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CHAPITRE III

LE XVIIe SIÈCLE : ÊRE DE PROSPÉRITÉ

Elle avait encore augmenté lorsque le Père Dan visita la ville en 1634. Selon lui, Alger contenait 15.000 maisons et 100.000 habitants. Quelques années auparavant, Gramaye qui paraît avoir cherché à se renseigner particulièrement sur ce sujet, commentant les chiffres donnés par Haëdo, estimait l’accroissement à 1.000 maisons pour le moins. Il l’attribuait à deux causes : en premier lieu, à l’arrivée des Maures expulsés d'Espagne en 1609, : qui occupèrent 300 maisons nouvelles, puis à la destruction du faubourg Bab-Azoun, rasé en 1573 sur l’ordre d’Arab Ahmed pour des raisons militaires ? et au reflux de la population de ses 2.000 maisons dans l’inté rieur de l’enceinte. Il serait assurément imprudent de faire

1. Le nombre des immigrants a été en effet assez considérable pour que, en 1612, le Divan, par crainte du manque d’eau et de la disette, ait ordonné aux Tagarins de sortir de la ville. La plupart refusèrent d’ailleurs ; il en est qui allèrent s’établir au-dessus de la Casbah, là où leur nom s’est conservé jusqu’à nos jours. (H.-D. de Grammont, 0. c. p. 151).

2. Haëdo, Hist., p. 154, parle « d’un grand et riche faubourg... dont on voit encore aujourd’hui les ruines et les murs. »

entrer en ligne de compte l’accroissement par la natalité 1. Mais si, à plus juste titre, on invoque l’attraction exercée par Alger, au début du xvrit siècle, âge d’or des corsaires, sur tous les vagabonds de la Méditerranée, les arrivages annuels de Turcs d'Europe et d’Asie attirés par leurs exploits, les éléments que ne manquait pas de fournir la population kabyle et arabe de l’intérieur, mal vue d’ailleurs et suspectée, on peut sans difficulté admettre que l’enceinte d'Alger, au milieu du xvr® siècle, enfermait plus de 100.000 habitants ?.

Ce fut en effet, pour la piraterie des Barbaresques, l’ère de la plus grande prospérité. Aux galiotes et aux brigantins qu’avait vus Haëdo dans le port et les arsenaux d’Alger, étaient venus se Joindre de grandes galères et des « vaisseaux ronds » ou de haut bord, dont les Algériens avaient appris la construction et la manœuvre des Européens, corsaires ou captifs 5. Les « reïs » d'Alger ne se contentaient plus de pratiquer la course dans toute la Méditerranée occidentale, mais ils avaient

1. Si l’on songe qu'aujourd'hui, malgré les mesures prises contre l'invasion des maladies épidémiques, cet accroissement est dans les villes, à Alger notamment, très faible et négatif pour de nombreuses années.

2. Dans ce chiffre ne sont pas compris les esclaves chrétiens que le Père Dan reproduisant peut-être le chiffre de Haëdo, compte pour 25.000, tandis que Gramaye en évalue le nombre à 35.000.

3. H.-D. de Grammont (0. c., p. 149). Ce serait un corsaire Flamand, Simon Dansa, qui aurait dressé leurs équipages en 1606. Le Père Dan parle de ces frégates et de ces vaisseaux ronds et de l’extension qu’ils leur permirent de donner à leurs expéditions (0. c., p.307, 312-313). Parmi les captifs, on estimait particulièrement et on traitait avec des égards spéciaux ceux qui, comme ingénieurs, comme maîtres-ouvriers et comme simples ouvriers, exerçaient des métiers se rapportant à l'armement maritime (A. Devoulx. La marine de la Régence d'Alger. Revue africaine, XIII, sept. 1869).

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