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Sur l’emplacement actuel de la place Mahon

qui fût à peu près plane, était coupée, du Nord au Sud et de l'Ouest à l'Est, par les deux artères principales du vieil Alger, voies naturelles, peut-on dire, déjà fixées sur leurs sites et dans leurs directions générales dès l’époque romaine. La première umissait les deux principales portes, Bab-Azoun et Bab-el-Oued ; c'était le « grand souk » (Souk-el-Kebir) ?, la rue marchande par excellence, de largeur inégale et rétrécie parfois, par les empiètements des boutiques, au point de ne livrer passage qu’à un mulet chargé %, La deuxième, très passante, conduisait à la porte de la Marine ; elle n'avait même pas trois mètres de largeur, et les encorbellements des maisons en couvraient plus de la; moitié 4. Ce quartier, correspondant à la place du Gouvernement actuelle et aux environs immédiats, était par excellence, avant 1830, celui des souks et du commerce, où se groupaient par articles de vente

1. Voir p. 44 on distingue aussi sur le plan Pelet, de 1832, deux voies principales ascendantes correspondant à la rue Porte Neuve au $S. et à la rue de la Casbah au N.

2. Elle est ainsi désignée sur le plan d’Alger de l’Atlas de Braun (1575) où l’on peut lire « Strada granda del Zocho ». Cette dénomination s’appliquait d’ailleurs avant tout à la partie comprise entre la porte Bab-Azoun et la Djenina. En 1587, Lanfreducci et Bosio (0. c., p. 471) signalent cette artère comme la plus animée et la plus marchande «.… quasi per strada dritta si và à trovare la porta Bebeluet per mezo Algieri, della quale é 1l maggiore et il migliore concorso, nelle quali si fà il bazarro della Cità ». Haëdo (Top. ch. X) l’appelle aussi la rue du « Socco ». Il en exagère d’ailleurs la largeur, en disant qu’elle a au plus 40 mètres (évaluation moderne).

SMRoñet, 620 ITE, p: 15:

4. Idem. On trouvera une description pittoresque de cette rue dans L’Artiste. 1832 (tome III, p. 269-270), signée de J. T. Merle, ainsi qu’une lithographie de Frey d’après Waschmuth, un des peintres qui suivirent l’expédition de 1830. Nous l’avons reproduite dans notre illustration.

et par spécialités de fabrication les négociants et les artisans !.

Toutes les autres voies n’étaient que des ruelles étroites, véritables boyaux, à forte pente, puis en escaliers, au fur et à mesure que s’accentuait la déclivité du terrain.La Casbah actuelle a conservé ce type de rue ?, si méditerranéen, que l’on retrouve dans les « salite » et les «scalette » de Gênes, dans les

4. Voir sur les souks d'Alger Eudel (0. c., ch. IV, p. 78-83) qui a utilisé les papiers de A. Devoulx. Ii mentionne une « Qissaria », des rues des Teinturiers (Es-Sebbâghin) des Bijoutiers (Es-Seyyâghin), des Fondeurs (EI Ferraghia), des Fabricants des babouches (El Bechmaqdjia), des Plombiers (Er Ressaïsia), des Fabricants de bracelets (EI Meqaïssia), des Tourneurs sur corne (El Kharratin), des Ciriers (Ech Chamaïn) etc. sans parler des petits marchés (au beurre, aux légumes, au poisson, au chanvre, etc), de la Rahba, halle au blé, et du Fondouk de l'huile. (V. aussi L. Piesse, o. c., 1862, p. 36 et H. Klein, o. e., IÏT, p. 9-14). Tous ces souks ont été détruits pour le percement des premières rues de l’Alger français, et surtout pour l’ouverture de la place du Gouvernement. Les anciens visiteurs d'Alger n’avaient pas cru devoir nous les décrire, on doit le regretter. On en est réduit à quelques impressions littéraires, vivantes d’ailleurs comme celles de Barchou-Penhoën (Le baron). Souvenirs de l'expédition d'Afrique. (Revue des Deux Mondes, 1832, tome V, p. 642-698 et de J. J. Merle. Anecdotes historiques et politiques pour servir à l’histoire de la conquête d'Alger. Paris, 1831, p. 241 et suivantes. — Rozet (0. r., IIT, p. 62-64) n’a vu que des boutiques exiguës (2mX 1m), à l’exception de celles des barbiers. Il signale cependant « plusieurs bazars destinés à recevoir les marchands étrangers qui venaient avec une certaine quantité de marchandises ». Il les décrit comme des maisons à deux ou trois étages, où les chambres servaient de boutiques et de logements. Il en a vu trois qui avaient chacun quarante chambres. Il les distingue des fondouks. Aux souks succédèrent, pendant les trente premières années de l’occupation des « bazars » atteints eux-mêmes par les démolitions et encore plus par la diffusion du commerce à travers la ville nouvelle et la concurrence des produits de fabrication européenne.

2. Voir dans Guiauchain (0. c.) les vues des rues Porte-Neuve, du Lion, du Regard et du Diable.

« calate » de Naples, pour ne citer que ces exemples. De nombreuses impasses ? s’ouvraient sur leur parcours, qui était coupé de passages couverts quelquefois à plat ©, le plus souvent en voûtes {. Le souci de ménager l’espace $ avait inspiré évidemment ce dernier mode de construction, comme aussi les encorbellements si pittoresques des maisons qui arrivaient presque à se toucher et ne laissaient pénétrer entre elles par le haut qu’une mince colonne de lumière ; cette disposition entretenait une fraîcheur appréciable dans la saison chaude. C’est par ces voies étranglées et escarpées, où quelquefois deux personnes pouvaient à peine cheminer de front, que la circulation était assurée dans Alger ; de pareilles conditions ne peuvent s’expliquer sans un dressage particulier de toute une population d'hommes et d'animaux. Les bêtes de somme, au moins les

1. Jean Brunhes. Géographie humaine. 3€ éd. Paris, 1925. Tome I, p. 241 et TIT, eg. 132, 133, 134.

2. Le chef de bataillon Collas (mém. cité) comptait, en 1830, 180 rues et presque autant d’impasses, pour une superficie d'environ 45 hectares.

3. Comme par exemple dans la rue dénommée aujourd’hui Sydney Smith, où le plafond, fait de rondins de thuya, est en un certain endroit si bas que l’on ne peut passer sans se baisser.

4. Ce mot de « voûte » reparaissait souvent dans l’ancienne nomenclature des rues d’Alger : « Sabath er rih, voûte du vent, Sabath el ahmar, voûte rouge, sabath ed deheb, voûte de l’or, sabath et qotat, voûte des chats, aïn es sabath, fontaine de la voûte. » La plus remarquable de ces voûtes, par sa hauteur, est celle des rues Emile Maupas et de l’Intendance. (Voir le plan Pelet de 1832).

5. Et non pas, comme l'écrit Laugier de Tassy (0. c., p. 169), la crainte des tremblements de terre. L'auteur a été suggestionné sans doute par les souvenirs de l’année 1717, tout récents lors de son passage à Alger. Il est exact cependant que des précautions furent prises à cet égard, notamment l’emploi des étais que l’on observe fréquemment entre deux maisons se faisant vis-à-vis.

«bourriquots » classiques de la Berbérie, s’accommodaient, à la montée comme à la descente, des escaliers les plus étroits ; ils ont d’ailleurs conservé jusqu’à nos jours cet entraînement héréditaire 1. Ce type de ville, interdit à tout attelage, nécessitait en outre l'emploi continuel du portefaix, métier particulièrement dur en raison de la topographie du site, et qui nécessitait une spécialisation propice à la constitution d’une corporation ?.

L'architecture des maisons mauresques d’Alger est d’une uniformité qu’explique leur adaptation parfaite au genre de vie et aux mœurs de leurs habitants. Un homme du métier a pu écrire avec vérité : «Alger semble avoir été bâti tout d’une pièce par la même équipe d’ouvriers » #. Les matériaux abondaient autour de la ville 4. La pierre de tuf formait le soubassement, les murs étaient en brique séchée au soleil ou cuite. Le mortier, excellent d’ailleurs, se composait de terre rouge, de sable de carrière et de chaux grasse. Les bois utilisés pour planchéier les étages, pour chaîner les murs, pour entretoiser les galeries intérieures et pour supporter les encorbellements extérieurs, étaient des rondins de thuya provenant des envi-

1. Aujourd’hui encore, le service de la voirie est assuré dans la haute ville par des petits ânes porteurs de larges sacs où les nègres chargent les ordures. Ce sont ces animaux qui effectuent aussi le transport des matériaux. Depuis longtemps, les Mozabites se sont assuré un véritable monopole de ce mode de transport pour le sable, la chaux, les briques, les pierres. (Voir Ch. Jourdan. Croquis algériens. Paris, 1880, p. 83). Il s’agit bien entendu avant tout de la haute ville et des rues inaccessibles au charroi.

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