‹ Algérie et TunisieChapitre 18 sur 107 · Les Chrétiens : corruption de Romains · texte numérisé non relu

Les Chrétiens : corruption de Romains

virent dans une cour, près d'une porte fermée, un beau Turc aussi calme devant les Celtes latinisés de 1830 que les sénateurs romains sur leurs chaises curules devant les Celtes celtisants de Brennus. C'était le trésorier : il donna la clef du trésor de l'Odjac. On y trouva 33084 527 francs — plus que tout ce qu'avaient coûté la flotte, l'armée et la guerre. Ainsi la prise d'Alger demanda du sang, mais pas d'or, elle qui doubla la France et la tourna vers les conquêtes non stériles.

Que de vaillants hommes du temps passé, s'ils revenaient au mondé, regretteraient d'avoir vécu ou d'être morts pour des œuvres de néant! L'histoire est pleine d'héroïsmes inutiles; l'histoire de France plus que toute autre. Hantés par des fantômes, nous avons remué le ciel et la terre pour une vaine grandeur, et nos victoires mêmes nous ont été funestes. Il semble que notre nation ne prenne aucun plaisir aux travaux non frivoles; on dirait qu'elle dédaigne toute entreprise de beau, solide et brillant lendemain qui se poursuit loin du boulevard, faux centre du monde. Ce qui veut un long effort, une dépense d'argent, quelques vies d'hommes, lui fait horreur en Afrique, elle qui a jeté sans frémir des millions de jeunes gens et son or par dizaines de milliards dans les batailles européennes.

Mais à la France prolongée par-dessous les ondes l'aventure de 1830 ouvrit des chemins nouveaux. Il y eut dès lors deux politiques antagonistes, la coloniale et la continentale. Fallait-il donc toujours nous briser la tête outre-Yosges, outre-Ardennes, outre- Alpes, contre aussi forts ou plus forts que nous, dans la plaine du Rhin ou la conque du Pô ou le val du Danube, et sur l'Elbe, l'Oder, la Vistule, le Niémen, le Dniepr, jusque sur des rivières entraînées vers la Volga? Après avoir tenté follement l'Europe jusqu'au milieu des Slaves, parmi les riékas ' et les ozéros' ombragés de bouleaux, pourquoi ne pas tenter aussi la terre énigmatique, à la fois Orient et Midi, chez le Numide, puis le Gétule, sur la route des Ethiopiens?

Ainsi pensèrent les « coloniaux », avec raison supérieure, puisque l'avenir a donné tort aux « continentaux ». Victorieux ou vaincus, toute grande guerre européenne nous a rapproché des gouffres. Celle du Sébastopol irrita l'ours du Nord qui est aussi l'ours de l'Est. Celle de Magenta leva dans la Méditerranée, au milieu même de cette mer dont nous méditions de faire un lac français, une Italie qui rêve d'y régner seule, comme héritière de la ville la plus impériale de l'histoire. Celle de Sedan nous a rejetés au couchant des Vosges.

Si les « continentaux » n'avaient pas stupidement poussé trois fois la France contre une Europe hérissée de baïonnettes, nous admirerions encore chez nous le fleuve vert sur ses graviers, autour de ses îles. Et, par surcroît, nous aurions doublé notre France d'Afrique : avec Alger, Oran, Tlemcen, Hône, Constantine, Tunis, Kairouan, nous habiterions Fez la savante Maroc d'où l'Atlas étincelle. Heureusement que Maçoc, Fez et Mogador commencent à entrer, discrètement encore, dans les voies françaises. L'Empire est fait.

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