Le Mexique
chevalier de Malte, piqua son poignard dans la porte Azzoun '. Sous le soleil on aurait été vainqueur, sous l'averse et la tempête on s'enfuit à la sauve qui peut : heureux eacore que l'amiral génois eût conservé des navires pour recueillir les hommes d'armes échappés à ce grand désastre, à ce « dia de perdida y sentimiento para Espafia ».
Un autre « jour de perte et douleur pour Espagne » ce fut 234 ans plus tard, à l'expédition d'O'Reilly, dans ce même golfe, contre ce même cordon de sable. Irlandais au service de Castille, 0' lleilly fut aussi victime d'un cyclone enragé qui malmena ses .500 bâtiments. Bien qu'à la tête de 22 000 soldats, à peine s'il put fuir assez vite devant les Musulmans lancés en hallali contre les bataillons catholiques.
A l'orient d'Alger et à son occident, mêmes revers, la tempête en moins. A l'orient, perte de Bougie; perte de Tunis, qui commande les deux Méditerranées, celle du Levant comme celle de Couchant; perte des villes du Sahel des Tounsi*; tour bâtie de têtes d'Espagnols massacrés sur l'île berbère de Djerba, la reine des flots à la fois tunisiens et tripolitains de la Petite-Syrte. A l'occident dure défaite du comte d'Alcaudete à Mazagran, anéantissement de toute une armée, ruine des entreprises de l'Espagne dans le Tell oranais, là où elle avait eu l'heur de s'emparer de Tlemcen, la ville jadis « impériale » d'où l'on pouvait tenter la conquête des sierras entre-croisées du Gharb '. Enfin, en 1702, abandon de la« Corte chica' », Oran, dont un tremblement de terre avait renversé les murailles.
Entre temps, les Français prirent Djidjelli (1662), mais n'y restèrent point; puis si Duquesne bombarda deux fois la ville amphi théâtrale des pirates (1682 et 1683), il ne la força pas. Quand le dey sut les millions qu'avaient coûté les boulets lancés sur Alger par l'escadre des Roumis : « Que le roi de France, dit-il, ne m'a-t-il chargé du bombardement? A moitié prix j'aurais brûlé tout El-Djézaïr».
A chacun des désastres de l'Espagnol, le monde musulman tressaillait daise. Le récit lui arrivait, toujours plus merveilleux de conteur en conteur, jusqu'aux bornes de l'idiome arabe ; plus encore, jusqu'aux frontières mêmes de l'Islam.
Cependant l'Odjac continuait ses œuvres de sang, où le sang ne fécondait rien.
Odjac, nom turc, .veut dire « la marmite ». De marmite à fo^er il n'y a qu'un pas; un pas aussi de foyer à chambre, chambrée, compagnie. Il en vint donc à désigner une cohorte, un détachement de ces janissaires qui tenaient le Berbère et l'Arabe muselés pour le compte du très magnanime Seigneur de la Sublime Porte. Enfin, il agrandit son sens jusqu'à la haute acception de gouvernement; il devint l'équivalent de l'Etat barbaresque dont ces janissaires étaient le soutien; horde non pas précisément turque, mais turcophone et de tous éléments faite : Osmanlis, Albanais, Bosniaques, Circassiens, renégats de tout poil, enfants de tout pays, même du pays nègre, pris ou achetés, puis élevés dans le métier des armes.