‹ Alger: Étude de Géographie et d'Histoire urbainesChapitre 74 sur 465 · SHAOS SH HA VI · texte numérisé non relu

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pour le réarmement de sa flotte et de ses fortifications détruites en 18161. Du Levant, si le royaume entier recevait 100.000 dollars de marchandises, il y en avait 80.000 pour le port de la capitale ?, Livourne avait-il conservé sa place comme principal fournisseur d'Alger ? Rozet affirme qu’en 1830 il en était ainsi ; mais les données nous manquent pour contrôler son témoignage ÿ.

En tous cas, même en admettant que le commerce total d'Alger, entrées et sorties, représentât, à la veille de notre débarquement, les deux tiers de celui de la Régence 4, soit 9.000.000 de francs environ sur 7.500.000 (1.200.000 dollars à l'importation et 273.000 à l’exportation), on peut conclure que cette échelle resta jusqu’à cette date, une bien médiocre place de commerce. Il suffit de connaître tant soit peu son histoire pour n’en être point étonné.

Le commerce intérieur était-il plus brillant que le commerce

1. Le consul américain affirme en effet que la ville, grâce à Omar Agha, est dans le meilleur état de défense qu’elle ait jamais connu ; la flotte fut reconstituée, assez maigrement d’ailleurs. Le traducteur de Pananti (0. c.) note, en 1820, que la piraterie a recommencé et s’est exercée jusque dans la mer du Nord et la Baltique où le roi de Suède a dû faire des présents. Tous ces faits supposent une importation de matériaux, d’agrès et d’apparaux nécessaires à la marine, d'armes et de munitions.

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3. Rozet (0. c., III, p. 110). Il est en désaccord, sur ce point, avec Shaler qui place le commerce d'importation de l’Italie dans la Régence après celui de la Grande-Bretagne, de l’Espagne (par là il faut entendre surtout Gibraltar) de la France et du Levant, et ne parle que des bijoux, des joyaux et des diamants, qui seraient d’ailleurs souvent de provenance française. Le tableau de Shaler est de 1822 et Rozet écrit en 1833.

4. Oran, Alger et Bône étaient à cette époque les seuls ports de la Régence fréquentés par les navires européens.

extérieur ? Si on peut le croire, il est du moins impossible de le mesurer. Alger fut certainement au xvri siècle et dans la première moitié du xvarre, une ville très vivante, dont le ravitaillement amenait des environs immédiats, des jardins du Sahel, de la Mitidja, de Cherchell, de Blida, de Mihiana, de Médéa, de la Kabylie, du sud même, quantité de denrées, grains, légumes, fruits divers, figues, dattes, huile, beurre, miel, bétail, viandes, tabac, cire, charbon, laines, soies, cuirs et peaux. Les descriptions que nous en avons nous parlent de « souks » se développant, par un grand nombre de boutiques, de Bab-Azoun à Bab-el-Oued !, des marchés et des fondouks voisins de la première de ces portes, où s’entassaient hommes et bêtes, chevaux, mulets, ânes, chameaux ; nous y retrouvons une impression bien connue, celle que l’on emporte, par exemple, de la visite des villes grouillantes du Maroc actuel, auquel on est amené à se reporter, quand on cherche à agrandir le cadre, restreint par notre occupation, où se meuvent aujourd’hui les populations indigènes de la Casbah contemporaine. Mais ce qu’il nous est plus difficile de reconstituer par la pensée, c’est l’activité industrielle des artisans de la ville ancienne, que la concurrence des manufactures européennes a fatalement ruinée.

Car Alger abrita de nombreuses industries. L’immigration des Maures d’Espagne, à la fin du xv°®, du xvi* et au commencement du xvrr® siècle, peupla la ville d’un grand nombre d’ar-

1. En 1623, Gramaye (0. ç., II, IV) parle de 2.000 boutiques installées dans les souks et de 3.000 familles de marchands. En 1788, Raynal (0. c., p. 92) note que les Juifs d'Alger envoient par caravanes à Constantine « et

dans toute l’étendue de sa dépendance » des soieries, des toiles, des quincailleries d'Europe.

tisans, dont Haëdo énumère les professions : arquebusiers, fabricants de poudre, serruriers, charpentiers, maçons, tailleurs, cordonniers, potiers, merciers, éleveurs de vers à soie 1. Les Juifs, accueillis par Kheïr-ed-din et ses successeurs immédiats, sous des conditions limitant le nombre de leurs boutiques, étaient spécialisés dans les métiers de tailleurs, de bijoutiers en corail, d’orfèvres, et de frappeurs de monnaie ?, Les renégats se livrèrent de préférence aux professions touchant à la marine. En 1623, Gramaye dénombrait à Alger 80 maîtres-forgerons, 180 couteliers, plus de 1.200 tailleurs, 3.000 tisserands, 600 personnes élevant les vers à soie et 200 tissant la soie %, Toutes ces industries existaient encore au xvine siècle. À l’époque où écrivait le DT Shaw (1738), les Kabyles apportaient à Alger du fer en barre pour les ouvriers de la ville, et des ateliers des tisserands sortaient des étoffes de soie, des taffetas et même des velours 4. A la fin du siècle, Venture de Paradis mentionne comme produits fabriqués à Alger, à côté des toiles grossières faites avec le lin du pays, des rubans de soie de toutes couleurs dont 1l vante la beauté 5, des ceintures de soie lamées d’or et d’argent, exportées dans toute la Barbarie et dans le Levant, des calottes ou bonnets

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