Labat, Paris, 1735, tome V. L’auteur a séjourné à Alger en 1674. Nous ne parlons pas ici des récits de rédemptions n1 d’autres récits qui relèvent plutôt du roman. Les premiers sont manifestement tendancieux. Voir la bibliographie de Ch. Tailliart (0. c.) et du même auteur : L’ Algérie dans la littérature française, Paris, 1925, ch. I.