Pluriel de • aïn -, source
C'est la Métidja, le terreau qu'on n'épuise jamais, tant le réparent toujours la boue glissée du mont, le soleil et l'eau.
Et bien les Algériens disaient : « Quand le pacha (ou le sous-pacha ou tout autre « Baba Tourki ' ») paraît à l'entrée de la plaine et qu'il tousse trois fois en caressant sa barbe, la Métidja devient le Sahara.
Pour qu'il n'y eût aucun remède à ces plaies purulentes, les janissaires haïssaient les Koulouglis, fils des Turcs et des femmes indigènes — c'est l'éternelle antipathie des « nationaux » et des « créoles » — ; les reïs ou pirates abhorraient les janissaires ou, comme ils les nommaient, les « bouviers d'Anatolie ».
Parmi les beglerbegs un seul peut-être' eut un idéal servi par une volonté. Euldj-Ali rêva d'amener 1' « Ile de l'Occident » à l'unité politique pour laquelle il semble en toute évidence que la nature l'a créée. Il pensait que le fleuve Malouïa, presque tari chaque été, ne marque vrainient pas la fin du grand pachalik d'Alger, mais que la seule frontière est l'écume de la nier océane, au rivage où le conquérant Okba regrettait de s'arrêter si près de la sainte La Mecque. La France ne comprend pas la carte aussi bien quEuldj-Ali ; elle n'a même pas atteint la Malouïa que dédaignait ce beglerbeg soucieux de l'avenir.
Lorsque, un an après Waterloo, sonna le troisième centenaire de l'intronisation de Barberousse, l'Afrique turque était plus misérable qu'en 1516.
La rétribution vint en 1830, d'où nul ne l'aurait attendue : la France n'avait pas autant souffert des pirates que l'Espagne et que l'Italie ; même elle les avait eus parfois pour alliés ; elle était plus loin; on la croyait faible, parce qu'elle venait d'être trépignée, presque écrasée par l'Europe.
Que pouvait craindre l'Odjac, toujours victorieux? Le Musulman ne rêvait-il pas la reconquête de l'Espagne? Même il la rêve encore.
Ainsi que l'a dit le poète, à l'occasion de la prise d'Oran sur les Espagnols : « Si les ennemis nous ont coupé une main en Andalousie, il nous en reste — soit béni, ô mon Dieu! — encore une autre \ Les Musulmans espèrent toujours que l'Andalousie leur reviendra. Le temps, en eiïet, s'il éloigne les heures, les rapproche également. | ,
Quoi! l'Infidèle conserverait Khizarat, Tadmir, l'incomparable Ronda, Cordoue, qui était la station de nos caravanes. Chéris*, qui a donné le jour à El-Chérici, et Chakka, et Loukad! »
YIII. L'an 1830. — Mhamed Tchakeur, bey de Constantine, régna quatre ans environ. Durant ces quarante-huit mois, plus ou moins, de 1814 à 1818, il visita plusieurs fois le bon peuple de son beyiik, pour l'exterminer çà et là : telle tribu avait refusé l'impôt, telle autre s'était franchement révoltée, telle autre n'avait même pas fourni de prétexte aux fureurs du bey.