‹ Algérie et TunisieChapitre 17 sur 107 · C'est-à-dire • La plus Grande · texte numérisé non relu

C'est-à-dire • La plus Grande

et de Sardaigne ». — Ainsi nous aurions dompté les Barbaresques pour d'autres que pou/ nous, et c'est de^ l'italien qu'on aurait gravé sur la pierre du buste impérial, dans le jardin Marengo', au lieu des mots français : « Il avait rêvé cette conquête »! C'est donc contre toute vraisemblance, malgré lui, presque malgré la force des choses, que le Gaulois domine chez les Africains.

Napoléon envoya en mission secrète sur la côte d'Afrique le capitaine Houtin, qu'il avait chargé d'étudier le meilleur lieu de débarquement d'une armée et la route normale de cette armée entre l'endroit de l'abordage et la ville des pirates. Ce capitaine était habile, puisqu'on l'élut pour ce péril et cet honneur; il était intrépide, puisqu'il accepta le danger; il fut heureux, puisqu'il en sortit vivant et qu'il revint en France avec le destin d'Alger.

A peine l'armée s'était-elle retranchée dans la presqu'île de Sidi-Ferruch que, le 16 juin, la saison sereine redevint encore un orageux automne, les vents se brouillèrent et s'ébranlèrent en tempête, présage d'une déroute « à la Charles-Quint ». Le 17, le 18, le 19, on se battit . trois jours : 50 000 iMusulmans roulèrent sur les Roumis^ comme des torrents d'hommes et de chevaux. C'était une brave armée, sûre de vaincre puisque Alger était invincible et que la mer se soulevait, demandant sa proie. Il y avait là les janissaires, phalange éprouvée, et les contingents des beys d'Oran, de Constantine, du Titteri; on y voyait des Osmanlis, paysans osseux, trapus, patients, stoïques, nourris sur les âpres plateaux de l'Asie Mineure; des Albanais dont la joie est dans le sang; des Berbères de maint adrar empanaché de neige; des Arabes du Steppe et du Désert; des Noirs nés par delà les Grands Sables. Du Tombeau delà Chrétienne, sépulcre des rois de Maurétanie, vingt siècles regardaient cette vaillante résistance de l'Islam, comme quarante siècles avaient contemplé près du Nil la bataille des Pyramides.

Ils étaient avec Dieu, mais Dieu ne fut pas avec eux. Vaincus à Staouéli, l'armée française les suivit par la route qu'avait tracée le capitaine Boutin en 1808, puis elle couronna de ses canons les crêtes du djebel où se suspend Alger. Désormais l'Odjac était mort, le Turc aussi, et les Français entrèrent, le 5 juillet, dans la cité dont ils allaient faire une capitale d'empire.

Sans toits et sans tuiles, toute en blanches terrasses et de loin très semblable aux carrières de craie, la triangulaire Alger se terminait en haut par une énorme casba; ainsi se terminet-elle encore, à 118 mètres au-dessus des flots. Mais ce fort, ce château, cet arsenal, ce magasin, ces murs d'où Hussein, bey des beys, pouvait foudro3'er la mer, ont perdu leurs beaux marbres, leurs arabesques, leurs arcades et colonnades et le frais jet d'eau des fontaines. Si la casba profanée est restée caserne, avec zouaves au lieu de janissaires, elle n'est plus le palais, le divan, le harem, le trésor dans des chambres sombres où s'empilaient les quadruples doublons d'Espagne.

Quand les vainqueurs y entrèrent pour la recevoir des mains du pacha détrôné, ils y

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