‹ Algérie et TunisieChapitre 12 sur 107 · y a des musulmans dans le pays · texte numérisé non relu

y a des musulmans dans le pays

3. Pegnon (Penon) : c'est l'augmentatif de • pena », la roche.

1516 : aurore d'un temps maudit, le plus dura l'Afrique du Nord dans la tragique histoire des invasions que l'Atlantide a subies.

Les Carthaginois lui avaient apporté tout ce qu'il y avait alors d'art et de science à l'orient de la « mer entre les terres » .

Les Romains lui avaient donné, non pas tout à fait la « paix romaine », mais un lambeau de cette paix; ils avaient fait régner malgré tout plus de calme et plus d'unité qu*auparavant dans le Tell.

Les Vandales n'avaient embarqué que leurs armes, d'Europe en Libye ; mais leur barbarie était une barbarie simple, saine et franche, celle d'un jeune peuple en marche, il ne savait jusqu'oïl ; tandis que le Turc ne fut ici qu'une soldatesque au yatagan courbe; d'ailleurs le Vandale ne dépassa guère cent ans de séjour, et le Turc dépassa trois siècles.

Les Byzantins étaient arrivés avec le renom de l'Empire, avec la politesse grecque, les arts brillants, la langue sereine, superbe, et, par malheur, avec un fisc aussi scélérat que celui des Romains; mais, dans son ignominie même, le collecteur grec fut plus paternel que le caissier du beglerbeg', Moloch trésorier qui durant 314 années tint d'une main la sacoche et de l'autre main le sabre sanglant.

Les Arabes semblent avoir été funestes aux Atlantidiens (très exactement corhme les Romains aux Gaulois) en insérant sur l'arbre berbère, après déchirure, une greffe d'adultération ; non plus que le Celte, le Maugrabin n'a porlé les fruits auxquels la nature avait voué son être ; mais aussi cette bouture étrangère n'était pas sans noble sève, puisque l'Arabe entra dans la Numidie avec l'une des grandes langues et l'une des grandes religions de l'histoire. Le Turc, lui, n'y greffa rien : son sang, peu communiqué, ne dota l'Afrique du Nord que de quelques milliers ou dizaines de milliers de métis appelés Koulouglis; son idiome osmanli ne conquit pas la moindre province, ni la moindre peuplade, pas même une ville, ou seulement un quartier de ville. Venu pour tyranniser, il tyrannisa.

En une seule chose il guida l'Africain. Passé maître en piraterie, il l'instruisit dans les arts du forban contre le Chrétien détesté qui, certes, méritait de l'être, puisque ses injustices valurent de tout temps celles des Barbaresques. D'ailleurs la Chrétienté fournit aux corsaires quelques-uns de leurs maîtres pionniers et beaucoup de leurs* meilleurs « lurons » d'abordage : Grecs du littoral et des îles, tant d'Asie que d'Europe, Italiens, Marseillais, Catalans, Espagnols, et jusqu'à des hommes du Nord. Ce fut, entre autres, un Flamand qui leur apprit à construire, à côté de leurs galères aptes à la Méditerranée, des vaisseaux capables de la grande mer oîi l'on pouvait courir sus aux Espagnols revenant d'Amérique dans un galion chargé d'or; et si bonnes furent ses leçons que les forbans d'Alger finirent par affronter même le haut Septentrion, jusqu'à l'Islande, lave glacée aussi voisine du Pôle boréal que du détroit tiède franchi par les Berbères de Tarik.

^. Mol Uirc : le bey des beys; le dey ou plutôt le paoha d'Alger.

Deux corsaires, qui justement étaient des renégats, les frères Barberousse', issus d'une île grecques avaient fondé 1' « État Barbaresque », et cet État resta pirate jusqu'à la fin, jusqu'en 1 830, sous tous ses beglerbegs. L'Espagnol n'y put rien, qui banda toute sa force contre ces maudits.

Le roi très catholique, Charles-Quint, voulut extirper le Turc infldèle dès le moment même où l'aîné des Barberousse l'implanta dans El-Djézaïr, en face du Pegnon castillan. Une flotte espagnole cingla vers la baie d'Alger; elle débarqua l'armée de Diego de Vera sur le sable de Hussein-Dey, incroyablement fatal à l'Espagne. Les Castillans, battus, regagnèrent leur l'escadre démantibulée par la tempête.

En 1SI8, nouvelle flotte espagnole; nouA'elle armée, aux ordres de Hugo de Moncade; nouvelle déroute et nouvelle tempête.

En 1341, Charles-Quint fit un suprême effort. H était roi d'Espagne, roi des Deux-Siciles, empereur d'Allemagne avec toutes les possessions du Saint-Empire en France et dans les Pays-Bas, enfin souverain de l'Amérique. Ses armées, habituées à vaincre, avaient dans leurs rangs des capitaines de conquistadores ; l'Allemand pesant y portait l'arquebuse à côté du flegmatique Flamand, du Wallon colérique, du gai Bourguignon, du Franc-Comtois avisé, de l'agile Italien, du sobre Espagnol.

Une des plus fortes escadres que l'Espagne ait confiées à la mer, et non la moins malheureuse, mena l'empereur à la plage d'Hussein-Dey : elle était faite de 516 bâtiments, dont 75 vaisseaux, avec 34 480 hommes et, parmi eux, Cortez, le héros de la « Noche triste' », le conquérant de la Nouvelle-Espagne *. — Equipement formidable, presque égal au convoi parti de Toulon en 1830.

Il arrive parfois que la saison saute brusquement et qu'une voûte noire assombrit la blanche Afrique avant novembre ou décembre, quand ce qu'on nomme ici l'hiver se sépare de ce qu'on appelle l'automne et qui est réellement encore un été. Ce fut le cas en 1541.

Un amiral très illustre conduisait 1' « Invincible Armada » de Charles-Quint, qui devait être aussi vaincue que plus tard celle de Philippe II. Mais que pouvait-il, n'ayant que des voiles, et quoiqu'il fût André Doria, contre le mistral africain, qui continue le nôtre, contre le « charpentier majorcain », vent des Baléares? Ainsi le désigne-t-on de ce qu'il part du milieu de la mer où se lève la sierra de Majorque, de ce qu'il ))rise les navires et qu'il en chasse au loin les débris.

Au troisième tiers d'octobre, la flotte ayant débarqué sa troupe sur le lido, le « charpentier majorcain » souffla son typhon sur les vaisseaux de Doria, sa pluie, son brouillard, son froid pénétrant sur les régiments de Charles-Quint, déjà si près d'Alger que Pons de Balaguer,

1. Leur nom musulman, leur surnom plutôt, était Kheïr-ed-Din, le « Bien de la Religion ..

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